J'aime bien les petits numéros des adresses européennes.
Et pas du tout les énormes numéros -genre 10 005 rue Sherbrooke est, Montréal (Québec)- des adresses nord-américaines.
Celles-ci donnent l'impression (mais ce n'est pas une impression, c'est la réalité) de muscles gonflés aux hormones, de seins chirurgicaux à la Pamela Anderson. D'un continent d'obèses et de gros organes, si vous me permettez la vulgarité.
Tout fonctionne comme si tout devait s'accorder: les tailles , les poids, les distances, les numéros, etc.
J'aime mieux les distances, les tailles, les poids et les numéros européens.
Nous avons habité successivement dans deux appartements à Aix-en-Provence.
Le premier était au 21 rue des Tanneurs (en haut à gauche, sous le «A» de la bulle), et le deuxième au 4 avenue Victor-Hugo. De gentilles petites adresses, n'est-ce pas?
L'appartement de la rue des Tanneurs (à gauche ci-bas 2 photos de la rue et, à droite, sous la photo du clocher, 1 photo de la Place des Tanneurs où la rue aboutit) était au quatrième (à la française, c'est-à-dire que le rez-de-chaussée n'est pas un étage) sans ascenseur.
Il était sur le toit du 21 (du côté droit sur les photos) et au-dessus des autres toits. Il était long et étroit et ses parois consistaient en fenêtres: l'habitat était situé entre deux rangées de fenêtres.
Quelle vue magnifique mais la température qui y régnait en hiver, surtout quand le mistral soufflait, était insupportable: nous devions aller nous réchauffer dehors, sur une terrasse du Cours Mirabeau, tout près.
Le clocher octogonal de la cathédrale Saint-Sauveur (à droite) au-dessus de la mer des toits de tuiles orange était le plus bel élément de la vue que nous avions par les fenêtres de droite.


À gauche, encore la mer des tuiles des toits (un échantillon ci-dessous), vers le Cours Sextius. Ce Sextius est le consul romain qui fonda (en 123 avant Jésus-Christ) la ville d'Aix et lui donna son nom Aquae Sextii (les eaux de Sextius) -dont provient «Aix»- à cause des eaux chaudes qui y coulaient.
Je parlerai dans une autre note du 4 avenue Victor-Hugo.
lundi 17 mars 2008
21, rue des Tanneurs, 13100 Aix-en Provence
dimanche 16 mars 2008
Théâtre, jeu, incarnation, devoir et sacrifice
J'ai entendu Jeanne Moreau
(à gauche) parlant de son métier de comédienne et d'actrice cette semaine.
Selon elle ce métier ne consistait pas à «jouer un personnage mais à l'incarner».
Peut-être cela ne s'appliquait-il pas seulement au théâtre ou au cinéma mais à tous les «lieux» sociaux où l'on doit «jouer» un rôle: politique, enseignement, représentation, santé, administration, etc.
Mais restons-en aujourd'hui au théâtre.
Disons que je ne suis pas un grand amateur de théâtre pour une mauvaise raison.
Le théâtre ne permet pas en effet de s'«identifier» au héros ou au personnage, le spectateur est toujours obligé d'être distant par rapport aux personnages: on voit donc le temps passer, on perçoit le carton-pâte des décors, les taches sur les costumes, etc.
On n'est pas emporté par les péripéties comme dans un roman (un roman d'aventures mais aussi un roman où il y a une histoire passionnante) ou dans un film. C'est cela la mauvaise raison. Il y a trop de réalité, trop de chair au théâtre: il s'agit littéralement d'«incarnation» (c'est le mot de Jeanne Moreau).
Peut-être que, malgré ce que je pense, la chair ne me plaît pas.
Je n'ai pas beaucoup parlé d'«Élizabeth, Roi d'Angleterre» comme je comptais le faire en me rendant en voiture à la représentation du samedi 1er mars.
Disons que j'ai trouvé que Marie-Thérèse Fortin (à droite en haut), la plupart du temps «jouait» le personnage d'Élizabeth I ( à gauche en bas) plutôt qu'elle ne l'«incarnait», à cause de la «voix de reine» qu'elle croyait devoir prendre.
Elle ne prenait pas tout le temps cette voix et quand elle ne la prenait pas -au moment par exemple où Élizabeth tente d'aller sauver son amant Essex
(à droite) qu'elle a elle-même fait condamner à mort ou au moment où elle parle en confidence de tout ce qu'Élizabeth a sacrifié à son devoir de reine- quand donc elle ne la prenait pas et semblait «vraie», alors, malgré moi, les larmes me montaient aux yeux.
Qu'a donc cette petite Tudor (d'ailleurs plutôt Boleyn -comme sa mère Anne Boleyn
- que Tudor, les autres membres de cette famille me semblant n'avoir eu aucun sens du devoir) pour que son destin me donne tant de tristesse (et c'est peu dire)?
Peut-être chacun d'entre nous a-t-il, enfoui en lui, le sentiment d'avoir sacrifié son désir à son devoir, et c'est sur moi donc que je pleure quand je vois un film, une série, une pièce où elle apparaît, et non pas tellement sur elle.
Faire et enseigner

Un aphorisme de George Bernard Shaw qui m'atteint en plein cœur, moi. Et, peut-être, tous les professeurs, instituteurs et enseignants (quoique les professeurs soient les plus directement visés, il me semble):
samedi 15 mars 2008
Trop
Voici une opinion que je ne partage pas du tout mais qui s'inscrit bien dans le thème de ce samedi (le mariage). Je vous la présente donc pour sa drôlerie:
Et voici une photo de gâteau de mariage pour polygame (pour continuer dans le même ton) que j'ai trouvée là:
Œil et astre

Avez-vous imaginé même un astre aussi beau? Voyez les couleurs et les motifs. Et il y en a des milliards que nous n'avons pas eu encore la chance de contempler. Et à chaque instant il s'en ouvre d'autres qui ne demandent qu'à émerveiller.Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Le Chat
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.
Semper Eadem
Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe,
Et sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils.Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu'un Ange très savant a sans doute aimantés
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.
Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.
Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu'ont les cierges brûlant en plein jour; le soleil
Rougit, mais n'éteint pas leur flamme fantastique;
Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul soleil ne peut flétrir la flamme !
Mariage
C'est samedi, parlons mariage (dans ma jeunesse c'était le jour où les gens se mariaient car leurs invités n'avaient pas à s'absenter de leur travail ce jour-là. Moi? Croyez-vous que j'allais faire comme tout le monde? Je me suis marié un lundi, un lundi de Pâques!).
Dans l'un de mes horoscopes ce matin il y avait un proverbe jadis cité par Michel de Montaigne (à gauche ci-dessous cet auteur que j'aimais bien: il a une belle tête dégarnie et j'ai déjà enseigné que la figure
fondamentale de son œuvre était la «tmèse». Je vous reparlerai de cela un jour):
Avant d'aller plus loin je répondrai à l'une de vos questions silencieuses: oui je consulte mes horoscopes, ne fût-ce que pour prendre en défaut les astrologues quand ils écrivent que je vais avoir bientôt une promotion alors que je suis à la retraite, et que je vais rencontrer demain l'âme-sœur alors que je suis marié depuis 38 ans (me serais-je trompé d'âme-sœur si longtemps et ma durable erreur serait-elle à la veille d'être bientôt réparée?). Ou de les voir se contredire les uns les autres. Peut-être pour voir quoi diable me réserve la journée (car je sais qu'il suffit qu'on vous dise qu'il va vous arriver telle ou telle chose pour que vous vous arrangiez pour que telle chose vous arrive). Je suis à votre disposition pour répondre à d'autres questions à ce sujet.
Revenons à mon proverbe de tout à l'heure.
Il y a ambiguïté non pas à propos de la surdité du mari (vous en savez comme moi la raison, quoique dans ma famille, à ce qu'on dit, c'est ma femme qui devrait être sourde) mais sur la cécité de la femme. Devrait-elle être aveugle parce que le mari doit être laid pour que le mariage soit bon ou parce qu'elle doit fermer les yeux sur les frasques de celui-ci?
Si le mari était laid il faudrait effectivement qu'elle soit aveugle et elle n'aurait pas à fermer les yeux sur le reste.
Mais la question reste ouverte.
Ci-dessous jolie photo de mariage que j'ai trouvée là. Après la cérémonie chacun repart dans sa voiture pour rentrer dans sa propre résidence, recette infaillible pour un long mariage.
vendredi 14 mars 2008
Viandes
Puisque c'est vendredi -et que dans ma jeunesse la viande était interdite le vendredi pour le salut de nos âmes* (dont on ne semble plus se préoccuper aujourd'hui)- je vais parler de viandes, plus précisément de viande de bœuf.
J'ai déjà parlé de Bern's Steakhouse (cliquez ici pour vous rendre à la note) de Tampa en Floride. Il s'agissait de vin. Je vais vous parler de leur bifteck, comme l'appellent les Français mais ce n'en est pas: c'est du «steak» comme on dit en Amérique, et même en Amérique française.
Le magazine Forbes Traveler.com a récemment dressé la liste des meilleures grilladeries (mot québécois pour «steakhouse») du monde parmi lesquelles il n'y a pas Bern's Steakhouse. Si ce restaurant est resté ce qu'il était, les rédacteurs de ce magazine ont fait une grave erreur.
Il y a au moins 20 ans que j'y suis allé mais, à l'époque (dans les années quatre-vingt), ce qu'il y a sur le tableau en anglais que je vais vous présenter était suivi et servi à la lettre. Voici le tableau (je vais le traduire en français un jour ou l'autre, cela donnera peut-être de bonnes idées à nos grilladeries locales):
Comme vous le voyez il y a au moins 32 choix qui sont offerts, du bleu au bien cuit, avec les différentes possibilités de cuisson, de texture et de température de la viande en surface, au milieu et dans la zone intermédiaire.
Si me me souviens bien on nous faisait aussi choisir sur une image du bœuf la partie de celui-ci dont serait tirée notre pièce de viande.
Et je vous assure, en ce qui concerne les trois membres de notre famille, nous avons mangé là l'un des meilleurs «steaks» que nous avons mangés dans notre vie.
Ajoutez à cela la carte des vins qui ressemblait à une encyclopédie et comptait les plus grands vins et vous aviez sans aucun doute l'un des meilleurs «steakhouses» du monde dans le pays qui était, à l'époque, le pays du «steak».
Hélas! les choses ont tellement changé depuis ce temps dans ce pays que je ne puis m'empêcher d'avoir des doutes.
*Répétez après moi s'il vous plaît: «Quelles sottises que les religions!»
jeudi 13 mars 2008
La Musique, la littérature
Je ne sais pas pour vous mais moi, certaines musiques me mettent invariablement la larme à l'œil et je ne sais pas pourquoi:
un souvenir s'y est accroché dont je n'ai pas conscience et que je ne peux retrouver, une angoisse, un remords? Je ne sais pas. Peut-être ce nouvel aphorisme (c'est celui d'aujourd'hui) d'Oscar Wilde encore (nouvelle photo à gauche), si je réfléchissais en l'approfondissant, me mettrait-il sur la voie:
La musique nous crée un passé que nous ignorions et éveille en nous des chagrins qui avaient été dissimulés à nos larmes.
J'ai mis certaines de ces musiques sur le lecteur mp3 virtuel à droite. D'autres s'ajouteront à celles-ci bientôt.
Mais ce n'est pas seulement la musique qui a cet effet sur moi. Il y a aussi certains passages d'œuvres littéraires.
Si je devais lire un de ces passages à mes étudiantes et à mes étudiants, dans le cadre d'un cours quelconque, sur la sémiotique littéraire, sur le roman ou sur l'histoire de la littérature, que sais-je?, je devais les aviser que ma voix s'étranglerait peut-être au cours de la lecture. Et quand je leur lisais le récit de la mort du grand écrivain Bergotte, dans «À la recherche du temps perdu», où les livres de celui-ci se transforment en anges, je devais souvent interrompre la lecture à cette phrase:
On l'enterra, mais, toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres disposés trois par trois veillaient comme des anges aux ailes déployées, et semblaient pour celui qui n'était plus, le symbole de la résurrection.
Vous voyez sans doute ce qu'il y a derrière cette phrase: pour Marcel Proust, l'écrivain est une autre figure de Jésus (il ressuscitera), son œuvre est un nouvel évangile (d'ailleurs «ange» et «évangile» ont la même origine étymologique grecque: «messager», «message») et ce nouvel évangile révèle la voie du salut, la voie de la vérité et de la vie.
Sûrement cette mystique sous-jacente (que j'ai faite mienne) et l'importance que j'accorde aux livres sont pour beaucoup dans l'émotion que je ressens. Les livres, instruments de la liberté, de ma liberté! Les livres qui me permettent de vivre vraiment et d'une vie plus grande que ma vie.
Royal Tueur en série
S'il fallait lui donner un surnom à cet Henry VIII d'Angleterre qui apparaît dans la note précédente (et que je vous présente à nouveau à droite, dans un tableau d'Holbein où il me semble encore plus taurin), ce ne serait pas Barberousse comme nous y inciterait la couleur de sa barbe et de ses poils mais Barbe-bleue tellement il a compétionné avec le héros du conte dans l'assassinat de ses femmes.
Il en a fait mourir une à petit feu -Catherine d'Aragon dont il voulait divorcer parce qu'elle ne lui donnait pas de fils comme héritier. À petit feu car il n'osait pas la faire exécuter, elle était la tante de Charles-Quint empereur d'Allemagne et roi d'Espagne simultanément (je vous le présente ici bas à gauche, dans un tableau du Titien, pour vous montrer qu'il n'était pas plus beau qu'Henry VIII).
Il a fait exécuter Anne Boleyn -sa deuxième femme- et Catherine Howard -sa cinquième, cousine d' Anne Boleyn.
Sa troisième -Jeanne Seymour- est morte en couches. Il a divorcé de sa quatrième -Anne de Clèves- et ne l'a pas fait exécuter car elle était parente d'un prince souverain d'Allemagne.
Il aurait sans doute fait exécuter sa sixième -Catherine Parr, une Anglaise elle aussi (comme toutes celles qu'il a osé faire exécuter)- s'il n'était pas mort tout à coup.
Comme fondateur d'Église et «Supreme Head of the Church of England», on pourrait sûrement rêver à quelqu'un de mieux.
Notre guide à Saint-Pierre de Rome m'a demandé si je croyais que tout ce qui nous entourait était fondé sur le mensonge et le subterfuge. Quand je lui ai répondu oui, elle m'a dit: «Vous êtes un mécréant, Monsieur!»
Je vais continuer d'être mécréant ici en disant que, selon moi, tous les fondateurs de religion, de secte ou d'Église ont été plus ou moins comme Henry VIII mais que, comme ils étaient d'une origine plus obscure et d'un rang moins élevé, l'histoire leur a permis de camoufler ou de faire disparaître leurs crimes, ou leur sottise.
J'ajouterais que l'Église anglicane est à l'heure actuelle une des plus intéressantes églises chrétiennes car elle permet l'ordination des femmes, la possibilité pour elles de devenir évêques, l'ordination des homosexuel(le)s, voire le mariage des homosexuel(le)s. À ce titre -et si le message de Jésus le Juif est bien celui de la non-exclusion absolue («Que celui qui est sans péché jette la première pierre»)- elle me semble l'une des seules églises vraiment héritières de Jésus le Juif.
Comme je l'ai déjà écrit dans d'autres notes de ce blogue, le bien sort du mal, le mal sort du bien.
mercredi 12 mars 2008
Messe nationale
Au moment où nous avons visité la cathédrale d'York (j'en parle ici -cliquez sur ici pour y arriver), une messe anglicane s'y disait.
Pas vraiment de différences avec une messe catholique d'aujourd'hui dans un pays anglophone, avons-nous constaté. Excepté qu'à la fin de la messe, à notre grand étonnement, les fidèles entonnent le «Rule Britannia», qui serait sans doute l'hymne nationale de la Grande-Bretagne
si celle-ci n'était pas une monarchie et n'avait pas le «God save the Queen (King)» comme hymne national (saviez-vous que la musique de cet hymne a été composée par Jean-Baptiste Lully (à gauche) en l'honneur de Louis XIV (en haut à droite en 1701) et, qu'avec des paroles latines, il était l'hymne national de la France lors de la Conquête de la Nouvelle-France (1760) et qu'il l'est resté jusqu'en 1792?).
Un hymne national à la fin d'une messe! C'est là que nous avons pu constater ce que nous savions déjà mais sans en avoir réalisé toutes les conséquences: l'Église anglicane est une église nationale, pas universelle. Un hymne à la gloire du pays de ses fidèles n'y est pas déplacé puisque cette église est au service de ce pays.
Ci-dessous un tableau représentant Henry VIII , le fondateur de l'Église anglicane, qui s'était fait donner par le Parlement anglais le titre de «Supreme Head of the Church of England*».
*pour les non-anglicistes: «Chef suprême de l'Église d'Angleterre».
Les Yeux
Les yeux sont, je crois, la plus belle partie des corps de tous les êtres qui en possèdent.
Je sais, il y a des parties du corps des êtres de notre espèce qui excitent plus notre corps.
Mais les yeux, dans leur infinie variété de couleurs, de nuances, de textures visuelles, de dimension, de forme, sont les plus belles. Même quand ils sont d'une couleur unie et profonde, ils sont la seule partie transparente, disons lumineuse -d'une lumière intérieure-, de notre corps.
Si cela pouvait ne pas être mal interprété, que j'aimerais contempler sans fin les yeux qui sont autour de moi. À une terrasse, par exemple, quand le temps s'y prête. Passer tout mon temps à une terrasse, à regarder les gens qui passent et les gens qui sont assis autour de moi, regarder leurs yeux: c'est l'idée que j'ai du paradis.
Hélas! quand une personne s'aperçoit que vous regardez ses yeux, elle pense que c'est une question que vous lui adressez ou un jugement que vous portez sur elle ou sur ses moeurs. Ou une invite...
Restent les animaux, qui ont aussi des yeux. En particulier les mammifères, surtout les chats, et qui vous laissent les regarder sans rien imaginer (c'est vous qui imaginez) et, j'en suis sûr, avec bonheur.
Et il y a les photos, où les êtres humains se laissent inlassablement regarder et laissent les gens comme moi jouir de leur beauté sans rien imaginer (je suis certain que vous ne vous privez pas de le faire pour eux). Je ne vous présente qu'un oeil (là-haut, à droite) pour le moment, parce que la photo où il apparaît contient une mise en abyme (vous connaissez mes marottes). Mais je ne promets pas de ne pas vous en présenter d'autres quand j'en trouverai qui me plairont (ou si vous m'envoyez une photo des vôtres...-cela, c'est une invite).
Martyr terrestre, récompenses terrestres
Un aphorisme (d'Oscar Wilde encore, décidément il a parlé de tout. Une nouvelle photo de lui à droite) qui nous permet un parallèle très intéressant:
Les uns et les autres ont la même pensée en tête: arriver dans une autre vie en héros et recevoir la récompense suprême, -la salut éternel que tous, en imbéciles qu'ils sont, imaginent comme une éternité de récompenses sensuelles (des femmes, du vin, du plaisir, des spectacles prenants -la contemplation de la divinité par exemple). Sans penser qu'arrivés là ils n'ont plus de corps car celui-ci a été déchiqueté par la bombe ou dévoré par la bête, et que le corps est le seul moyen d'avoir des sensations.
Mais comment s'imaginer exister sans corps? Nous le savons bien, impossible d'exister sans corps. C'est la raison pour laquelle ceux qui promettent une vie éternelle doivent, d'une manière ou d'une autre, y prévoir l'existence d'un corps.
Quant à ceux qui restent, ceux qui ont téléguidé les martyrs ou préconisé le martyre, ils en bénéficient (sanguis martyrum semen christianorum*) et distribuent les restes des martyrs en guise de reliques aux naïfs croyants dont ils s'enrichissent de la crédulité.
La richesse consistant en pouvoir et/ou en confort terrestres.
*pour les non-latinistes: sang des martyrs: semence de chrétiens.
lundi 10 mars 2008
Guerre et États-Unis
C'est un aphorisme d'Ambrose Bierce (à gauche) qui, comme tout Étasunien, invoque en vain le nom de Dieu, ce qu'interdisent pourtant les Saintes (sic) Écritures (3e commandement prétendument donné à Moïse par Yahvé) auxquelles ses compatriotes prétendent obéir à la lettre :La guerre est la manière dont Dieu s'y prend pour enseigner la géographie aux Américains (sic).
Ils aiment la guerre qui leur apprend la géographie, c'est-à-dire l'existence d'autres pays où ils pourront répandre l'hypercholestérolémie de leur « fast-food » et l'obésité qui en provient pour équilibrer leur « balance des paiements ».
Mais ils n'aiment pas la guerre qui leur apprend qu'il existe des êtres humains à
l'extérieur des États-Unis, ce que personne ne leur avait appris jusque-là.Mais de là à tenir compte de l'humanité de ces humains et à ne pas leur infliger les traitements dont même des singes ne sont pas dignes, comme dans la prison d'Abou Ghraïb ... (à droite).
Caresses
Peut-être que ce que Rivarol dit du chat
dans la note précédente pourrait se dire de nous, humains, dans le cours de nos activités sexuelles: nous ne caressons pas notre partenaire, nous nous caressons à elle ou à lui.
Anthropologie et psychologie félines
Deux aphorismes concernant les chats, dont je prends prétexte pour vous permettre de revoir notre défunte Zoé.
Le premier de Marcel Mauss, considéré comme l'un des fondateurs de l'anthropologie et dont l'opinion doit être reçue par conséquent avec un grand respect:

On enseigne ce que l'on est
J'ai déploré dans une note antérieure (cliquez sur note pour y être) que des personnes auxquelles j'ai enseigné ne se souviennent de rien de ce que je leur ai enseigné.
Un ami m'a dit: «Ils ne se souviennent pas de ce que tu leur as enseigné mais ils se souviennent de toi, et avec beaucoup de plaisir, je crois».
J'ai moi-même retiré beaucoup de plaisir de cette remarque. Plaisir d'orgueil! Déplaisant plaisir (je regrette cet oxymore, car à l'âge que j'ai, à l'âge où chaque matin une partie jusque-là inconnue de mon corps fait connaître son existence au moyen d'une petite douleur ou d'un grand inconfort, comment peut-on dire qu'un plaisir est déplaisant?).
Peut-être leur souvenir de moi provient-il du fait que l' "[o]n n'enseigne pas ce que l'on sait (...); on ne peut enseigner que ce que l'on est", comme l'écrivait Jean Jaurès (j'ai lu cette phrase ce matin et ce sera l'aphorisme du jour).
J'espère que ce qu'ils ont appris de ce que je suis c'est plutôt ma propension à m'intéresser à tout et ma persévérance («Labor omnia vincit improbus*», leur répétai-je tout le temps, non seulement pour
leur montrer que je connaissais le latin et Virgile (en haut dans une mosaïque romaine d'Hadrumète; au milieu dans un tableau de Bouguereau, avec Dante) mais parce que je le croyais profondément et que ma vie en est une illustration) et non ma tendance à papillonner et à préférer un jeu de mots (et parfois la vérité) à un ami (ci-contre Jean Jaurès jeune).
*Pour les non-latinistes: «Un travail constant vient à bout de tout».
dimanche 9 mars 2008
Combien de jours de bonheur?
« J'ai régné cinquante années. J'ai soigneusement compté les jours de pur et authentique bonheur qui me sont échus. Ils sont au nombre de quatorze. »
Ce calife omeyyade régnait à Cordoue, en Espagne, dans la première moitié du 10e siècle. Il a vécu 72 ans et régné 49 ans (il arrondit à 50 mais peut-être était-ce un souhait pour éloigner encore un peu la mort au moment où il écrivait son testament).
Il ne bénéficiait évidemment pas de tous les progrès dont nous bénéficions aujourd'hui.
Mais qui d'entre nous pourra se vanter à sa mort d'avoir vécu « quatorze jours de pur et authentique bonheur », malgré tous ces progrès?

Ci-contre une vue de l'intérieur de la Grande Mosquée de Cordoue à l'intérieur de laquelle les Espagnols catholiques construisirent une cathédrale après la Reconquista (1236 mais surtout à partir de 1523). La Grande Mosquée datait de 788.
samedi 8 mars 2008
Dîner chez Sa Majesté Kit-Cat et Sa Gardienne principale

Puisque Sa Majesté Kit-Cat (ci-dessus Sa Majesté observe un détail qui nous semble indifférent mais qui, du seul fait qu'il a attiré l'attention de La Souveraine, acquiert une importance difficilement imaginable pour de simples humains), puisque Sa Majesté, donc, nous l'a gracieusement permis, nous pouvons maintenant tout dire.
Vendredi en huit, nous avons eu l'honneur d'être reçus dans Sa Résidence -qui est (mais où ailleurs une majesté pourrait-elle résider?) un véritable manoir aux murs couverts de livres, de disques et de tableaux- par Sa Gardienne principale, Christiane Laforge, ex-collègue de travail «et néanmoins amie» (l'expression a cours aussi dans le milieu journalistique) de ma femme, Denise Pelletier, au Progrès du Saguenay pendant 30 ans, et par le compagnon de Christiane, Réjean Leclerc.
Notre hôtesse avait tout préparé, -l'entrée exquise de «prosciutto di Parma e melone» (servi avec un frais Riesling d'Alsace), les cailles rôties avec accompagnement de riz nature et sauvage, et, en guise de dessert, gâteau «Reine Élizabeth» qui était si délicieux que nous avons décidé de le renommer gâteau «Reine Élizabeth de Belgique», tant il méritait le nom de la reine d'un pays où les habitants mangent bien. Le pain, d'une qualité exceptionnelle, avait également été fait par notre hôtesse. Il accompagnait le service du foie gras rapporté directement du Périgord et des fromages fins.
Le vin qui était servi avec la viande et les fromages était étonnant: c'était un Bourgogne Grand Ordinaire (fait de Pinot noir, comme les bourgognes, et de Gamay, comme les beaujolais) et qui trouvait le moyen de réunir les qualités du bourgogne et du beaujolais, fraîcheur et robe du beaujolais, longueur en bouche du bourgogne. Pour former un bourgogne qui avait bien voyagé. C'est un vin produit par la maison Labouré-Roi, il s'appelle «La Princesse maudite» (j'ai numérisé son étiquette: consultez-la ci-dessous). Merveilleux repas et merveilleuse soirée pleine d'intéressants échanges et trop vite passée!
Quand nous sommes partis, avec la permission de Sa Majesté, Celle-ci nous a fait l'insigne honneur de nous accompagner jusqu'au bas de l'escalier et nous a fait part, de Sa Voix si admirable et si admirée de baryton, de Son regret de nous voir devoir quitter si tôt Son service.


