jeudi 3 septembre 2026

La Tapisserie de Bayeux exposée en Grande-Bretagne

Le roi Charles III et le président français Emmanuel Macron se sont rendus ensemble hier soir au British Museum pour admirer la Tapisserie de Bayeux. C'est la première fois que cette broderie du XIe siècle est exposée en Grande-Bretagne depuis sa création, il y a près de mille ans.

Le roi et la reine Camilla ont reçu Emmanuel Macron et son épouse, Brigitte, pour un thé à Clarence House mardi, avant que le groupe ne se rende au musée à bord d'une Bentley royale. Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, et son épouse, Marie-France van Heel, les ont rejoints pour examiner les 58 scènes brodées de la tapisserie, désormais présentées dans des vitrines horizontales high-tech spécialement conçues à cet effet.
Cette visite a officialisé le prêt, fruit de plus d'un an de négociations. Emmanuel Macron et le gouvernement britannique s'étaient initialement mis d'accord pour envoyer la tapisserie à Londres lors de la visite d'État du président britannique à l'été 2025, prévue pour coïncider avec la fermeture du musée de Bayeux, en Normandie, pour deux ans de rénovation.
En échange, le British Museum envoie une sélection de ses trésors en Normandie, parmi lesquels des objets byzantins et les pièces d'échecs en ivoire de morse du XIIe siècle connues sous le nom de pièces de Lewis.
S'exprimant au musée, Emmanuel Macron a présenté ce prêt comme bien plus qu'un simple échange culturel. La tapisserie, a-t-il déclaré, « représente tout un chapitre de l'histoire française, britannique et européenne », ajoutant que « l'épopée qu'elle raconte a lié nos cultures, nos histoires et nos destins ». Ses propos soulignaient l'idée que les deux nations, si souvent définies par la rivalité, partagent une histoire commune et complexe remontant à près d'un millénaire, une histoire dont la tapisserie elle-même a contribué à initier le récit.
Le roi Charles, dont la lignée remonte à Guillaume le Conquérant, s'est exprimé en des termes tout aussi personnels, décrivant la tapisserie comme illustrant « le début de ce que j'aime à considérer comme le pan français de l'histoire de ma famille dans ces îles ». Il alla plus loin, qualifiant ce prêt de « précieux symbole de confiance à une époque où la confiance semble malheureusement faire cruellement défaut entre les nations », une remarque largement interprétée comme une allusion aux tensions actuelles dans les relations en Europe.
La tapisserie elle-même est une bande de lin de 68 mètres de long, brodée de fil de laine. On pense qu'elle a été confectionnée en Angleterre quelques années seulement après les événements qu'elle représente, avant de traverser la Manche pour rejoindre la Normandie. Elle relate la bataille d'Hastings de 1066, suivant Guillaume, duc de Normandie, lors de son invasion de l'Angleterre, sa victoire sur le roi Harold (représenté, comme chacun sait, touché à l'œil par une flèche) et sa conquête du trône d'Angleterre.
Les historiens la décrivent comme la première œuvre de propagande de guerre au monde, un récit normand de la conquête, brodé dans un but de persuasion maximale plutôt que de simple documentation neutre. Elle est restée à Bayeux pendant des siècles, l'Angleterre devant se contenter d'une réplique victorienne jusqu'à présent.
L'exposition ouvrira ses portes au public le 10 septembre et durera dix mois. Compte tenu de son âge et de sa fragilité, la tapisserie a voyagé sous haute sécurité et est assurée pour 960 millions d'euros, soit environ 1,1 milliard de dollars, ce qui reflète à la fois sa valeur monétaire et son importance en tant que témoignage commun de l'histoire franco-britannique.

 

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