vendredi 3 avril 2026

Donald Trump, le troll suprême ?

 Donald Trump, le troll suprême ?


Le 45e et 47e président des États-Unis se voit souvent qualifié de connard. C’est un peu court ! On pourrait dire, Ô, Dieu ! bien des choses en somme. C’est un troll, un trickster ! Que dis-je, c’est une tétrade noire ! Mais ne nous emballons pas, et vérifions tout cela ...

Donald Trump ose tout : c’est même à ça qu’on le reconnaît. Depuis 2018 et que des dizaines d’universitaires ont été conviés par Sciences Humaines à livrer leur propre éclairage sur la connerie humaine, nombreux sont ceux, surtout aux États-Unis, qui l’ont spontanément cité comme connard par excellence. Aaron James, professeur de philosophie à Irvine, le qualifie même d’« über connard », une sorte de surhomme et de mètre étalon de la connerie la moins reluisante. Précisons que dans ce contexte, un connard est un individu pas forcément limité intellectuellement, et même, le cas échéant, brillant, mais qui agit en ne tenant aucun compte des autres ou se délecte à les dominer. Le connard peut être une femme, mais c’est plus rare, le terme de connasse paraissant alors impropre à la désigner : mieux vaudrait invoquer une « connarde ».

Connard dans les règles de l’art ?
Aaron James explique notamment que le connard lambda se croit moralement au-dessus des autres, exige des privilèges sans les mériter, et reste imperméable à toute critique. Donald Trump, de ce point de vue, pourrait en effet constituer un cas d’école à force de traiter les institutions comme des accessoires, les individus en instruments, et les règles en obstacles à contourner, sauf quand elles le protègent. Accusé de quatre-vingt-onze chefs d’accusation criminels dans quatre affaires, reconnu coupable de trente-quatre dans l’une d’elles (le reste est en suspens), il se dit persécuté tout en appelant au lynchage médiatique ou judiciaire de ses adversaires. Robert Sutton, professeur de management à Stanford, souligne d’ailleurs que le connard se révèle de surcroît comme un destructeur d’environnement relationnel : quelqu’un qui humilie, domine, stresse et épuise autrui. Or Donald Trump, homme d’affaires puis président, est accusé de transformer le harcèlement hiérarchique en art de vivre à force de coups de gueule irrationnels, de mépris pour les conseillers compétents, et de valorisation des flatteurs. Sa réplique la plus célèbre, après tout, est un « You’re fired ! » (« Vous êtes viré ! »), asséné froidement tout au long de sa carrière, de la télé-réalité aux tweets. Il vit dans un monde qu’il façonne à sa mesure, où toute critique est perçue comme une trahison de son statut de mâle alpha visionnaire. Robert Sutton évoque le « test de l’effet » : le connard putatif détruit-il autour de lui plus d’énergie qu’il n’en crée ? Dans le cas Trump, la réponse paraît massivement positive. Si Donald Trump était bel et bien un connard, ce serait donc un connard structurel : ses frasques ne constitueraient pas autant d’écarts de conduite, mais relèveraient d’une tendance de fond.
Cela dit, les mauvaises langues pourraient l’affubler d’autres qualificatifs issus de grilles de lecture non plus seulement philosophiques ou managériales, mais psychiatriques. Notamment avec le trouble de personnalité antisociale, décrit dans la 5e édition du DSM (le manuel de classification psychiatrique américaine) comme relevant d’un mépris persistant des droits d’autrui, de comportements impulsifs et manipulateurs, d’une tendance à l’irresponsabilité, de l’absence de remords… Chez Donald Trump, plusieurs comportements publics cochent ou frôlent dangereusement ces cases : impulsivité sur les réseaux sociaux, incapacité manifeste à reconnaître une erreur ou à exprimer un quelconque remords (sur l’invasion du Capitole, ses infidélités à sa femme enceinte…), absence d’empathie envers les victimes de ses politiques (voir son idée de déclarer officiellement morts et donc inéligibles à toute aide sociale 6 000 immigrés latinos, l’interdiction aux Américains expatriés en Chine de tomber amoureux d’une personne autochtone…). Le diagnostic de personnalité antisociale n’a jamais été officiellement posé, mais des dizaines de spécialistes se posent sérieusement la question 1. Y compris sa propre nièce, psychologue clinicienne.

Un troll élevé à la télé-réalité, nourri au clash, élu par le ressentiment, et survivant grâce à l’indignation qu’il provoque.

Tétrade noire et trollisme.
Plus spéculative que la personnalité antisociale mais intéressante pour le cas Trump, la psychologie propose une notion voisine qualifiée de « triade noire » de la personnalité 3. En l’occurrence, un agglomérat de trois traits de caractère toxiques.
 
Le narcissisme (sentiment de supériorité, besoin constant d’admiration). Donald Trump semble justement obsédé par sa grandeur, totalement dépendant de l’adulation, nourrissant un besoin constant de domination symbolique. La chance extraordinaire qui lui a permis d’être réélu malgré ses casseroles judiciaires et d’échapper à la mort à un bout d’oreille près conforterait un moins narcissique que lui dans son bon droit…

Le machiavélisme (manipulation froide, instrumentalisation d’autrui). Donald Trump est soupçonné d’utiliser non seulement ses collaborateurs, mais encore ses proches comme pièces jetables à instrumentaliser politiquement, puis à désavouer dès qu’ils deviennent encombrants.

La psychopathie (absence d’empathie et impulsivité). Trump affiche une incapacité à anticiper les conséquences de ses actes (minimiser le Covid ou préconiser des injections d’eau de Javel…), une absence de remords, et une indifférence au sort de ceux auxquels il nuit, pourvu qu’il gagne quelque chose, n’en jetons plus.
Certains chercheurs préconisent d’étoffer la triade par l’adjonction d’un quatrième trait de personnalité :

Le sadisme (plaisir à infliger de la souffrance ou de l’humiliation). Le président paraît justement prendre plaisir à humilier, surtout en public. Il distribue des surnoms dévalorisants à ses adversaires (« Crooked Hillary », « Sleepy Joe »…), moque les apparences physiques (en traitant l’animatrice Rosie O’Donnell de truie, ou en disant de sa rivale Carly Fiorina : « Regardez ce visage ! Est-ce que quelqu’un voterait pour ça ? »), se délecte de la souffrance morale des journalistes ou des minorités. Et convie Zelensky dans le bureau ovale pour le rabaisser devant le monde entier.
Le sadisme n’est pas admis par tous les chercheurs comme devant légitimement accompagner les trois traits précédents. Quoi qu’il en soit, Donald Trump s’illustre par la cruauté sociale décomplexée. Or, le sadisme quotidien est un bon prédicteur du trollisme.
Car oui, depuis l’apparition des forums sur Internet, avant même l’invention des réseaux sociaux, le troll constitue un authentique objet d’étude en psychologie sociale 4. Loin d’être un gros taquin qui turlupine pour rire, il cherche activement à provoquer, frustrer, choquer autrui, pour son propre plaisir. Le trollisme est donc souvent associé à une forme de sadisme, combinée à du narcissisme et à une jouissance de la disruption. On imagine sans peine Trump en troll jouant à la provocation permanente, poussant au clash, déployant des prodiges de mauvaise foi, se contredisant d’un jour sur l’autre, improvisant. Lors du premier débat présidentiel face à Biden, par exemple, qu’il interrompit 128 fois en 90 minutes, on peut penser qu’il se situait dans une logique de trollage destructif, non de débat. Certaines de ses affirmations sont parfois si stupéfiantes (« Il n’y a plus un siège de libre », a-t-il déclaré en meeting devant une salle à moitié vide filmée par la télévision) qu’ils semblent faits non pour être crus, mais pour être répétés, comme un mème.
Non content d’exploser les normes discursives, Donald Trump semble s’amuser de l’indignation qu’il provoque, tel ce haut du panier qu’on appelle un troll high-status , sorte d’über connard en plus volontaire : plus il choque, plus il est visible, plus il est renforcé dans son comportement. Trump incarnerait alors une figure-totem de la personnalité toxique post-moderne : un troll élevé à la télé-réalité, nourri au clash, élu par le ressentiment, et survivant grâce à l’indignation qu’il provoque.

Le roi est nu, mais passe en boucle à la télé.
Tels le connard, la personnalité antisociale, le troll ou l’inquiétant quidam marqué au fer rouge par la tétrade noire, il manque décidément à Donald Trump un ingrédient important de ce qui fait un être humain, et qui s’appelle l’empathie. Rappelons une observation qu’Alison Gopnik, professeure de psychologie à Berkeley, mentionne régulièrement : Trump présenterait les caractéristiques d’un sale gosse obsédé par son bon plaisir. Mal élevé, capricieux, tyrannique, braillard, intolérant à la frustration. Quitte à spéculer sur la meilleure étiquette possible dont l’affubler, peut-être cet aspect imprévisible et enfantin le fait-il ressortir d’une autre catégorie encore, présentée ici à titre d’hypothèse : Donald Trump ressemble à s’y méprendre à un tricster. Qu’est-ce à dire ? En anthropologie, le trickster (ou « fripon divin », ou « décepteur ») est une entité divine, spirituelle ou démoniaque, qui dupe et transgresse comme il respire. Souvent ridicule, parfois dangereux, c’est un menteur rusé (Trump en mode fake news permanent), un profanateur (Trump bénissant ses partisans s’emparant du Capitole), un agent d’ambiguïté morale. Dans la mythologie amérindienne, par exemple, le trickster Coyote vole, triche, choque, mais révèle aussi les insuffisances et hypocrisies des simples mortels et de leur société. Peut-être Donald Trump procède-t-il ainsi, sans le vouloir : il a montré par sa carrière que la démocratie américaine se révèle plus fragile que prévu, que le journalisme « objectif » s’avère poreux au spectacle, que la classe moyenne blanche contient sa rage depuis longtemps, que la colère populaire peut élire un clown triste.
Avec lui, le roi est nu : pas besoin de diplôme, de bonnes manières, d’empathie, de projet autre que de s’enrichir, de respect de la parole ou du droit. Le trickster Trump met en lumière ce que la démocratie tolère, ce que le spectacle célèbre, et ce que le numérique amplifie. Il révèle que le problème n’est pas lui, mais qu’il puisse accéder légalement, non aux commandes d’une république bananière, mais à la Maison-Blanche. Deux fois. On se croirait dans l’épisode III de Star Wars , quand Palpatine acquiert légalement les pleins pouvoirs : « Voilà comment meurt la liberté : sous un tonnerre d’applaudissements. » Mais Palpatine est un joueur d’échecs, pas un punk perpétuellement soucieux d’en mettre plein la vue par ses rodomontades.

Voilà pourquoi décréter que Trump est un connard fait office d’explication un peu courte. S’il n’était que ça ! Avis à la population : l’homme le plus puissant du monde, celui qui peut déclencher une guerre nucléaire, est peut-être un trickster. Bon à rien, mais capable de tout. Il est ici par la volonté du peuple. C’est donc possible. Par conséquent, peut-être, de même qu’on pensait ne pas pouvoir descendre plus bas que George W. Bush, le regrettera-t-on un jour, puisqu’un de ses successeurs pourrait appliquer la même recette en la corsant. Il n’y a aucune raison que Trump soit le dernier de son acabit ni le pire.

Jean-François Marmion pour Sciences Humaines
Publié le 23 juillet 2025

Les humains ne sont pas les seuls primates à commettre des massacres et des guerres

En 1960, Jane Goodall arriva au parc national de Gombe Stream, en Tanzanie, pour étudier les chimpanzés. Pendant plus de dix ans, elle les observa, les nomma et finit par croire que les chimpanzés, bien que semblables aux humains à bien des égards, étaient dans l'ensemble bien plus sympathiques.
Puis, en 1974, tout bascula.
Après la mort de leur mâle dominant, des luttes de pouvoir déchirèrent la communauté Kasakela de l'intérieur. Une faction du sud fit sécession et revendiqua son propre territoire. On les appelait les Kahama. Ce qui suivit ne fut pas une série d'affrontements violents et aléatoires.
Ce fut une guerre.
Les mâles Kasakela commencèrent à patrouiller les frontières. Des groupes organisés se déplaçaient silencieusement dans la forêt. Lorsqu'ils apercevaient un mâle Kahama isolé, ils l'attaquaient. Non pas dans un accès de rage soudain, mais délibérément, méthodiquement. Ils immobilisaient leurs victimes, les battaient et les laissaient pour mortes.
Pendant plus de quatre ans, ils traquèrent un à un tous les mâles Kahama. Après chaque mise à mort, les Kasakela hurlaient, sautaient et arrachaient des branches d'arbres, dans une sorte de célébration selon Goodall.
Goodall était si bouleversée qu'elle a eu du mal à l'accepter pendant des années. Elle a écrit que des images horribles lui revenaient en mémoire la nuit. Un chimpanzé, la main en coupe sous le menton d'une victime, buvait le sang qui coulait de son visage. Des chimpanzés qu'elle connaissait depuis leur naissance commettaient des actes qu'elle n'aurait jamais crus possibles.
Lorsqu'elle a rapporté ce qu'elle avait vu, la communauté scientifique a refusé de la croire.
Puis des chercheurs ont étudié 18 autres communautés de chimpanzés à travers l'Afrique et ont constaté les mêmes comportements partout.
Ce n'était pas une anomalie. C'était tout simplement le comportement naturel des chimpanzés.


 

jeudi 2 avril 2026

Température du jour à Arvida (2 avril 2026)


 

Marc Aurèle contre la peste

À la fin des années 160, Rome était en proie à de graves difficultés.
La peste antonine ravageait l'empire, emportant soldats, contribuables et paysans sans distinction. Parallèlement, de brutales guerres faisaient rage le long du Danube, tandis que les tribus germaniques repoussaient la frontière nord de Rome. Il fallait payer les armées, nourrir les réfugiés, et le trésor impérial était à sec.
La plupart des empereurs, acculés de la sorte, imposaient des restrictions plus sévères aux provinces : nouveaux impôts, emprunts forcés, confiscations brutales. Marc Aurèle fit alors quelque chose d'inattendu.
Au lieu de bouleverser l'empire, il mit son propre palais sens dessus dessous.
Cassius Dion rapporte que Marc Aurèle ordonna une vente aux enchères publiques des trésors impériaux sur le Forum de Trajan. Pendant des jours, les citoyens assistèrent à la mise en vente en plein air des objets de luxe du palais : coupes d'or, services de table en argent, cristal et pierres précieuses, statues incrustées de joyaux, et même les robes de soie brodées et de pourpre de l'impératrice Faustine. Les symboles mêmes de la majesté impériale étaient alignés comme des marchandises ordinaires sur un marché.
Quiconque en avait les moyens pouvait enchérir : sénateurs, riches marchands, et même affranchis prospères. Marc Aurèle fit un autre geste remarquable : si, par la suite, un acheteur regrettait son acquisition ou connaissait des difficultés financières, l’État rachèterait les objets. Il s’agissait moins d’une braderie que d’un empereur mettant discrètement sa couronne en gage pour maintenir la machine impériale en marche.
L’argent ne servit pas à la construction de nouveaux palais, mais à la solde des armées et aux réserves de céréales. Les soldats postés sur la frontière glacée du Danube et les familles affamées des villes ravagées par la peste furent soutenus par le luxe dilapidé de la cour impériale.
Dans un monde où les empereurs étaient censés incarner une grandeur intouchable, Marc Aurèle laissa Rome entrevoir une autre facette de lui-même : celle d’un souverain prêt à dépouiller son propre palais avant de dépouiller son peuple. Cette vente aux enchères transforma la gloire impériale en une bouée de sauvetage et offrit un rare exemple de pouvoir choisissant le sacrifice plutôt que l’apparat.

« Portrait de l'artiste en jeune homme » de James Joyce

« Portrait de l'artiste en jeune homme » de James Joyce est largement considéré comme une œuvre majeure de la littérature moderniste. Publié initialement en 1916, après avoir paru en feuilleton dans la revue « The Egoist » entre 1914 et 1915, ce roman a imposé Joyce comme une voix littéraire incontournable et a anticipé les innovations de ses œuvres ultérieures, telles qu'« Ulysse ». Souvent classé comme roman d'apprentissage (ou « bildungsroman »), et plus précisément comme roman d'artiste (ou « Künstlerroman »), il retrace le développement intellectuel, spirituel et artistique de Stephen Dedalus, personnage semi-autobiographique de Joyce.
Le récit suit Stephen de sa petite enfance à ses années universitaires à Dublin, dépeignant sa résistance progressive aux forces qui tentent de façonner son identité : sa famille, le nationalisme irlandais et, en particulier, l'Église catholique. Le titre fait allusion à Dédale, l'artisan de la mythologie grecque qui créa des ailes pour échapper à sa prison, symbolisant la détermination de Stephen à s'affranchir des contraintes de la société irlandaise et à conquérir son indépendance artistique.
Le roman est divisé en cinq chapitres, chacun reflétant une étape de la croissance de Stephen. Dans la première partie, l'enfance est dépeinte à travers des impressions sensorielles fragmentées, notamment des comptines et des expériences simples vécues au Clongowes Wood College, où Stephen est confronté au harcèlement, à l'injustice et à un questionnement moral. Durant son adolescence au Belvedere College, il est aux prises avec les notions de péché, de culpabilité et d'éveil à la sexualité, ce qui le conduit à une profonde crise religieuse déclenchée par un sermon saisissant sur l'enfer. Devenu jeune adulte et étudiant à l'université, Stephen commence à remettre en question l'autorité religieuse, rejette l'idée de devenir prêtre et prend ses distances avec le nationalisme. Il se tourne de plus en plus vers l'art et la philosophie, développant sa propre esthétique, influencée par des penseurs comme Thomas d'Aquin. Le roman s'achève sur la ferme résolution de Stephen de donner un sens à sa vie par l'art, résolution exprimée dans sa célèbre déclaration sur la nécessité de forger la conscience de son peuple, suivie de sa décision de quitter l'Irlande. La dernière partie, rédigée sous forme d'entrées de journal intime, reflète son indépendance et sa conscience de soi grandissantes.
L'un des aspects les plus novateurs du roman réside dans son style narratif. Joyce utilise la technique du flux de conscience, permettant ainsi au langage et à la structure d'évoluer au rythme du développement mental de Stephen. Les premiers chapitres emploient des expressions simples et enfantines, tandis que les sections suivantes gagnent en complexité, en profondeur et en poésie. Ce changement stylistique permet au lecteur de vivre directement les pensées et les perceptions de Stephen, mêlant souvent narration et voix intérieure grâce au discours indirect libre. Le récit est également ponctué d'épiphanies – des moments de lucidité soudains qui révèlent des vérités plus profondes et façonnent la compréhension que Stephen a de lui-même et du monde.
Le roman explore plusieurs thèmes centraux. Au cœur de celui-ci se trouve le développement de la conscience individuelle, Stephen passant de la dépendance à l'autonomie intellectuelle et artistique. La religion joue un rôle déterminant dans la construction de son enfance, instillant peur et culpabilité, mais il finit par rejeter son autorité, la percevant comme une entrave à sa liberté créative. L'idée d'emprisonnement face à l'évasion est récurrente dans le texte : l'Irlande, la famille et la religion sont dépeintes comme des forces limitant l'épanouissement personnel, tandis que l'exil représente la libération. Joyce examine également la nature et la finalité de l'art, présentant la conception que Stephen se fait de l'art comme une quête indépendante et impersonnelle, centrée sur la beauté plutôt que sur une fonction morale ou politique. De plus, le roman aborde les questions d'identité et de nationalisme, Stephen refusant de se conformer aux attentes collectives pour tracer sa propre voie.
À travers des contrastes tels que l'innocence et l'expérience, le corps et l'âme, l'ordre et le chaos, Joyce approfondit la complexité de ces thèmes. L'héritage du roman réside dans son audacieuse rupture avec les formes narratives traditionnelles et dans sa profonde perspicacité psychologique. Il a influencé des générations d'écrivains en redéfinissant la représentation de la conscience intérieure en fiction. Parallèlement, il offre un portrait saisissant des difficultés rencontrées par la jeunesse irlandaise dans un environnement culturel et religieux restrictif. Aujourd'hui encore, Portrait de l'artiste en jeune homme demeure une œuvre majeure du modernisme, qui illustre le parcours universel de la découverte de soi et de l'éveil artistique.

 

La tunique ensanglantée de Jules César

À Rome, tout le monde savait que Jules César avait été assassiné aux Ides de Mars 44 avant notre ère. Les rumeurs circulaient : des sénateurs armés de poignards, des cris dans le Sénat, le dictateur gisant au pied de la statue de Pompée. Mais les rumeurs sont lointaines. Ce qui changea tout, ce fut la vue de sa toge.
Lors des funérailles au Forum, le corps de César reposait sur un catafalque. Marc Antoine prononça son célèbre discours, louant le dictateur défunt et sapant discrètement l'affirmation des conspirateurs selon laquelle ils avaient sauvé la République. Puis vint l'instant que Quintilien décrivit plus tard avec tant de vivacité.
Antoine ordonna que la toge ensanglantée de César soit présentée à la foule – certaines sources disent qu'il la brandit lui-même, d'autres qu'elle fut hissée au bout d'une lance ou d'un bâton. Son tissu blanc était lacéré et raide, taché de brun-rouge, chaque déchirure marquant l'endroit où un couteau avait pénétré. Le peuple savait déjà que César était mort, mais ce vêtement transforma cette connaissance en vision.
Quintilien écrit que la toge, « ruisselante de sang », rendit le meurtre si réel « qu’on eut l’impression que César était assassiné sur le champ ». Le Forum s’embrasa. Le chagrin se mua en fureur. La foule se précipita pour brûler bancs et meubles afin d’ériger un bûcher, puis se rua vers les maisons des assassins. Le théâtre politique savamment orchestré par Brutus et Cassius s’effondra en un seul jour.
Cette toge ensanglantée ne se contenta pas de raconter une histoire ; elle la créa. Elle transforma un coup d’État sénatorial en martyre, les conspirateurs en bourreaux, et Octave, héritier de César, en vengeur d’un père assassiné. De cette fureur naquirent la guerre civile, l’ascension d’Auguste et la chute de la République romaine.

mercredi 1 avril 2026

Température du jour à Arvida (1er avril 2026)




 

La reine Amanirenas de Koush et l’empire romain

En 24 après J.-C., un général romain en Égypte pensait avoir trouvé une proie facile au sud. Il supposait que le royaume de Koush se soumettrait comme tous les autres. Mais il n'avait pas prévu de rencontrer une femme au courage plus grand que toute sa légion.
La reine Amanirenas n'attendit pas que les Romains atteignent ses portes. Elle décida de frapper la première. Elle mena une armée de 30 000 soldats en territoire occupé par les Romains et les prit totalement par surprise.
Ses guerriers prirent d'assaut les villes d'Assouan et de Philae. Ils abattirent les statues de César et firent des prisonniers parmi les citoyens romains. Ce fut un coup d'éclat qui provoqua une onde de choc dans tout l'empire.
Mais la riposte romaine fut rapide et brutale. Le préfet Pétrone marcha vers le sud avec une armée professionnelle pour reprendre les terres perdues. Il pénétra profondément en territoire romain et détruisit la ville sainte de Napata.
Amanirenas perdit bien plus qu'une ville dans les combats. Elle perdit son époux, le roi Teriteqas, et plus tard son fils, le prince Akinidad. Elle perdit également un œil au combat, blessée par un archer romain.
Un chef moins déterminé se serait rendu. La plupart se seraient repliés dans le désert, attendant la fin. Pas elle.
Elle perçut leur peur. Elle perçut leur arrogance. Elle perçut leur faiblesse.
Au lieu de se cacher, la reine borgne se ressaisit et se prépara à une longue guerre d'usure. Elle harcela les lignes de ravitaillement romaines et fit en sorte que chaque mile gagné leur coûte du sang.
Les Romains finirent par comprendre que vaincre cette femme serait un cauchemar sans fin et coûteux. Ils convinrent de se rencontrer pour des pourparlers de paix sur l'île de Samos.
Amanirenas envoya ses ambassadeurs avec un paquet de flèches d'or. Son message était simple : si César voulait la paix, les flèches étaient un cadeau. S'il voulait la guerre, il en aurait besoin.
À la surprise générale, l'empereur Auguste accéda à presque toutes ses demandes. Il annula les impôts qu'il avait imposés et restitua les terres qu'il avait confisquées.
Le royaume de Koush conserva son indépendance pendant trois siècles grâce à la détermination d'une femme. Elle prouva que même le plus grand empire du monde pouvait être vaincu par une volonté inébranlable.
Seule face aux puissants, elle obtint la liberté de son peuple.
 

Découverte du tombeau de Cléopatre et de Marc Antoine : un poisson d’avril ?

Le tombeau de Cléopatre et de Marc Antoine vient d'être mis au jour sur le sanctuaire de Taposiris Magna! C'est la découverte majeure du siècle dont rêvent tous les archéologues ! 
 Les deux célèbres amants ont été inhumés côte à côte, chacun dans son sarcophage dont le style est bien celui de la fin des Ptolémées, de veritables oeuvre d'art en porphyre pour les deux "inimitables".
Sur la momie de Cléopâtre, on peut encore observer les traces de morsure par le cobra décrites par les textes!  
Le site, inviolé depuis l'Antiquité a immédiatement été sécurisé par l'armée pour éviter curieux et pillage, le temps que les fouilles complètes  puissent avoir lieu.

mardi 31 mars 2026

Température du jour à Arvida (31 mars 2026)


 

L’invention de l’eau pétillante

En 1767, à Leeds, en Angleterre, vivait un homme qui habitait à côté d'une brasserie. Chimiste et homme de grande réputation, il s'appelait Joseph Priestley.
À cette époque, l'eau naturellement gazeuse était un produit de luxe. On parcourait des kilomètres jusqu'aux sources naturelles pour s'en abreuver et en retirer des bienfaits pour la santé. Mais personne ne savait comment recréer cette effervescence en laboratoire.
Joseph observait souvent les grandes cuves de bière en fermentation. Il remarqua une épaisse couche d'air au-dessus du liquide.
Il regarda les bulles remonter à la surface. Il vit le gaz s'échapper. Il vit cette force invisible se dissiper dans l'air.
Mais Joseph eut une théorie qui allait tout changer. Il décida de suspendre un simple bol d'eau à quelques centimètres seulement au-dessus de la bière en fermentation.
Il attendit patiemment que le gaz se dépose dans le liquide limpide. Lorsqu'il prit enfin une gorgée, l'eau pétilla sur sa langue.
Elle était pétillante. Elle était rafraîchissante. C'était le premier verre d'eau gazeuse artificielle de l'histoire.
Au début, le corps médical était enthousiaste. On pensait que cette nouvelle eau pouvait guérir le scorbut et faciliter la digestion des marins.
Mais Joseph ne recherchait pas la fortune. Il voyait sa découverte comme un moyen d'aider l'humanité, un outil pour la science, un don fait au monde.
Il publia sa méthode en 1772, la rendant accessible à tous. Il l'appela « Implémentation de l'eau avec de l'air fixe ».
Il ne breveta jamais son invention. Il n'a jamais gagné un centime grâce aux milliards de bouteilles vendues aujourd'hui.
En revanche, un homme d'affaires du nom de Johann Jacob Schweppe s'inspira de son invention et bâtit un empire. L'immense industrie des boissons gazeuses que nous connaissons aujourd'hui repose entièrement sur les épaules de ce chimiste visionnaire.
La prochaine fois que vous ouvrirez une bouteille fraîche, pensez à cet homme de la brasserie. Il ne voulait pas de votre argent ; il voulait simplement prouver que la science pouvait rendre la vie un peu plus agréable.
Sources : Science History Institute / Archives nationales
#histoire #faits #connaissance #découverte

Des leçons de Confucius


 

lundi 30 mars 2026

Température du jour à Arvida (30 mars 2026)


 

La lionne aveugle

La lionne aveugle qui a survécu des années grâce à ses filles s'est éteinte.
Pendant des années, elle a vécu dans les plaines, non pas parce qu'elle était la plus forte, mais parce qu'elle n'était pas seule. Lorsque sa vue l'a abandonnée, ses filles sont devenues ses yeux et ses chasseresses. Elles l'ont guidée, nourrie et veillée pendant que les autres membres de la troupe poursuivaient leur route. Ce dévouement discret lui a permis de vivre bien au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer.
Ses filles chassaient pour elle, la protégeaient des dangers et la conduisaient doucement sur des sentiers familiers pour qu'elle puisse se reposer et s'abreuver. Ce n'était pas seulement un instinct, mais un choix : une famille qui a décidé de prendre soin de l'une des siennes alors que la nature l'aurait abandonnée. Leurs mois et leurs années de soins ont transformé le danger en une routine quotidienne de protection et de réconfort.
Sa disparition représente bien plus qu'une lionne perdue ; c'est un rappel que les liens et la loyauté sont essentiels à la survie dans la nature. Les défenseurs de l'environnement affirment que des histoires comme celle-ci montrent combien les liens sociaux sont importants pour le bien-être animal et que les efforts humains pour protéger les habitats doivent prendre en compte les structures familiales. En la pleurant, nous célébrons aussi la rare tendresse d'une troupe qui a refusé d'abandonner sa mère.


Traduction en direct

Google vient d’étendre à l’iPhone sa fonction Live Translate avec écouteurs, jusque-là lancée en bêta sur Android à la fin de 2025. L’outil permet désormais aux utilisateurs d’iPhone d’entendre en temps réel la traduction d’une conversation dans plus de 70 langues, dont le « canadien-francais », directement dans n’importe quelle paire d’écouteurs connectés.
 Au final, Google vient combler une vraie faiblesse de l’iPhone sur ce terrain. Les utilisateurs d’iOS avaient déjà accès à la traduction en direct, mais dans un cadre matériel plus restreint. Avec cette nouveauté, Google rend la fonction plus accessible, plus simple à adopter et potentiellement plus utile au quotidien, surtout pour les voyageurs et les personnes vivant dans un environnement multilingue.
Concrètement, l’usage se veut très simple. Il suffit d’ouvrir l’application Google Traduction sur un iPhone, avec des écouteurs Bluetooth déjà connectés, puis d’appuyer sur « Live translate » pour lancer l’écoute et la traduction en direct. Google présente cette fonction comme un outil pratique pour suivre une conversation, comprendre une annonce dans un lieu public ou voyager plus facilement.

Cette arrivée sur iOS s’accompagne aussi d’un élargissement géographique. Google annonce le déploiement de la fonction dans de nouveaux pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Japon, la Thaïlande et le Royaume-Uni, pour les utilisateurs iPhone comme Android.

L’intérêt de cette annonce tient surtout à son approche plus ouverte que celle d’Apple. Depuis l’automne 2025, Apple propose bien sa propre traduction en direct sur iPhone, mais elle repose sur Apple Intelligence et sur des modèles précis d’AirPods, notamment les AirPods 4 avec réduction active du bruit ainsi que les AirPods Pro 2 et versions ultérieures. Google, lui, mise sur une compatibilité beaucoup plus large, puisque la fonction peut être utilisée avec n’importe quels écouteurs.
Pour Google, ce lancement illustre aussi une stratégie plus large. L’entreprise cherche à faire de Google Traduction un service dopé à l’IA, capable non seulement de traduire, mais aussi de mieux restituer le ton, le rythme et le sens d’une conversation. À terme, ce type d’usage quotidien pourrait devenir l’un des meilleurs arguments concrets en faveur de l’IA générative auprès du grand public.

Percy Lavon Julian


En 1920, un jeune homme sortit major de sa promotion à l'Université DePauw. Toutes les portes auraient dû s'ouvrir à lui. Pourtant, à cause de sa couleur de peau, un professeur lui déclara que poursuivre un doctorat en chimie était une perte de temps.
Mais l'homme qui lui avait dit « non » ignorait tout de la flamme qui animait Percy Lavon Julian. Petit-fils d'esclave, Percy avait été élevé dans la conviction que son intelligence était un don du Tout-Puissant. Il refusa de laisser le monde brider son potentiel.
Percy entreprit un long voyage jusqu'à Vienne pour obtenir son doctorat. Il revint en Amérique comme l'un des chimistes les plus brillants au monde. Pourtant, en pleine période de ségrégation raciale, de grandes entreprises refusèrent de l'embaucher, car elles ne voulaient pas d'un Noir dans leurs laboratoires.
Il ne se découragea pas. Il ne s'aigrit pas. Il travailla simplement avec plus d'ardeur.
Son destin bas arriva enfin à la société Glidden. Alors que d'autres ne voyaient qu'une simple graine de soja, Percy y voyait un miracle d'ingénierie. Il découvrit comment extraire les stérols de l'huile de soja pour synthétiser des hormones vitales.
Avant ses travaux, ces médicaments étaient si chers que seuls les ultra-riches pouvaient se les offrir. Percy changea la donne. Il rendit les médicaments accessibles à tous.
Il fut témoin de leurs difficultés. Il perçut leur souffrance. Il comprit leur besoin.
En 1950, après avoir emménagé avec sa famille dans un quartier résidentiel, sa maison fut incendiée par une foule en colère. Ce fut un moment terrifiant de haine. Mais l'ironie était frappante.
Des années auparavant, Percy avait inventé l'« Aero-Foam », une mousse à base de soja utilisée par la marine américaine pour éteindre les incendies pendant la Seconde Guerre mondiale. L'homme dont ils avaient tenté d'incendier la maison était celui-là même qui avait sauvé des milliers de marins américains de navires en flammes.
Percy Julian finit par ouvrir son propre laboratoire. Il devint l'un des premiers millionnaires noirs de son domaine. Il a prouvé que l'excellence, la foi et le travail acharné sont plus forts que tous les obstacles.
Aujourd'hui, des millions de personnes sous cortisone ou médicaments contre le glaucome lui doivent leur santé. Il a transformé une simple idée en un immense espoir.

 

La démocratie ?