samedi 7 février 2026

Généalogie du conte « Blanche-neige »

En 1812, le monde découvrit une histoire bien différente du conte de fées que nous connaissons aujourd'hui. Jacob et Wilhelm Grimm publièrent leur premier recueil de contes, mais la version de Blanche-Neige qu'il contenait était un récit glaçant de trahison familiale qui choquerait encore le public moderne.
Dans ce texte original, la méchante n'était pas une belle-mère jalouse entrée dans la famille plus tard. Non, l'antagoniste était la mère biologique de Blanche-Neige.
Les frères Grimm ont rapporté une version où la vanité d'une mère se muait en une soif de sang, une soif physique de voir sa propre fille mourir. Elle ne supportait pas que sa propre chair et son propre sang soient plus belles qu'elle.
Mais la trahison allait bien au-delà d'un simple bannissement dans les bois. La mère ordonna à un chasseur d'emmener la jeune fille dans la forêt et de mettre fin à ses jours.
Elle exigea une preuve de son acte. Elle ordonna à l'homme de rapporter les poumons et le foie de sa fille.
Elle ne voulait pas de ces organes comme d'un trophée macabre à conserver dans une boîte. Elle comptait les faire cuire avec du sel et les manger.
Elle convoitait le pouvoir qu'elle pensait obtenir en dévorant son propre enfant. Elle désirait la vie de sa fille. Elle désirait sa beauté. Elle désirait son existence même.
Le chasseur finit par avoir pitié de la fillette et rapporta à la place les organes d'un sanglier. La mère les dévora avidement, croyant avoir anéanti sa jeune rivale.
Lorsque les frères Grimm publièrent leur édition finale en 1857, ils avaient considérablement édulcoré le conte. Ils confièrent le rôle à une belle-mère afin de préserver le caractère sacré du lien mère-enfant.
Ils comprirent que l'idée d'une mère dévorant son enfant était trop sombre pour l'époque Biedermeier, qui valorisait de plus en plus les principes familiaux. Ils modifièrent le personnage, mais les racines sombres et anciennes du conte restèrent enfouies dans les archives de 1812.
Cette histoire nous montre que le folklore ancien n'était pas destiné à bercer les enfants avant de dormir, mais bien à les mettre en garde contre la dépravation humaine. Elle nous rappelle combien nous avons édulcoré le monde pour nos enfants au cours des deux derniers siècles.
La véritable histoire est souvent bien plus dérangeante que ce que les films laissent entendre.

Espagnol de naissance, il était Maya par choix

En 1511, un marin espagnol nommé Gonzalo Guerrero fut projeté à la mer après un naufrage catastrophique au large des côtes jamaïcaines. Avec une poignée de survivants, il dériva pendant deux semaines dans une petite embarcation avant d'échouer sur la péninsule du Yucatán.
Au lieu d'un accueil chaleureux, ils furent capturés par des guerriers mayas. La plupart de ses compagnons furent immédiatement sacrifiés. Gonzalo fut épargné, mais réduit en esclavage et aux travaux forcés.
Mais cet homme n'était pas un marin ordinaire. Vétéran des guerres d'Italie, il savait survivre. Lorsqu'un seigneur maya fut attaqué par une bête sauvage, Gonzalo lui sauva la vie et gagna un peu de respect.
Il fut témoin de leur force, de leur loyauté et de leur humanité. Au lieu d'attendre des secours espagnols qui ne viendraient peut-être jamais, il choisit de s'intégrer à leur monde.
Gonzalo Guerrero finit par recouvrer sa liberté grâce à sa bravoure lors d'escarmouches tribales. Il se fit tatouer le corps de symboles mayas, se perça les oreilles et le nez, et apprit la langue complexe du maya.
C'était du jamais vu pour un Européen du XVIe siècle. Il épousa une noble maya nommée Zazil Ha et eut des enfants, fondant ainsi la toute première famille métisse des Amériques.
Mais la véritable épreuve de sa loyauté survint lorsque les conquistadors espagnols, menés par Hernán Cortés, débarquèrent près de chez lui. Cortés envoya un message à Gonzalo pour qu'il retourne auprès des siens.
Gonzalo refusa. Il déclara à ses anciens compatriotes qu'il était père et un homme installé. Il resta avec les Mayas. Il resta avec sa famille. Il resta avec sa nouvelle nation.
Il passa les vingt années suivantes à former des guerriers mayas aux tactiques militaires européennes. Il leur enseigna comment contrer la cavalerie espagnole et comment survivre au fracas des arquebuses.
En 1532, Gonzalo Guerrero trouva la mort sur le champ de bataille. Il fut tué en combattant les forces espagnoles qui tentaient de coloniser la terre qu'il avait appris à aimer.
Son héritage perdure aujourd'hui à travers le Mexique, où il est considéré comme le père du peuple métis. Il choisit son camp et mourut en protégeant la famille qu'il avait fondée, malgré une situation désespérée. Espagnol de naissance, il était Maya par choix.
 

Nul ne peut être défini par un seul de ses actes

Il purgeait une peine de 25 ans pour meurtre lorsqu'un livre de mathématiques a tout changé.
Christopher Havens est arrivé dans une prison de haute sécurité de l'État de Washington, accablé par le poids d'une vie marquée par de mauvais choix : drogue, violence, criminalité. En 2011, son avenir semblait compromis. Pour la plupart des gens, la prison est synonyme de désespoir.
Pour Christopher, la prison lui a offert quelque chose d'inédit : du temps.
En isolement, avec de longues heures de détention et sans aucune distraction, il s'est mis aux mathématiques. Les maths n'avaient jamais été son point fort. Il avait abandonné le lycée sans perspective d'avenir. Mais seul dans sa cellule, il s'est mis à résoudre des problèmes.
Un événement inattendu s'est produit.
La logique était implacable. Les règles restaient les mêmes. Dans une vie chaotique, les mathématiques lui offraient une certitude. Les réponses étaient justes ou fausses. Les systèmes récompensaient la patience et la concentration. Elles lui apportaient la clarté là où tout le reste avait échoué.
Il a demandé d'autres livres au programme d'éducation de la prison. Puis des livres plus difficiles. Il a étudié le calcul différentiel et intégral et s'est attaqué à des sujets avancés que beaucoup d'étudiants n'abordent qu'à l'université. Nuit après nuit, il remplissait des pages de symboles et de calculs minutieux.
Finalement, il se heurta à un mur. Certaines idées étaient trop complexes pour qu'il puisse les résoudre seul. Il avait besoin d'aide. Alors, Christopher prit une décision audacieuse. En janvier 2013, il écrivit des lettres pour demander l'accès à des revues de mathématiques sérieuses et pour trouver quelqu'un qui pourrait lui répondre sur le sujet.
La plupart de ses demandes restèrent sans réponse. Ce n'était pas surprenant. Les lettres d'un homme en prison qui s'interrogent sur les mathématiques abstraites sont rarement prises en compte. Mais une piste finit par fonctionner. Un mathématicien de l'Université de Turin, Umberto Cerruti, lui répondit. Cerruti ne le prit pas de haut. Il le stimula.
Il lui envoya des documents sur la théorie des nombres, l'un des domaines les plus difficiles des mathématiques. Il lui proposa des problèmes capables de mettre à l'épreuve même des chercheurs confirmés. Christopher répondit par des pages de calculs manuscrits. Méticuleux. Logiques. Original.
Avec seulement du papier, des crayons et quelques livres, Christopher commença à étudier les fractions continues. Ces notions remontent à plus de deux mille ans. Il ne s'agissait pas de devoirs scolaires. Il s'agissait de véritable recherche.
Puis, un événement surprenant se produisit. Christopher fit une découverte originale. Il a découvert de nouvelles relations en théorie des nombres. Cerruti a partagé ses travaux avec d'autres experts. Ils les ont vérifiés et testés. Ils se sont avérés exacts.
Ce n'était pas le fait qu'il soit en prison qui rendait cette découverte impressionnante. C'était tout simplement impressionnant.
En 2020, les travaux de Christopher Haven ont été publiés dans Research in Number Theory, une revue académique de renom. Un homme purgeant des décennies de prison, sans diplôme universitaire et avec un accès quasi inexistant aux outils modernes, avait enrichi les mathématiques de nouvelles connaissances.
Le monde universitaire l'a remarqué. Les mathématiciens ont partagé l'article. Des enseignants ont cité son histoire comme preuve que le talent dépend souvent des opportunités. Des journalistes en ont parlé. Des associations d'éducation en prison l'ont utilisée comme preuve que l'apprentissage peut transformer des vies.
Mais les mathématiques ne sont peut-être pas l'essentiel. C'est le changement qui compte.
L'homme entré en prison marqué par la violence a trouvé discipline, un but et un moyen d'aider les autres. Christopher a contribué à la création du Prison Mathematics Project, où il encadre d'autres détenus et les aide à étudier les mathématiques et à envisager un avenir différent.
Il continue de travailler sur des problèmes qui mettent au défi les mathématiciens professionnels. Sa date de libération est mentionnée différemment selon les sources, et il reste incarcéré pour le moment. Mais à bien des égards, il est déjà libre. Libre de penser. Libre de créer. Libre de contribuer.
L'histoire de Christopher Havens ne signifie pas que les crimes n'ont pas d'importance. Elle montre que les gens sont bien plus que le pire acte qu'ils aient commis. Que l'intelligence n'est pas un privilège. Que l'éducation peut ouvrir des esprits que la société a abandonnés.
Ce soir, quelque part dans une cellule, quelqu'un fixe une page de chiffres, sans savoir ce qu'ils pourraient devenir. Un simple livre de mathématiques et des années d'efforts constants ont révélé un esprit capable de faire progresser des questions très anciennes. Cela devrait nous amener à repenser la punition, l'éducation et le potentiel humain.
Combien d'autres découvertes attendent patiemment derrière des portes closes ?

vendredi 6 février 2026

Température du jour à Arvida (6 février 2026)


 

Ne jamais exagérer même en buvant du thé

En mars 2013, des médecins du Michigan ont documenté un cas rare et alarmant concernant une Américaine de 47 ans qui a développé une fluorose squelettique après une consommation excessive de thé pendant près de vingt ans.
Pendant 17 ans, elle préparait et consommait quotidiennement une carafe entière de thé, utilisant une quantité impressionnante de 100 à 150 sachets par infusion. Cette habitude portait son apport en fluor à plus de 20 mg par jour, dépassant largement la limite supérieure recommandée de 10 mg/jour pour les adultes. Les feuilles de thé accumulent naturellement du fluor provenant du sol, et à de telles concentrations, l'exposition est devenue toxique.
Avec le temps, elle a développé des douleurs intenses et persistantes au dos, aux bras, aux jambes et aux hanches. Ses dents sont devenues si fragiles qu'il a finalement fallu les extraire. Au départ, les médecins craignaient un cancer en raison de ses symptômes et des résultats d'imagerie, mais des examens complémentaires ont révélé que les taux anormalement élevés de fluor étaient la véritable cause.
Une fois qu'elle a cessé de consommer ce thé concentré, ses taux de fluor ont progressivement diminué et ses symptômes ont commencé à s'améliorer. Ce cas, remarquable par sa rareté aux États-Unis, a ensuite été publié dans le New England Journal of Medicine comme un exemple édifiant montrant comment même des boissons courantes peuvent devenir dangereuses en cas de consommation excessive.

Couvre-sol surtout pour remplacer le trop vulgaire gazon


 

La distribution du mépris


 

Frédéric le Grand


 En 1730, un jeune prince, recroquevillé dans une cellule obscure, attendait le lever du soleil. En 1760, il serait le commandant le plus redouté de toute l'Europe.
Mais avant d'être roi, il était un fils brisé, vivant sous le joug d'un tyran religieux. Son père, le Roi Soldat, haïssait la musique, la poésie et la philosophie.
Frédéric le Grand était un homme différent. Il aimait la flûte et les livres français, ce que son père considérait comme un signe de faiblesse et de rébellion.
Pour briser le garçon, son père le força à assister, depuis une fenêtre, à la décapitation de son meilleur ami. Ce traumatisme le marqua à jamais.
Il apprit que le monde était indifférent aux sentiments. Il apprit que survivre exigeait du fer et du sang.
Lorsqu'il monta sur le trône en 1740, il n'attendit aucune permission. Il envahit la Silésie et stupéfia le monde par sa rapidité.
Mais sa plus grande épreuve survint pendant la guerre de Sept Ans. C'était la Prusse contre le reste du monde.
La France, l'Autriche et la Russie se rapprochaient de lui simultanément. À la bataille de Leuthen, il était en infériorité numérique de trois contre un.
Il aperçut leurs lignes. Il vit leurs canons. Il perçut leur arrogance.
Par une manœuvre brillante, il trompa toute l'armée autrichienne. Il frappa leur flanc avec une force implacable et remporta une victoire qui semblait impossible.
Il transforma l'armée prussienne en une machine infatigable. Il bâtit une nation à partir de sable et de discipline.
Pourtant, malgré toute sa gloire, il était un homme solitaire. Il passait ses nuits dans un palais nommé Sanssouci, qui signifie « sans souci ».
Il comprit son devoir. Il comprit son destin. Il comprit son héritage.
Il abolit la torture et invita les déplacés à s'installer sur son territoire. Il devint l'architecte d'une superpuissance qui finirait par dominer le continent.
Aujourd'hui encore, les tactiques militaires qu'il a perfectionnées sont étudiées dans toutes les académies du monde.
Il était le serviteur de l'État devenu son plus grand maître.
Frédéric le Grand vécut dans une profonde solitude malgré sa renommée. Il choisit d'être enterré sur la terrasse des vignes de son palais de Sanssouci, dans une tombe simple.
Il laissa des instructions strictes : être enterré de nuit, sans cérémonie ni faste religieux. Il préférait la compagnie de ses lévriers italiens bien-aimés à celle des politiciens berlinois.
Durant ses dernières années, il se promenait seul dans les jardins, parlant souvent à ses chiens comme s'ils étaient ses seuls véritables amis.
La cruauté de son père avait fait de lui un génie sur le champ de bataille, mais l'avait rendu incapable de trouver la paix dans la chapelle.
Il mourut dans son fauteuil en 1786, laissant derrière lui un royaume et une réputation qui allaient hanter l'Europe pendant des siècles.
Sa tombe demeure aujourd'hui un lieu de pèlerinage, souvent recouverte de pommes de terre en hommage à son œuvre de solidarité envers les pauvres.

jeudi 5 février 2026

Température du jour à Arvida (5 février 2026)


 

Le Québec, la société la moins américaine de l’Amérique du nord

Le Québec, la société la moins américaine

de l’Amérique du nord

Par Rémi Francœur

 À l’heure où le mot souveraineté revient au centre du débat public et où le président américain se permet de lancer l’idée provocatrice d’un Canada comme « 51e État », il est utile de rappeler une réalité méconnue — y compris par de nombreux Québécois. Je viens de l’État voisin, le New Hampshire : un territoire sans impôt sur le revenu ni taxe de vente, avec très peu de programmes sociaux et un ADN profondément libertarien. C’est précisément ce contraste qui m’amène à écrire qu’au sein de l’Amérique du Nord, le Québec représente une exception majeure. Sur le plan social, culturel et politique, c’est même la société qui ressemble le moins au modèle américain dominant.

On parle souvent du Québec à travers le prisme linguistique ou constitutionnel. Beaucoup plus rarement à travers ses choix de société. Pourtant, lorsqu’on prend un pas de recul, le portrait est saisissant.
D’abord, la structure même de la vie privée diffère. La majorité des Québécois ne se marient pas. Lorsqu’ils le font, depuis 1981 (avec la révision du Code civil), les femmes peuvent garder leur nom de naissance et le transmettre à leurs enfants — une norme juridiqueh et culturelle qui surprend encore ailleurs sur le continent. Le Québec est aussi l’une des sociétés les plus laïques d’Amérique du Nord. La religion joue un rôle marginal dans l’espace public et dans les décisions politiques. Cette réalité tranche radicalement avec celle des États-Unis, où la foi demeure un moteur central du débat social et électoral.
Sur le plan de l’éducation, le Québec se distingue tout autant. Il offre l’un des accès universitaires les plus abordables du continent, avec des droits de scolarité parmi les plus bas, loin du modèle américain dominé par des institutions à but lucratif et un endettement étudiant massif. Ici, l’éducation est pensée comme un bien collectif, non comme un produit.
Même chose pour la petite enfance. De 1997 jusqu’à février 2025, le Québec a été le seul État en Amérique du Nord à offrir un réseau universel de services de garde. Les résultats sont mesurables : le Québec affiche l’un des plus hauts taux de participation des femmes au marché du travail. C’est le fruit d’un choix de société assumé : investir dans les familles pour libérer le potentiel économique et professionnel des femmes.

En 2014, le Québec est aussi devenu la première province canadienne à légaliser l’aide médicale

à mourir. Qu’on y soit favorable ou non, ce geste témoigne d’une approche profondément

différente des questions éthiques : une société qui privilégie l’autonomie individuelle, la

compassion et la responsabilité collective, plutôt que la moralisation ou l’interdit religieux.

À cela s’ajoute un ensemble de protections rarement égalées sur le continent : droits des

travailleurs, des consommateurs, des locataires. Ici, même les partis de centre droit appuient des

projets d’énergies renouvelables, des pôles d’innovation verte et des partenariats publics. Le

consensus de base est clair : l’État a un rôle à jouer dans la transition énergétique et dans

l’organisation du développement économique.

Plus fondamentalement encore, le rapport à l’impôt révèle une fracture culturelle profonde. Au

Québec, payer des impôts est généralement perçu comme une contribution normale à la société.

Au New Hampshire, l’absence d’impôt sur le revenu et de taxe de vente est une fierté identitaire.

Mais elle vient avec un prix : infrastructures fragiles, filet social minimal, services publics limités.

2 sur 3 2026-02-05, 10:14 a.m.Idées | Le Québec, la société la moins américaine d’Amérique du Nord |... https://www.ledevoir.com/opinion/idees/953580/quebec-societe-moins-...

Deux visions du vivre-ensemble s’opposent.

Le Québec a choisi l’autre voie. Celle d’un État social, imparfait, certes, mais structurant. Celle

d’une solidarité institutionnalisée. Celle d’un modèle où la réussite individuelle s’inscrit dans un

cadre collectif.

Tout n’est pas parfait. Il reste énormément à faire en matière de logement, d’itinérance, de lutte

contre les inégalités, de reconnaissance des minorités et d’ambition climatique. Mais à ceux qui se

disent indépendantistes « à condition » que le Québec devienne un État résolument progressiste,

je réponds ceci : si l’on compare au reste du continent, nous y sommes déjà largement. Le Québec

incarne, dans les faits, une option nord-américaine au modèle américain.

Je tiens aussi à préciser une chose essentielle : je reconnais pleinement que les Premières

Nations se situent au-delà de ce cadre. Elles étaient ici bien avant que les Amériques ne soient

« américanisées » par le capitalisme et l’ordre colonial. Leurs visions du territoire, de la

communauté et du vivant précèdent — et défient encore — nos modèles contemporains.

Pourquoi parle-t-on si peu de tout cela ? Pourquoi ces différences fondamentales sont-elles si

rarement mises en lumière ? Peut-être parce qu’elles sont devenues normales pour ceux qui vivent

ici. Peut-être aussi parce que le Québec est souvent raconté de l’extérieur, à travers un prisme qui

ne lui correspond pas.

Mais à l’heure où les repères démocratiques vacillent ailleurs, où le modèle américain montre ses

fractures, il est temps de nommer ce que le Québec est déjà : une société distincte, profondément

non américaine dans ses valeurs, ses institutions et ses choix collectifs.

Ce n’est pas un slogan. C’est un constat.


Rogers Williams et la séparation de la religion et de l’État

 Il vint au Nouveau Monde en quête de pureté, mais il finit par semer les graines de la liberté américaine.

Le 5 février 1631, Roger Williams débarqua du *Lyon* sur le sol gelé de Boston.

Il était censé être le pasteur puritain idéal.
Brillant, passionné et profondément religieux, il nourrissait pourtant une idée dangereuse qui allait ébranler les fondements du pouvoir colonial.
À l'époque, Boston n'était pas une terre de liberté.
C'était une théocratie stricte où l'Église et l'État étaient fusionnés.
Les magistrats imposaient les devoirs religieux et toute dissidence était punie comme un crime contre la colonie.
Williams, face à ce système, y voyait une tyrannie.
Il commença à prêcher deux idées radicales qui terrifièrent l'establishment.
Premièrement, il affirmait que le gouvernement n'avait absolument aucune autorité sur la conscience individuelle.
Il croyait que la foi ne pouvait être imposée par la force.
Deuxièmement, il défendait avec vigueur le droit de propriété et la dignité humaine.
Il déclara que le roi d'Angleterre n'avait aucun droit de céder les terres américaines, car elles appartenaient aux Amérindiens.
Il insista sur le fait que ces terres devaient être achetées équitablement, et non confisquées par décret royal.
Ces propos étaient considérés comme de la trahison en 1631.
Les dirigeants coloniaux tentèrent de le faire taire.
Mais Williams ne céda pas.
En 1635, la Cour générale le bannit pour ses « opinions nouvelles et dangereuses ».
Menacé d'expulsion vers l'Angleterre – et probablement d'emprisonnement –, il s'enfuit dans le froid glacial de l'hiver.
Il ne survécut que grâce aux Wampanoags, qui l'abritèrent sous la neige.
Au printemps 1636, Williams mit en pratique ses propres principes.
Il acheta des terres à la tribu Narragansett – en leur versant un prix équitable – et fonda une nouvelle colonie appelée Providence.
Il la bâtit sur une promesse révolutionnaire.
Il ouvrit ses portes à tous.
Il accueillit les Quakers, persécutés dans les autres colonies.
Il accueillit les Juifs, qui n'avaient guère d'endroit où aller.
Il accueillit également ceux qui n'avaient aucune religion.
Le Rhode Island devint la première colonie à véritablement séparer le pouvoir religieux du pouvoir judiciaire.
Williams prouva qu'un gouvernement pouvait protéger la propriété et l'ordre sans dicter les consciences.
Ses écrits sur la liberté de conscience finirent par influencer les Pères fondateurs plus d'un siècle plus tard.
Aujourd'hui, lorsque nous examinons le Premier Amendement, nous nous intéressons à l'héritage de cet homme qui fut expulsé du Massachusetts pour avoir pensé trop librement.
Il refusa de transiger avec sa conscience.
Il refusa de s'approprier des terres.
Il refusa que l'État se prenne pour Dieu.
Roger Williams ne fonda pas seulement une colonie ; il fonda l'idéal américain selon lequel la liberté appartient à l'individu, et non au gouvernement.

Wallace Stevens

Chaque matin, Wallace Stevens enfilait un costume gris, prenait sa mallette et se rendait à une compagnie d'assurances Chaque matin, Wallace Stevens enfilait un costume gris, prenait sa mallette et se rendait à une compagnie d'assurances à Hartford, dans le Connecticut.
Le soir, il écrivait des poèmes qui interrogeaient la réalité elle-même et se demandaient si la beauté suffirait à la sauver.
Il était l'un des plus grands poètes américains, et pourtant il vivait comme un comptable. Ses collègues ignoraient que celui qui approuvait les demandes d'indemnisation écrivait aussi « L'Idée d'ordre à Key West ». Il ne parlait pas d'art. Il n'assistait pas aux lectures publiques. Il chérissait le silence, la rigueur, la retenue.
Stevens était un concentré de contradictions.
Il croyait que l'imagination pouvait racheter le monde, mais se méfiait des émotions.
Il menait une vie d'une discipline stricte, tandis que sa poésie scintillait de couleurs, d'étrangeté et d'un chaos maîtrisé.
À sa parution en 1923, « Harmonium » ne se vendit qu'à quelques centaines d'exemplaires. Les critiques étaient perplexes. Stevens ne protesta pas et ne s'expliqua pas. Il persévéra, révisant discrètement ses vers pendant ses pauses déjeuner, peaufinant ses poèmes entre deux dossiers et deux chiffres.
Des années plus tard, ces mêmes vers résonneraient dans les salles de classe et les anthologies :
« Après le dernier non, vient le oui. »
Durant sa dernière année, alors qu’il était atteint d’un cancer, il se convertit au catholicisme. Pour un homme qui avait passé sa vie à flirter avec le doute, ce n’était peut-être pas la foi en la doctrine, mais la foi en la beauté elle-même.
Wallace Stevens prouva que l’art ne naît pas toujours de la folie ou de la gloire.
Parfois, il s’épanouit grâce à la routine, la patience et une discipline tranquille ; grâce à un homme qui écrivait des poèmes au jour le jour, transformant la précision en grâce. à Hartford, dans le Connecticut.
Le soir, il écrivait des poèmes qui interrogeaient la réalité elle-même et se demandaient si la beauté suffirait à la sauver.
Il était l'un des plus grands poètes américains, et pourtant il vivait comme un comptable. Ses collègues ignoraient que celui qui approuvait les demandes d'indemnisation écrivait aussi « L'Idée d'ordre à Key West ». Il ne parlait pas d'art. Il n'assistait pas aux lectures publiques. Il chérissait le silence, la rigueur, la retenue.
Stevens était un concentré de contradictions.
Il croyait que l'imagination pouvait racheter le monde, mais se méfiait des émotions.
Il menait une vie d'une discipline stricte, tandis que sa poésie scintillait de couleurs, d'étrangeté et d'un chaos maîtrisé.
À sa parution en 1923, « Harmonium » ne se vendit qu'à quelques centaines d'exemplaires. Les critiques étaient perplexes. Stevens ne protesta pas et ne s'expliqua pas. Il persévéra, révisant discrètement ses vers pendant ses pauses déjeuner, peaufinant ses poèmes entre deux dossiers et deux chiffres.
Des années plus tard, ces mêmes vers résonneraient dans les salles de classe et les anthologies :
« Après le dernier non, vient le oui. »
Durant sa dernière année, alors qu’il était atteint d’un cancer, il se convertit au catholicisme. Pour un homme qui avait passé sa vie à flirter avec le doute, ce n’était peut-être pas la foi en la doctrine, mais la foi en la beauté elle-même.
Wallace Stevens prouva que l’art ne naît pas toujours de la folie ou de la gloire.
Parfois, il s’épanouit grâce à la routine, la patience et une discipline tranquille ; grâce à un homme qui écrivait des poèmes au jour le jour, transformant la précision en grâce.

mercredi 4 février 2026

Température du jour à Arvida (4 février 2026)


 

Marie de Rabutin Chantal, marquise de Sévigné

 Il y a 400 ans naissait Marie de Sévigné, plus connue sous le nom de plume de Madame de Sévigné. 
Marie de Sévigné (1626-1696) est un écrivain sans le savoir : rien ne préparait le millier de lettres qu’elle a écrites à voir le jour sous le nom d’œuvre. 
Mais l’épistolière la plus célèbre de France est une femme au destin particulier : orpheline de bonne heure, elle échappe au couvent pour recevoir une éducation dont elle tirera tout le profit dans la société du XVIIe siècle au sein de laquelle elle brille par son esprit et son naturel. 
Témoin privilégié de son temps, de la Fronde au règne de Louis XIV, elle est surtout, lettre après lettre, l’historienne de sa propre vie, partagée entre son devoir et sa passion maternelle. 
Roger de Bussy-Rabutin, auteur féroce, ne s’y est pas trompé qui écrit au sujet de sa cousine : « Rien n’est plus beau que ses lettres ; l’agréable, le badin et le sérieux y sont admirables ; on dirait qu’elle est née pour chacun de ces caractères. »
« On ne peut contester à Marie de Rabutin Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), le titre de plus célèbre épistolière de France. Ses lettres écrites d'un ton libre et d'un style inventif nous introduisent dans sa familiarité et dans celle de son siècle. Si les lettres à sa fille, Mme de Grignan, nous la montrent mère passionnément attentive, on ne peut négliger le rôle qu'elle joue de témoin, souvent spirituel et amusé – mais aussi depuis l'affaire Fouquet, parfois inquiet et réprobateur –, des petits et grands événements du règne de Louis XIV. »
Jacques Prévot

Retirer le plastique des océans

C’est une étape symbolique et très concrète à la fois : En 2025, The Ocean Cleanup a atteint le chiffre historique de 45 millions de kilos de plastique retirés des rivières et des océans depuis sa création. L’année 2025 à elle seule a permis d’en extraire 25 millions, soit plus de la moitié du volume cumulé. Un bond spectaculaire qui montre l’accélération des opérations. 

À l’heure où 5 à 12 millions de tonnes de déchets continuent de se déverser dans les océans chaque année, ces chiffres rappellent autant l’urgence du problème que l’efficacité croissante des solutions mises en place.

Fondée en 2013 par l’ingénieur néerlandais Boyan Slat, l’organisation s’attaque au plastique sur deux fronts : en mer, grâce à des systèmes flottants qui capturent les déchets dans les grands courants océaniques, et dans les rivières, via des intercepteurs capables de stopper les détritus avant qu’ils n’atteignent l’océan. Des partenariats locaux, des actions côtières et le recyclage des matériaux récupérés complètent cette approche globale, pensée pour avoir un impact durable.

Ce cap des 45 millions de kilos ne résout pas tout, bien sûr, mais il envoie un signal fort : la technologie et la mobilisation collective peuvent réellement changer la donne. L’objectif reste ambitieux : éliminer 90 % du plastique flottant d’ici 2040 ! Une bonne nouvelle qui ne doit pas nous faire oublier qu'on préférerait que ce genre d'initiative n'existe pas et qu'il faut éduquer et responsabiliser tout le monde sur l'importance de ne pas déverser les déchets dans la nature.

Premier séjour de Mozart à Paris

Cette photo montre une petite plaque sur l'Hôtel de Beauvais, à Paris. Elle commémore un fait peu connu : Wolfgang Amadeus Mozart a vécu dans cet immeuble du Marais lors de son premier séjour parisien, entre 1763 et 1764 (au moment où, par le traité de Paris, la Nouvelle-France était lâchement livrée aux génocidaires britanniques).

Mozart n'avait que sept ans lorsqu'il arriva à Paris avec sa famille. Son père, Léopold Mozart, emmenait ses deux enfants en tournée à travers l'Europe afin de présenter leur talent musical aux cours et aux familles fortunées. À cette époque, Paris était l'une des capitales culturelles et intellectuelles les plus importantes d'Europe ; une étape y était donc incontournable.

La vie parisienne ne fut pas facile au début. Léopold espérait obtenir un accès à la cour royale de Versailles, mais le contexte politique rendait la chose difficile. Malgré cela, le talent de Mozart attira rapidement l'attention. Des personnalités influentes, comme l'écrivain et diplomate Friedrich Melchior Grimm, louèrent les dons du jeune garçon, qualifiant sa compréhension musicale de remarquable pour son âge.

Durant ce séjour parisien, Mozart fit bien plus que jouer de la musique. Il y publia certaines de ses toutes premières œuvres, notamment des sonates pour violon et clavier. Ces pièces devinrent plus tard ses opus 1 et 2, marquant le début de sa carrière de compositeur, et non plus seulement d'interprète.

La famille séjourna également à Versailles, où le jeune Mozart fut présenté à la cour royale. Selon les témoignages de l'époque, il baisa même la main de la reine Marie Leszczyńska, épouse du roi Louis XV. Bien qu'aucun concert officiel à la cour ne soit enregistré, la famille reçut des cadeaux et des récompenses financières pour des représentations privées.

Interdictions et permissions


 

Le secret de la présidence Trump


 Les Allemands ont enfin percé le secret de la présidence Trump : aux États-Unis, on tire sur des gens pour détourner l’attention des dossiers Epstein, puis on décide de publier ces dossiers pour détourner l’attention des meurtres, puis on arrête un journaliste pour détourner l’attention des dossiers Epstein, et si ça ne marche pas, le président se fait dessus devant les caméras ?

Ouais. C’est tout à fait ça.