lundi 12 octobre 2026

Le vol des secrets du KGB

Le vol des secrets du KGB
Chaque soir, entre 1972 et 1984, un archiviste discret à lunettes nommé Vassili Mitrokhine quittait le quartier général du renseignement extérieur du KGB à Moscou, des bouts de papier froissés dissimulés dans les semelles de ses chaussures. Passant devant les gardes armés, les détecteurs de métaux et les points de contrôle de sécurité interne, ce fonctionnaire cinquantenaire présentait son badge avant de s'avancer dans le froid moscovite. Il ne portait ni mallette classifiée sous le bras ni objet suspect dans ses poches. Pourtant, glissés dans ses chaussettes et ses sous-vêtements, se trouvaient de minuscules notes manuscrites détaillant les opérations mondiales les plus secrètes de l'Union soviétique : ordres d'assassinat, réseaux clandestins, pots-de-vin versés à des responsables politiques étrangers et caches d'armes enfouies sur le territoire de l'OTAN. Pendant plus d'une décennie, alors que l'État policier le plus paranoïaque au monde traquait les taupes occidentales, un employé sans histoire dérobait méthodiquement, de l'intérieur, l'intégralité des archives du KGB.
Mitrokhine avait débuté sa carrière comme agent clandestin au Moyen-Orient avant qu'un conflit idéologique ne le relègue au service des archives de la Première Direction générale. Désillusionné par la dénonciation de la terreur stalinienne par Nikita Khrouchtchev en 1956 et radicalisé à jamais par la brutale invasion de la Tchécoslovaquie en 1968, Mitrokhine considérait l'appareil soviétique comme une conspiration criminelle contre l'humanité. En 1972, le destin lui offrit les clés du royaume : le KGB entreprit de transférer ses vastes archives de renseignement extérieur depuis les sous-sols de la Loubianka vers un nouveau complexe tentaculaire à Iassenievo. Mitrokhine fut chargé de la tâche monumentale consistant à cataloguer, vérifier et sceller quelque trois cent mille dossiers secrets.
Travaillant en totale solitude dans des salles fortes dépourvues de fenêtres, entouré de décennies d'archives d'espionnage opérationnel, Mitrokhine entama sa contre-révolution silencieuse. Comme les photocopieuses étaient étroitement surveillées et soumises à des contrôles rigoureux, il copiait les dossiers à la main sur des bouts de papier, transcrivant noms, noms de code opérationnels, lieux de dépôts secrets et systèmes de chiffrement d'une écriture microscopique. À la fin de chaque journée de travail, il dissimulait les notes dérobées sur lui et franchissait les points de contrôle de sécurité sans éveiller le moindre soupçon. De retour dans sa modeste datcha familiale près de Moscou, Mitrokhine passait ses nuits à recopier ses notes manuscrites à la machine à écrire. Il conditionnait les copies carbone et les feuillets dactylographiés dans des bidons à lait en acier, des malles en fer-blanc et des conteneurs en aluminium, le tout scellé avec du papier goudronné. Tard dans la nuit, il creusait de profondes fosses sous le plancher de sa datcha et sous les parterres de fleurs de son jardin pour y enfouir les conteneurs métalliques, tassant soigneusement la terre afin que même sa femme ne soupçonne rien de ce qui gisait en dessous. À l'heure de sa retraite en 1984, Mitrokhine avait rassemblé plus de vingt-cinq mille pages sur l'histoire du KGB, réalisant ainsi la plus importante fuite d'informations non autorisée de l'histoire soviétique.
Lorsque l'Union soviétique s'effondra fin 1991, Mitrokhine comprit que son heure était venue. Au début de l'année 1992, emportant avec lui un échantillon de notes manuscrites dissimulées dans ses bagages, il prit le train pour les États baltes, alors nouvellement indépendants. En Estonie, il se présenta à l'ambassade des États-Unis à Tallinn pour proposer d'échanger ses archives secrètes contre l'asile politique ; l'officier de la CIA de service le prit pour un illuminé colportant des faux et le renvoya. Nullement découragé, Mitrokhine se rendit à Riga, en Lettonie, et poussa la porte de l'ambassade britannique. Là, un officier du MI6 jeta un coup d'œil aux codes opérationnels authentiques, servit une tasse de thé à Mitrokhine et réalisa qu'il se trouvait face à la découverte de renseignements du siècle.
En quelques mois, les services de renseignement britanniques exfiltrèrent Mitrokhine et sa famille vers le Royaume-Uni. Peu après, au nez et à la barbe des forces de sécurité russes, des agents du MI6 pénétrèrent discrètement dans sa datcha de Moscou, soulevèrent le plancher et déterrèrent six lourds bidons à lait et malles remplis de milliers de documents classifiés.
Les « Archives Mitrokhine » eurent l'effet d'une bombe au sein des agences de renseignement occidentales. Cela a permis de démasquer plus d'un millier d'agents soviétiques et d'agents « illégaux » profondément infiltrés à travers le monde — dont Melita Norwood, une fonctionnaire britannique de quatre-vingt-sept ans qui avait transmis des secrets atomiques à Moscou pendant quarante ans —, ainsi que des dépôts d'armes soviétiques secrets et des plans de sabotage établis en Europe occidentale et aux États-Unis. Durant douze années, Vassili Mitrokhine a risqué le peloton d'exécution chaque soir, armé seulement d'un stylo-plume, de bouts de papier pliés et d'une transplantoir de jardin, laissant le service de renseignement le plus impitoyable de Russie aveugle face à l'homme qui sortait par la grande porte en emportant son âme.
 

Révolution médiévale en chirurgie

Un singe rongeant les cordes d'un luth a révolutionné la chirurgie.

Au Xᵉ siècle, le médecin Al-Zahrawi observa son singe domestique ronger les cordes en boyau de son oud. Loin d'être agacé, il remarqua un phénomène remarquable : les cordes se dissolvaient sans blesser l'animal. Cette observation le conduisit à être le premier à utiliser le catgut pour les sutures chirurgicales internes, un matériau encore utilisé aujourd'hui, sous une forme modifiée, dans les blocs opératoires.
Al-Zahrawi naquit près de Cordoue, en Espagne islamique, vers 936. Il vécut et travailla durant un âge d'or où Cordoue était l'une des villes les plus avancées au monde, un lieu d'échanges de connaissances entre érudits musulmans, chrétiens et juifs.
Il réalisa une encyclopédie médicale en 30 volumes, le Kitab al-Tasrif, dont le dernier volume, consacré à la chirurgie, allait transformer la médecine pendant les 500 années suivantes.
Ce volume chirurgical fut le premier manuel de chirurgie illustré jamais écrit. Il contenait des dessins détaillés et des instructions pour plus de 200 instruments — scalpels, écarteurs, forceps, spéculums, curettes et outils spécialisés pour le broyage des calculs vésicaux — dont la plupart avaient été conçus par Al-Zahrawi lui-même.
Nombre de ces instruments étaient inédits. Inventions originales, ils ont servi de prototypes directs aux instruments encore utilisés par les chirurgiens aujourd'hui.
Traduit en latin au XIIe siècle, le texte fut adopté par les universités européennes comme manuel de chirurgie de référence. Les étudiants en médecine de Paris, Bologne et Padoue furent formés grâce à l'œuvre d'un médecin musulman de Cordoue. Il demeura l'ouvrage de référence en chirurgie en Europe pendant près de 500 ans, jusqu'à la Renaissance.
Al-Zahrawi inventa également des forceps obstétricaux et des instruments pour extraire un fœtus mort-né lors d'un accouchement difficile — des instruments conçus pour répondre à la dure réalité : l'accouchement entraînait fréquemment la mort de la mère et de l'enfant. Il adapta les techniques chirurgicales spécifiquement aux enfants, reconnaissant qu'ils n'étaient pas de simples adultes miniatures.
Il fut le premier médecin à identifier le caractère héréditaire de l'hémophilie. Il fut également le premier à décrire une grossesse extra-utérine abdominale. Il mit au point des techniques neurochirurgicales et des méthodes pour contrôler les hémorragies crâniennes à l'aide de cautérisation, de cire et d'alcool.
En Europe, son nom arabe fut largement effacé et remplacé par sa version latinisée, Albucasis. Pendant des siècles, les origines islamiques de ses travaux furent à peine reconnues dans l'histoire de la médecine officielle.
Le scalpel qu'un chirurgien utilise aujourd'hui, les forceps employés en salle d'accouchement, les sutures résorbables refermant une incision : tous ces instruments trouvent leur origine non pas dans l'Europe du XIXe siècle, mais chez un médecin espagnol du Xe siècle qui observa attentivement un singe mangeant une corde de luth.
 

Le « sans-gène » éternel des chats

Sur une statue égyptienne vieille de 4 000 ans, un chat est assis directement sur la poitrine d'un humain. Un autre se perche sur le torse comme s'il était chez lui. Il ne s'agit pas de mèmes modernes, mais bien de représentations authentiques, sculptées dans la pierre il y a environ quatre millénaires.
Les anciens Égyptiens ne se contentaient pas de tolérer les chats ; ils les vénéraient. La déesse Bastet était représentée sous les traits d'un chat ou d'une femme à tête de félin. Les peintures murales des tombes les montrent blottis sur les genoux, compagnons du quotidien et symboles de statut social. Les familles enterraient leurs animaux bien-aimés avec soin et solennité.
Pourtant, ces statues racontent une autre histoire. Voir un chat assis littéralement sur le corps d'une personne évoque moins une iconographie religieuse formelle qu'une version antique de ce que connaît tout propriétaire de félin : cette créature à fourrure qui décrète que votre torse est son mobilier personnel, sans se soucier le moins du monde de votre confort ou de votre consentement.
Quatre mille ans. D'innombrables dynasties. Une attitude féline immuable. Certaines vérités sont véritablement intemporelles.

dimanche 11 octobre 2026

Température du jour à Arvida (11 octobre 2026)





Une petite reine décente

Elle passa trois années derrière les murs d'un château avant de devenir reine. Lorsque Jean, duc de Finlande, épousa Catherine contre la volonté de son frère, le roi Éric XIV, ce dernier les fit arrêter et emprisonner au château de Turku, de 1563 à 1567. Catherine refusa d'abandonner son époux, même lorsqu'elle aurait pu retrouver la liberté sans lui. Durant sa captivité, elle apprit le finnois en autodidacte et, dit-on, passait ses journées à lire, à écrire des lettres et à faire preuve d'une dignité sereine qui impressionna jusqu'à ses geôliers. Lorsque Éric XIV fut renversé par son frère en 1568 et que Jean devint roi de Suède, Catherine quitta sa prison pour accéder au pouvoir royal.
Née à Cracovie le 1er novembre 1526, elle était la benjamine de Sigismond Ier de Pologne et de Bona Sforza. Elle grandit au sein de l'une des cours royales les plus raffinées d'Europe du Nord, recevant une éducation imprégnée de l'esprit de la Renaissance et marquée par l'héritage italien de sa mère. Elle apporta cette influence en Suède, contribuant à transformer la cour et s'imposant comme la seule véritable reine de la Renaissance dans le pays. Elle traita directement avec Rome des questions liées à la Contre-Réforme, demeura fidèle à sa foi catholique dans un royaume luthérien, soutint les dernières religieuses de l'abbaye historique de Vadstena et fit bâtir la première version du palais de Drottningholm sur une île du lac Mälar. Le nom du lieu signifiait « l'îlot de la reine ». Après sa mort, son fils, Sigismond III Vasa, hérita des trônes de Suède et de Pologne.
Elle s'éteignit un jour comme celui-ci, en 1583 à Stockholm, emportée par la goutte après quinze années de règne. Elle fut inhumée dans la cathédrale d'Uppsala, loin de sa terre natale, aux côtés de l'époux qu'elle avait refusé d'abandonner durant leur captivité commune.
Décès, en ce jour de 1583, de Catherine Jagellon, reine de Suède. Elle apprit le finnois derrière les murs d'un château, endura des années de captivité aux côtés de son mari et finit par devenir reine avant de faire construire un palais au bord d'un lac. Cette reine suédoise remarquable, figure de la Renaissance, mérite bien plus que la place que l'histoire lui a accordée.


 

samedi 10 octobre 2026

Température du jour à Arvida (10 octobre 2026)


 

Les blessures les plus durables sont parfois celles que personne ne voit

On pense souvent que ce sont les violences visibles qui laissent les blessures les plus profondes. Pourtant, certaines des blessures les plus durables sont parfois celles que personne ne voit.
Le manque d’affection, l’absence d’écoute, le sentiment de ne pas être suffisamment aimé, regardé ou compris peuvent profondément influencer la manière dont une personne se construit et entre en relation avec les autres.
Un enfant a besoin de sécurité affective pour apprendre à faire confiance, à réguler ses émotions et à se sentir en sécurité dans le monde. Lorsque cette sécurité manque, le cerveau peut apprendre à fonctionner dans l’attente du rejet, de l’abandon ou du danger.
Et ces mécanismes peuvent parfois nous accompagner longtemps après que l’enfance est terminée.
C’est aussi pour cela que certaines réactions, certaines peurs ou certains comportements qui semblent incompréhensibles à l’âge adulte peuvent avoir une histoire.
Comprendre ses blessures ne signifie pas rester prisonnier de son passé. Au contraire, mettre des mots sur ce que l’on a vécu peut être une première étape vers la réparation et la résilience. 🤍
Comme le rappelle Boris Cyrulnik, nos relations et notre environnement affectif participent profondément à la construction de notre cerveau et de notre manière d’être au monde.
 

L’histoire de la ville d’Arvida


 Peu de Québécois le savent : c’est à Arvida, que s’est joué un pan décisif de la Seconde Guerre mondiale.
Fondée en 1926 comme ville planifiée pour accueillir les ouvriers de l’imposante aluminerie, Arvida est devenue la capitale mondiale de l’aluminium. Pendant la guerre, jusqu’à 90 % de l’aluminium du Commonwealth provenait de cet endroit! En 1942, l’usine d’Arvida était devenue la plus grande du monde, grâce à sa proximité avec les grands barrages hydroélectriques qui permettaient de produire beaucoup d'énergie à faible coût.
La ville était tellement stratégique qu’elle devint une véritable forteresse, protégée par 3 000 soldats, des canons antiaériens et la base de Bagotville.
Fusionnée à Jonquière en 1975, puis intégrée à Saguenay en 2002, Arvida a conservé son identité unique et son architecture remarquable. En 2018, le gouvernement du Québec a reconnu le secteur comme site patrimonial, le 13ᵉ du Québec et le premier du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Bref, sans Arvida et les travailleurs québécois, la victoire alliée aurait été bien plus incertaine. C'est un rappel qu'on a d'extraordinaires ressources naturelles et humaines chez nous, et qu'on peut accomplir de grande chose quand on les met en valeur.


Une créature immortelle


 Elle tient dans une goutte d’eau. Et pourtant, elle a résolu une équation que l’humanité entière cherche encore.
Quelque part dans les profondeurs de la Méditerranée, entre la Sardaigne et la Corse, dérive une créature presque invisible. Turritopsis dohrnii. Quatre millimètres. Pas de cerveau. Pas de cœur. Mais une capacité que la science a mis des décennies à comprendre.
Quand elle est blessée, affamée ou simplement vieillissante, cette méduse fait quelque chose d’inédit dans le règne animal : elle revient en arrière. Ses cellules adultes se reprogramment, redeviennent des cellules souches, et l’organisme entier régresse au stade de polype — son état juvénile. Puis elle recommence à grandir. Encore et encore.
Ce processus, appelé transdifférenciation, a été documenté pour la première fois en 1996 par des chercheurs italiens de l’université de Lecce. Depuis, des laboratoires au Japon et en Espagne tentent de comprendre quels gènes orchestrent ce retour à zéro.
Elle ne triche pas. Elle ne résiste pas à la mort. Elle la contourne, avec une élégance que même les plus grands biologistes peinent à expliquer.
Quatre millimètres d’énigme, flottant dans une mer où les hommes ont construit des empires. Il y a quelque chose d’humiliant là-dedans. Et de magnifique.


Les femmes dirigeaient, elles ne se taisaient pas

Dans une salle de cours de théologie des années 1960, une jeune universitaire leva la main pour contester une vérité que ses professeurs masculins tenaient pour acquise : celle selon laquelle les Écritures ordonnaient aux femmes de garder le silence à l'église.
Rosemary Radford Ruether refusait d'accepter l'autorité sans en vérifier les sources.
En examinant minutieusement les manuscrits grecs originaux, les lettres anciennes et les données archéologiques, elle mit au jour une réalité qui ne se contentait pas de remettre en question la tradition : elle révélait une entreprise d'effacement historique vieille de plusieurs siècles.
Les femmes n'étaient pas restées silencieuses dans l'Église primitive ; elles en avaient assuré la direction.
Phœbé était désignée comme diaconesse en utilisant exactement le même terme grec que celui appliqué aux hommes. Junia était explicitement qualifiée d'apôtre. Priscille enseignait la doctrine sur un pied d'égalité, et Marie-Madeleine fut choisie comme premier témoin pour annoncer la résurrection, ce qui lui valut, dès les premiers temps, le titre d'« apôtre des apôtres ».
Ces femmes n'étaient pas de rares exceptions. Elles étaient des figures dirigeantes fondamentales.
Rosemary a retracé comment, des siècles après Jésus, des institutions religieuses en quête de hiérarchie ont commencé à réécrire systématiquement le récit. Des noms furent modifiés — comme le remplacement du prénom féminin « Junia » par le prénom masculin inventé « Junias » dans les bibles médiévales — et les positions d'autorité occupées par des femmes furent délibérément minimisées ou réinterprétées.
Lorsque Rosemary confrontait les textes originaux à la question de savoir quand Dieu aurait changé d'avis sur le rôle des femmes dans la direction de l'Église, la conclusion s'imposait d'elle-même : Dieu n'avait pas changé d'avis. C'était l'institution qui avait fabriqué une approbation divine pour consolider un pouvoir humain.
Pendant six décennies, Rosemary a dû affronter une vive opposition institutionnelle, des condamnations publiques et des obstacles professionnels.
Elle a néanmoins poursuivi son travail d'écriture et d'enseignement, publiant plus de quarante ouvrages, dénonçant la « théologie de la domination » et bâtissant, à elle seule, les fondements académiques des théologies féministes et de la libération modernes, jusqu'à sa disparition en 2022.
Aujourd'hui, chaque femme qui monte en chaire suit une voie que Rosemary a contribué à tracer, en remettant en lumière des noms oubliés tels que ceux de Phœbé, Junia et Priscille.
 

vendredi 9 octobre 2026

Température du jour à Arvida (9 octobre 2026)


 

Une épouvantable belle-famille française

Son beau-père convoitait sa fortune.

Lorsqu'elle refusa de céder ce qui lui appartenait, il tenta de lui ôter la vie.
Née au sein d'une famille extrêmement fortunée de La Nouvelle-Orléans, Micaela Almonester épousa un membre de l'aristocratie française alors qu'elle n'avait que seize ans. Ce qui semblait être un mariage de rêve se transforma rapidement en un combat douloureux, qui dura des décennies, pour préserver l'héritage qu'elle avait reçu.
La famille de son mari voulait mettre la main sur sa fortune. Micaela refusa de céder.
Puis, en 1834, ce conflit bascula dans un cauchemar qu'elle n'oublierait jamais.
Son beau-père, Xavier de Pontalba, alors âgé de 80 ans, la coinça dans une chambre à l'étage du château familial, en France.
Il braqua son arme sur elle et fit feu à bout portant.
Il tira une seconde fois.
Elle fut touchée par quatre balles.
L'une d'elles blessa grièvement son sein gauche. Alors que Micaela tentait désespérément de saisir l'arme, un autre coup de feu lui brisa la main, lui faisant perdre deux doigts.
Et pourtant, contre toute attente, elle survécut.
Xavier se retrouva à court de munitions. Incapable d'achever le meurtre qu'il avait entrepris, il se retira et mit fin à ses jours.
Micaela survécut.
Mais survivre à l'agression n'était que le début. Pendant des années, elle lutta devant les tribunaux français pour reprendre le contrôle de ses biens. Elle finit par l'emporter.
Elle fit alors quelque chose de remarquable de cette fortune que d'autres avaient failli la tuer pour se l'approprier.
Elle retourna à La Nouvelle-Orléans et contribua à transformer le cœur même de la ville.
À partir de 1849, Micaela supervisa la construction de deux magnifiques rangées d'élégantes maisons de ville en brique, faisant face à ce qui allait devenir Jackson Square. On raconte qu'elle était si soucieuse de la perfection des détails qu'elle n'hésitait pas à monter sur des échelles, vêtue d'une tenue de travail masculine, pour inspecter elle-même le travail des ouvriers.
Plus de 170 ans plus tard, ces bâtiments sont toujours debout.
Ils sont connus sous le nom de « Pontalba Buildings ». La femme dont la propre famille a tenté de tout lui ravir a survécu, a riposté et a inscrit son nom à jamais dans le fer et la brique de l'une des places les plus célèbres d'Amérique.
 

Elle s'appelle Navanethem « Navi » Pillay et vient de recevoir le Nobel de la Paix

En 1967, une jeune femme d'origine indienne a ouvert un cabinet d'avocats dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, un pays où la discrimination raciale imprégnait presque tous les aspects de la vie quotidienne.
Près de 60 ans plus tard, elle a reçu le prix Nobel de la paix.
Elle s'appelle Navanethem « Navi » Pillay.
Née à Durban en 1941, Navi Pillay a grandi sous un régime qui dictait les lieux de résidence, d'études et de travail en fonction de la race. En tant que femme d'origine indienne tamoule, elle a dû affronter la discrimination sur deux fronts.
Pourtant, elle est devenue avocate.
En 1967, elle est devenue la première femme à ouvrir un cabinet d'avocats dans la province sud-africaine du Natal. Elle a défendu des prisonniers politiques et des militants anti-apartheid, dont Nelson Mandela, défiant ainsi un gouvernement qui avait inscrit l'inégalité raciale dans ses lois.
Sa carrière a ensuite pris un tournant extraordinaire.
En 1995, après la fin de l'apartheid, Navi Pillay est devenue la première femme de couleur nommée à la Haute Cour d'Afrique du Sud.
Peu après, elle a été confrontée à des crimes commis bien au-delà des frontières de son pays.
En tant que juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, elle a contribué à établir un précédent juridique majeur : le viol et les violences sexuelles pouvaient constituer des actes de génocide.
Il s'agissait d'une reconnaissance historique des atrocités commises à l'encontre des femmes, dont les souffrances avaient été trop souvent ignorées par le droit international.
Navi Pillay a par la suite exercé les fonctions de juge à la Cour pénale internationale et de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.
Son travail a également suscité de vives controverses. Elle a présidé une commission de l'ONU concluant qu'Israël avait commis un génocide à Gaza, une affirmation qu'Israël a rejetée avec véhémence.
À travers des décennies de bouleversements politiques, sa carrière est restée guidée par la conviction que même les gouvernements et les individus les plus puissants doivent rendre des comptes au regard du droit international.
Le 9 octobre 2026, le Comité Nobel norvégien a décerné le prix Nobel de la paix à Navi Pillay, alors âgée de 85 ans, pour son action en faveur de la paix et du droit international.
Celle qui avait débuté sa carrière en combattant l'apartheid dans un tribunal sud-africain était devenue l'une des plus éminentes défenseures de la justice internationale au monde. L'une de ses réalisations les plus marquantes a été de contribuer à établir que les violences sexuelles à l'encontre des femmes pouvaient être poursuivies en tant que génocide.
 

Le fjord du Saguenay

Ce serait une photo de notre fjord, le fjord du Saguenay !
On pourrait dire qu’elle est réussie !
 

jeudi 8 octobre 2026

Température du jour à Arvida (8 octobre 2026)


 

Nos frères les animaux


 

À PROPOS D'ANNE CARSON de Douglas Kennedy


À PROPOS D'ANNE CARSON

de Douglas Kennedy


C'est une nouvelle absolument formidable que la poétesse canadienne Anne Carson se voie décerner le prix Nobel de littérature 2026. Elle compte parmi mes poètes modernes préférés de ces dernières décennies (aux côtés de la regrettée Louise Glück, compatriote américaine lauréate du prix en 2020). Son inventivité linguistique ; sa capacité à faire jaillir de nouvelles perspectives dans l'espace qui sépare — comme le notait Eliot — le mouvement de l'acte ; sa lucidité empreinte d'empathie face à tous ces besoins, désirs et rêves qui nous piègent (mais en lesquels nous devons pourtant continuer de croire)... elle possède une voix d'une originalité absolue... une voix qui en dit long sur la solitude essentielle qui nous hante tous.

Bravo, Madame Carson ! Ce prix Nobel est amplement mérité !

Voici une citation tirée de la traduction d'Euripide (depuis le grec ancien) réalisée par Anne Carson... ainsi qu'une courte miniature poétique, bouleversante (et qui n'a rien de « petit » si l'on songe à la portée de ses implications).

« Pourquoi la tragédie existe-t-elle ? Parce que tu es empli de rage. Pourquoi es-tu empli de rage ? Parce que tu es empli de chagrin. »
― Anne Carson (traductrice)
*Grief Lessons: Four Plays by Euripides*

« Tu te souviens trop,
m'a dit récemment ma mère.
Pourquoi s'accrocher à tout cela ? Et j'ai répondu :
Où pourrais-je le déposer ? »
― Anne Carson
*Glass, Irony and God*

 

Serge et Bacchus

Peu de chrétiens allumeront des bougies aujourd'hui (7 octobre) pour célébrer la fête de saint Serge et saint Bacchus... les saints patrons du mariage gay. C'étaient des soldats romains convertis au christianisme ; ils furent torturés et mis à mort pour avoir refusé de se prosterner devant une statue de Jupiter. Après que Serge eut été battu à mort, il apparut en vision à Bacchus, à la veille de l'exécution de ce dernier, pour lui dire : « Bien que mon corps ait été arraché au tien, je demeure avec toi par le lien de notre union »... Ils étaient unis par le rite de l'« adelphopoïèse », que l'Église traduit par euphémisme comme une « amitié affectueuse ». En réalité, bien entendu, la traduction exacte devrait être « mariage gay » (ou mariage « mono-sexuel» s’il s’agit du mariage de 2 femmes) ... un lien d'union pour lequel l'Église possède des saints patrons... tout en qualifiant cette union d'abomination.