La vie de W. Somerset Maugham se lit comme un roman : débutant dans le privilège, basculant dans la tragédie, pour finalement s'élever vers l'immortalité littéraire.
Il naquit à Paris le 25 janvier 1874, au sein d'une famille cultivée et francophone. Son père travaillait à l'ambassade britannique et sa mère était une figure reconnue de la société parisienne. Mais à l'âge de dix ans, Maugham perdit ses deux parents, emportés par la maladie. Orphelin, il fut envoyé vivre chez un oncle anglican austère à Whitstable, dans le Kent. Le passage brutal du Paris cosmopolite au presbytère anglais rigide fut un choc, mais lui offrit le regard d'outsider qui allait façonner son œuvre.
À seize ans, il s'échappa brièvement pour l'université d'Heidelberg, en Allemagne, où il se plongea dans la philosophie et la littérature. De retour en Angleterre, poussé vers une carrière respectable, il choisit la médecine. Étudiant à l'hôpital St. Thomas de Londres, il fut confronté à la dure réalité de la pauvreté en accouchant des femmes dans les taudis de Lambeth. Contrairement à ses pairs, il consigna ces expériences non pas pour ses études médicales, mais comme matière à fiction.
En 1897, diplômé médecin, Maugham publia son premier roman, *Liza de Lambeth*. Son portrait sans concession de la vie ouvrière choqua la critique, mais captiva les lecteurs. Le succès du livre le convainquit d'abandonner définitivement la médecine. Il n'exerça plus jamais, si ce n'est brièvement comme volontaire pendant la Première Guerre mondiale.
Maugham conquit d'abord le théâtre. En 1908, il réalisa l'exploit inédit de présenter simultanément quatre de ses pièces dans le West End londonien. Pendant des décennies, il fut le dramaturge britannique le plus célèbre. Pourtant, dès 1933, il se détourna du théâtre pour se consacrer aux romans et aux nouvelles, genre qui correspondait le mieux à son talent.
Ses romans devinrent des classiques. *Servitude humaine* (1915), œuvre semi-autobiographique, explore l'obsession et la découverte de soi. *La Lune et six pence* (1919) met en scène le prix du génie artistique, inspiré par Paul Gauguin. *Le Fil du rasoir* (1944) retrace une quête spirituelle au lendemain de la guerre.
Ses nouvelles, puisées dans ses nombreux voyages à travers l'Asie, le Pacifique Sud et l'Europe, ont marqué durablement les esprits. Des recueils comme *Le Casuarina* révèlent la faiblesse humaine, l'ambiguïté morale et l'étrangeté de la vie coloniale. Son style est sobre, précis et d'une simplicité trompeuse : clinique dans son observation, mais profondément empathique.
La vie personnelle de Maugham est empreinte de secret. Il était homosexuel à une époque où l'homosexualité était dangereuse, et bien qu'il se soit marié une fois, son véritable compagnon était Gerald Haxton. Son statut d'outsider – orphelin, bègue, homosexuel – a aiguisé sa compréhension des masques humains et des vérités cachées.
Dans les années 1930 et 1940, il figurait parmi les auteurs les plus vendus au monde. Hollywood adapta ses œuvres et il mena une vie fastueuse à la Villa Mauresque sur la Côte d'Azur, recevant des personnalités telles que Winston Churchill et Ian Fleming. Il écrivit jusqu'à ce que la maladie l'oblige à cesser.
Maugham mourut le 16 décembre 1965, à l'âge de 91 ans. Son héritage perdure à travers ses romans, ses pièces de théâtre et ses nouvelles, toujours disponibles et qui continuent de toucher les lecteurs. Il lança un jour avec humour : « Il y a trois règles pour écrire un roman. Malheureusement, personne ne les connaît. » Et il observa : « La grande tragédie de la vie n'est pas que les hommes périssent, mais qu'ils cessent d'aimer. »
De garçon orphelin à géant de la littérature, le parcours de Maugham montre que parfois, le chemin le plus extraordinaire est celui choisi contre toute logique, lorsque la passion triomphe de la sécurité.