samedi 30 mai 2026

Devenir adulte

Je m’appelle Marianne. J’ai 56 ans. Ça fait plus de trente ans que je suis infirmière à l’urgence.
Pis vendredi passé, une simple bouteille d’eau oubliée sur une chaise m’a fait réaliser à quel point certains parents élèvent leurs enfants pour être servis… mais pas pour devenir autonomes.
Il était presque 19 h.
La salle d’attente débordait.
Une madame âgée avec une possible fracture. Un père stressé avec un bébé fiévreux. Un gars qui se tenait le bras tellement il avait mal.
Pis au milieu de tout ça : Lucas.
17 ans.
Assis ben droit sur sa chaise, les yeux collés sur son téléphone.
Rien de grave médicalement. Une petite entorse à la cheville après un entraînement de basket.
Je m’approche avec son dossier.
— Tu peux marcher un peu ?
Il hausse les épaules.
— Je sais pas.
— T’es venu comment ?
— Ma mère m’a amené.
Je hoche la tête.
— O.K. On va faire une radio juste pour vérifier.
À peine j’ai fini ma phrase qu’une femme arrive derrière moi d’un pas pressé.
Sa mère.
Sac de luxe au bras. Téléphone dans les mains. Clairement impatiente d’attendre.
— Excusez-moi, ça fait déjà quarante minutes qu’on est ici.
Je garde mon calme.
— Madame, y’a des cas plus urgents ce soir.
Elle soupire fort.
— Oui mais là, mon fils a vraiment mal.
Lucas lève même pas les yeux de son écran.
C’est là que je remarque quelque chose.
Une bouteille d’eau est posée à côté de lui. Fermée.
— Lucas, faudrait que tu boives un peu avant la radio.
Il tourne légèrement la tête vers sa mère.
— M’man… ouvre-la.
J’pense d’abord avoir mal entendu.
Sa mère prend tout de suite la bouteille, la dévisse pis lui tend.
Comme si c’était un enfant de cinq ans.
Il boit sans même dire merci.
Pis là, quelque chose me frappe.
Pas la bouteille.
La rapidité avec laquelle elle l’a fait.
Automatiquement.
Comme si empêcher son fils de faire le moindre effort était devenu une preuve d’amour.
Plus tard, pendant qu’il passe sa radio, sa mère vient me voir au poste infirmier.
— Vous savez, il est très sensible.
Je souris poliment.
— Beaucoup d’ados le sont.
Elle baisse un peu la voix.
— On essaie surtout de lui éviter le stress.
Cette phrase-là me reste dans la tête quelques secondes.
Lui éviter le stress.
Comme si chaque frustration devait disparaître.
Comme si chaque inconfort était dangereux.
Je regarde autour de moi.
L’urgence. Les douleurs. Les accidents. Les diagnostics qui tombent sans avertir.
La vraie vie fonctionne complètement à l’inverse de ça.
Quand Lucas revient, je lui explique calmement :
— C’est juste une petite entorse. Repos quelques jours. Pas de sport pendant un bout.
Il soupire immédiatement.
— Génial…
Sa mère embarque tout de suite :
— Vous pourriez pas lui faire un papier pour être exempté plus longtemps ? Il a besoin de récupérer émotionnellement aussi.
Émotionnellement.
Pour une petite entorse.
Je sens une grosse fatigue me traverser.
Pas de la colère.
De la lassitude.
Parce que j’en vois de plus en plus souvent.
Des jeunes incapables d’attendre. D’accepter la frustration. L’échec. Les inconforts normaux de la vie.
Pas parce qu’ils sont faibles.
Parce qu’on leur a appris que quelqu’un allait toujours amortir les coups à leur place avant même qu’ils touchent le sol.
Alors je regarde Lucas.
— Tu sais c’est quoi qui aide vraiment à guérir ?
Il lève enfin les yeux vers moi.
— Quoi ?
— Apprendre ce qu’on est capable de faire tout seul.
Silence.
Sa mère sourit nerveusement.
— Ben là… il est encore jeune.
Je réponds doucement :
— Plus tant que ça, madame. Dans quelques mois, il va être adulte.
Elle dit rien.
Lucas non plus.
Ils repartent avec les papiers.
Je pensais que l’histoire finissait là.
Mais trois semaines plus tard, je recroise Lucas.
Tout seul.
Il marche normalement.
Je le reconnais tout de suite.
— Pis, la cheville ?
Il sourit un peu.
— Ça va mieux.
Pis il hésite avant d’ajouter :
— L’autre fois… vous aviez raison.
Je le regarde sans trop comprendre.
Il met ses mains dans ses poches.
— Dans le fond… j’ai jamais rien fait tout seul. Même des affaires niaiseuses. Ma mère faisait tout avant même que j’essaie.
Il baisse les yeux, un peu gêné.
— Depuis… j’essaie de changer ça un peu.
Je souris.
— Pis ?
Il réfléchit quelques secondes.
— C’est weird à dire… mais j’me sens plus grand.
Cette phrase-là m’a suivi toute la journée.
Parce qu’au fond, devenir adulte, c’est pas arrêter de tomber.
C’est arrêter d’attendre après quelqu’un pour nous porter chaque fois que la vie devient inconfortable.
Pis honnêtement ?
Je pense que beaucoup de parents oublient aujourd’hui qu’aimer un enfant, c’est pas lui enlever tous les obstacles.
C’est lui apprendre qu’il est capable de les traverser tout seul.

Et si le nazisme n’était pas une monstruosité inhumaine


“Et si le nazisme n’était pas une monstruosité inhumaine ? S’il était humain ? S’il était un aveu, une vérité cachée, refoulée, camouflée, niée, tapie au fond de nous-mêmes, mais qui finit toujours par resurgir ?
Les Allemands, bien sûr, oui, les Allemands… C’est leur tour, dans l’histoire, et voilà tout.
On verra bien, après la guerre, une fois l’Allemagne vaincue et le nazisme enfui ou enfoui, si d’autres peuples, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, ne viendront pas prendre la relève.”

 Romain Gary, Les Cerfs-volants

 

vendredi 29 mai 2026

Température du jour à Arvida (29 mai 2026)


 

Jocondes

À gauche la version de la Joconde peinte par des disciples de Léonard de Vinci.
À droite, l’originale peinte par  Vinci.
La Joconde de gauche (surnommée « La Gioconda ») est à Madrid, au musée du Prado, celle de droite  au musée du Louvre, à Paris.
Pour avoir une idée plus précise de la Joconde telle que l’a peinte Vinci, il vaut mieux visiter la peinture du Prado.

La trahison des intellectuels


 

jeudi 28 mai 2026

Température du jour à Arvida (28 mai 2026)


 

DIEU SELON BARUCH SPINOZA

Les êtres humains ont tendance à créer Dieu à leur image. Dans les trois grandes religions monothéistes  le judaïsme, le christianisme et l'islam  Dieu se voit attribuer des caractéristiques typiquement humaines : une volonté, des émotions, des jugements, des préférences. L'Ancien Testament illustre particulièrement bien cette tendance : on y rencontre un Dieu qui se met en colère, qui punit, qui se repent parfois de ses propres décisions, qui est jaloux et exige une obéissance absolue. Ce Dieu se comporte davantage comme un souverain despotique que comme un être parfait et infini.
Spinoza voit dans cette conception une profonde contradiction. Si Dieu est absolument parfait et infini, comment pourrait-il ressentir de la colère ou de la jalousie ? Ces émotions sont des réactions à une situation subie, des signes d'un manque ou d'une vulnérabilité. Elles appartiennent aux êtres limités, imparfaits, qui dépendent de leur environnement. Les attribuer à Dieu revient à le réduire au niveau de ses propres créatures.
De même, le désir suppose un manque : on ne désire que ce que l'on n'a pas encore. Un être véritablement infini et parfait ne peut rien désirer, car rien ne lui fait défaut. Si Dieu désire être prié, adoré, obéi, cela signifie qu'il a besoin de nous  et un Dieu qui a besoin de l'homme n'est plus vraiment Dieu.
Spinoza dénonce également l'image du Dieu-roi, assis sur son trône céleste, attendant que les hommes le prient, le flattent et lui rendent hommage. Cette image, selon lui, dit plus sur la psychologie humaine que sur la nature réelle de Dieu. Les hommes ont projeté sur Dieu leurs propres structures sociales;  la monarchie, la hiérarchie, le pouvoir,  et ont ainsi fabriqué une divinité à leur mesure, rassurante et familière, mais philosophiquement incohérente.
Pour dépasser cette vision naïve, Spinoza propose une métaphysique entièrement nouvelle. Selon lui, tout ce qui existe dans l'univers est formé d'une seule et même substance. Cette idée est fondamentale : il n'existe pas une multitude de choses indépendantes les unes des autres, mais une réalité unique dont tout procède. Les êtres que nous percevons ; les humains, les animaux, les plantes, les pierres, les astres ; ne sont pas des substances séparées, mais des modes, c'est-à-dire des expressions particulières et temporaires de cette substance unique.
Cette substance est ce que Spinoza appelle Dieu. Et elle possède une caractéristique extraordinaire : elle est causa sui, c'est-à-dire sa propre cause. Elle n'a pas été créée par une puissance extérieure ; elle existe par elle-même, nécessairement, de toute éternité. Elle n'a ni début ni fin. Elle ne dépend de rien d'autre qu'elle-même pour exister.
Cette substance divine est infinie, non pas dans le sens d'une grandeur immense, mais dans le sens d'une complétude absolue : elle possède une infinité d'attributs, dont nous ne pouvons en connaître que deux ; la pensée et l'étendue (la matière). Tout ce qui pense et tout ce qui occupe un espace dans l'univers est une manifestation de Dieu.
"Deus sive Natura" : Dieu ou la Nature
C'est pourquoi Spinoza formule l'une des équations les plus audacieuses de toute l'histoire de la philosophie : Deus sive Natura  "Dieu, c'est-à-dire la Nature".
 Dieu n'est pas un créateur extérieur au monde qui l'aurait fabriqué comme un artisan fabrique un objet. Dieu est le monde, et le monde est Dieu. Il n'y a pas de séparation entre le créateur et la création; ils ne font qu'un.
Cette position s'appelle le panthéisme : Dieu est partout, en toute chose, parce que toute chose est une partie de la substance divine. La fleur qui pousse, l'océan qui s'agite, la pensée qui surgit dans un esprit humain ; tout cela est Dieu qui s'exprime, qui se déploie sous des formes infiniment variées.
Il est important de comprendre que ce Dieu n'agit pas selon une volonté libre et arbitraire, comme le ferait un être humain. Tout dans la Nature se produit selon des lois nécessaires et immuables. Spinoza distingue à cet égard la Natura naturans ; la Nature en tant que puissance active, créatrice, c'est-à-dire Dieu en tant que cause ; et la Natura naturata ; la Nature en tant qu'ensemble des choses produites, c'est-à-dire le monde tel que nous le percevons. L'une est la source, l'autre est le résultat, mais elles sont les deux faces d'une même réalité.
Le Dieu de Spinoza est donc radicalement différent du Dieu des religions abrahamiques. Il n'est pas une personne, il n'a pas de conscience au sens humain du terme, il ne parle pas, ne juge pas, ne récompense pas et ne punit pas. Il n'a ni colère ni amour, ni préférences ni intentions. Il ne demande pas qu'on le prie, car il n'a besoin de rien.
Cela ne signifie pas que la vie humaine est vide de sens pour Spinoza ; bien au contraire. Comprendre que nous faisons partie de Dieu, que nous sommes des expressions de la substance infinie, peut conduire à une forme de béatitude : une paix intérieure profonde, née non pas de la crainte d'un Dieu vengeur, mais de la connaissance rationnelle de notre place dans l'ordre éternel du monde. Spinoza appelle cela l'amour intellectuel de Dieu (amor intellectualis Dei) ; une union de l'esprit avec l'infini, accessible non par la prière ou le rite, mais par la raison et la philosophie.
Spinoza ne nie pas Dieu ; il le réinvente entièrement. Il le libère des projections humaines pour en faire ce qu'il devrait logiquement être : une réalité absolue, infinie, nécessaire, au-delà de tout anthropomorphisme, et dont nous sommes tous, à notre manière, une expression vivante.

Un perroquet bien plus intelligent que Trump ou qu’un humain de ce genre

Willie, le perroquet gris du Gabon, faisait partie de la famille McKinley à Denver, dans le Colorado, depuis onze ans. Il partageait la maison avec sa propriétaire, Mariana Santos, et avait appris le vocabulaire quotidien de leur vie commune grâce à l'intelligence particulière qui fait des gris du Gabon les animaux non humains les plus doués linguistiquement jamais recensés. Mariana, atteinte de diabète de type l avait dressé Willie pendant plusieurs années à reconnaître les situations de détresse et à réagir en criant son nom ; un simple signal d'alerte qui, espérait-elle, attirerait l'attention des voisins si elle s'effondrait seule à la maison. En revanche, elle ne lui avait pas appris à appeler les secours. Willie, lui, avait observé Mariana utiliser le téléphone en cas d'urgence pendant onze ans et avait apparemment conclu que le téléphone et le mot « urgence » étaient indissociables. Un mercredi après-midi, alors que Mariana s'effondrait lors d'une grave crise d'hypoglycémie, Willie a fait tomber le combiné du téléphone fixe de son socle, un comportement qu'il avait observé chez Mariana avant qu'elle n'appelle, et a activé la touche d'appel rapide que Mariana avait installée à hauteur de bec sur le support du téléphone, justement pour ce genre de situation. Lorsque l'opérateur du 911 a répondu, il a entendu : « Urgence ! Urgence ! Mariana ! Au secours ! Venez ! Mariana ! » L'opérateur a ensuite tenté de localiser l'animal, ce à quoi Willie a répondu en répétant l'adresse que Mariana lui avait rabâchée pendant des mois, puis : « Elle est malade ! Elle est par terre!  Venez tout de suite ! » Face à cette communication inhabituelle mais claire, l'opérateur a dépêché des secours. Les ambulanciers sont arrivés en sept minutes. Le taux de glycémie de Mariana était dangereusement bas. Mariana s'est rétablie à l'hôpital sans séquelles. Elle est sortie le lendemain matin. L'histoire de Willie a fait le tour du monde, suscitant de nombreux débats au sein des services d'urgence et des communautés spécialisées dans la cognition animale. Le service 911 de Denver a par la suite publié des recommandations à l'intention des opérateurs concernant la prise en charge des appels d'urgence initiés par les animaux, après confirmation que trois autres perroquets gris du Gabon aux États-Unis avaient également lancé des appels d'urgence pour leurs propriétaires. Ces recommandations n'utilisent pas le terme « intelligent », mais l'expression « communication d'urgence non standard ». Ceux qui connaissent Willie préfèrent le premier terme.


Allez, les tatous !

On espère qu’une infinité d’ignorants électeurs de Trump vont périr de la même façon !
Ainsi que Trump lui-même !
Allez, les tatous !
 

Le monde est une carcasse en putréfaction

Le même jugement s’impose aujourd’hui !

mercredi 27 mai 2026

Température du jour à Arvida (27 mai 2026)


 

Qui, de Buffet ou de Trump, offense Jésus ?

Donald Trump s'en prend à Warren Buffett et reçoit une leçon cinglante qu'il n'oubliera pas (j’en doute).
Donald Trump pensait marquer des points politiques faciles en qualifiant le légendaire investisseur et philanthrope Warren Buffett d'« offensant de Jésus », simplement parce que Buffett s'était exprimé ouvertement sur l'obligation morale des riches, l'équité fiscale et l'idée que la véritable foi se mesure à la façon dont nous traitons les plus démunis. Mais il s'est trompé de cible.
Reconnu pour son intelligence vive, son humilité typique du Midwest et son influence intemporelle – des rues tranquilles d'Omaha à la scène internationale de la haute finance –, Warren Buffett n'a pas simplement répliqué ; il a délivré une leçon de morale empreinte de logique, de conviction et d'une profonde compréhension du fossé grandissant entre les puissants et les démunis.
« Le président des États-Unis vient de dire que j'offense Jésus », a commencé Buffett, calme et méthodique. « Vous voulez savoir ce qui offense vraiment Jésus ? Tourner le dos aux pauvres, aux malades et aux oubliés tout en amassant des richesses et en protégeant les intérêts des ultra-privilégiés. »
Et il ne s'est pas arrêté là.
« Vous savez ce qui offense aussi Jésus ? » a-t-il poursuivi. « L'avidité sans conscience. Traiter la lutte de la classe ouvrière comme une simple note de bas de page. Oublier qu'une société n'est pas jugée par ses milliardaires, mais par la façon dont elle traite les plus démunis. »
Puis Buffett est allé plus loin, s'exprimant avec la gravité d'un homme qui a passé des décennies à observer le rêve américain et qui utilise désormais sa notoriété pour s'assurer qu'il reste accessible à tous.
« Vous savez ce qui offense Jésus ? La haine. La tromperie. La corruption. Faire semblant d'être un homme de foi tout en refusant de montrer la moindre once de miséricorde ou d'humilité. »
Ce n'était pas simplement une réponse, c'était un véritable défi éthique. Buffett, connu pour s'être engagé à donner 99 % de sa fortune à des œuvres humanitaires, a complètement renversé la situation. Au lieu de se rétracter, il a fondé son message sur les valeurs mêmes de responsabilité et d'intégrité que Trump avait tenté d'instrumentaliser contre lui.
« Je ne suis pas parfait », a admis Buffett. « J'ai commis des erreurs, dans les affaires comme dans la vie. J'en ai tiré des leçons. Mais je sais une chose : l'intégrité, c'est faire ce qui est juste même quand personne ne regarde, et la compassion, c'est faire ce qui est juste même si cela nous coûte. »
Puis vint cette phrase qui a résonné dans tout le pays :
« Jésus ne marchait pas avec les arrogants et les opportunistes. Il marchait avec les perdus, les souffrants et ceux que le système avait abandonnés. Alors, demandez-vous : qui sommes-nous vraiment censés servir ? »
Il ne s'agissait pas d'insultes ni d'indignation, mais de conviction. Trump a tenté de s'attaquer à sa personne, mais Warren Buffett a offert quelque chose de bien plus durable : une leçon magistrale d'humanité, de responsabilité et de ce à quoi les vraies valeurs sont censées ressembler.

Origines des races de chats


 

Une autre gifle au prédateur pédophile


La Chine vient de donner une gifle diplomatique à Trump - et elle a atterri dur.
Trump a affirmé qu'il avait appelé Pékin et a obtenu une victoire majeure : la Chine, a-t-il déclaré, avait accepté de ne pas envoyer d'armes à l’Iran.
Dans le style Trump classique, le message a été encadré comme une énorme victoire, preuve qu'il avait fait pression sur l'un des plus grands rivaux américains pour qu'il recule.
Mais ensuite le ministère chinois des Affaires étrangères est intervenu et a versé de l'eau froide sur toute l'histoire.
Beijing aurait rejeté la demande, déclarant qu'il n'y avait pas eu d'accord de ce type avec les États-Unis Les responsables chinois ont rejeté les rapports de soutien militaire à l'Iran comme étant « sans fondement » et ont clairement indiqué que la Chine n'accepte pas les pressions étrangères sur ses décisions de défense ou de politique étrangère. En termes simples, le message de Pékin était : nous faisons nos propres choix, et Washington n'a pas le droit d'écrire le scénario.
Voilà ce qui rend ce moment si embarrassant pour Trump. Il a essayé de présenter la situation comme une victoire diplomatique, mais la Chine a réagi en niant publiquement la revendication centrale. Au lieu de ressembler à un homme fort forçant la main de Pékin, Trump a fini par ressembler à un leader dont l'annonce a été immédiatement contestée par le pays qu'il prétendait avoir influencé.
La plus grande question n'est pas seulement de savoir si la Chine envoie des armes à l'Iran. Il s'agit de pouvoir, de crédibilité et de contrôle du récit. La Chine a refusé à plusieurs reprises de fournir une assistance militaire à l'Iran, tout en demandant que le détroit d'Ormuz reste ouvert et exhortant à mettre fin au conflit.
Pour Pékin, le message est clair : il veut la stabilité dans le Golfe, mais il ne sera pas traité comme un partenaire junior dans une campagne de pression menée par les États-Unis.
Pour Trump, l'optique est brutale. Il a annoncé une victoire. La Chine a refusé l'accord. Et le monde a regardé un autre rappel que Washington ne peut plus supposer que Pékin va simplement jouer le jeu.
Trump voulait un titre.
La Chine lui a donné une correction.
 

La princesse Palatine, la mère du Régent

Éduquée par Leibniz, cousine germaine de Guillaume d'Orange, elle grandit avec la future mère de George Ier d'Angleterre pour tante, et fut envoyée à dix-neuf ans à Versailles pour épouser un homme totalement indifférent aux femmes. Louis XIV avait besoin d'une princesse protestante pour assurer une descendance à son frère et masquer sa position diplomatique. Liselotte von der Pfalz n'avait besoin de l'autorisation de personne et passa les cinquante années suivantes à le faire savoir sans ambages.
Elle détestait la vie de cour, l'écrivit, et continua pourtant à s'y rendre. Les forêts d'Allemagne lui manquaient, elle abhorrait Madame de Maintenon, méprisait les affectations de Versailles, et consigna tout cela dans des milliers de lettres adressées à des proches à travers l'Europe, en allemand, d'une voix si franche et si vivante que les historiens les exploitent depuis lors. Elle décrivait les maîtresses du roi, les intrigues de la cour, la nourriture, les odeurs, la mode et les funérailles avec la même précision implacable. Louis XIV utilisa ses droits héréditaires sur le Palatinat comme prétexte à la guerre de Neuf Ans, qui ravagea sa patrie et fit des milliers de victimes. Elle ne lui pardonna jamais. Elle continua d'écrire.
À sa mort en 1722, un chroniqueur parisien écrivit que toute l'Europe était en deuil. Son fils était régent de France. Sa petite-fille, par sa fille, était Marie-Antoinette. Ses lettres constituent l'un des témoignages les plus précieux de la cour de Louis XIV.
Née un jour comme aujourd'hui en 1652, Élisabeth Charlotte, Madame Palatine, passa cinquante ans à la cour la plus prestigieuse d'Europe, sans jamais feindre de l'apprécier.

Mots français d’origine japonaise

  1. Bonsaï盆栽 : littéralement « arbre empoté », petit arbre miniaturisé pour le plaisir esthétique. La pratique vient de Chine ;
  2. Bonze : en français, moine bouddhiste. Le terme est emprunté au japonais bonzô, 凡僧, « moine ordinaire, itinérant », terme lui-même emprunté au chinois.
  3. Bushido武士道 : terme rare en français qui désigne le code moral des guerriers japonais ;
  4. Futon布団 : matelas assez souple pour être roulé sur lui-même, qui sert à dormir ;
  5. Geisha芸者 : femme à la mise sophistiquée qui a pour profession de divertir les hommes par de la danse et des chants. Selon le Dictionnaire historique de la langue française, a d’abord été francisé par Pierre Loti en guécha (1887).
  6. Go : jeu de plateau d’origine chinoise appelée fréquemment « jeu de go » ;
  7. Haïku俳句 : désigne en français un court poème où enchaînement des vers est surprenant. Le terme est dérivé de haïkaÏ 俳諧, qui désigne plusieurs types de poèmes, ou des poèmes humoristiques ;
  8. Hara-kiri : désigne une méthode de suicide rituel par l’ouverture du ventre, nommée seppuku切腹,  par les textes spécialisés en français et au Japon. En français, « se faire hara-kiri », pour dire « faire à soi-même quelque chose de très néfaste » est une expression assez courante.
  9. Ikebana生け花 : « fleurs fraîches », art de l’arrangement floral ;
  10. Japon : dérivé de Nippon, terme d’origine chinoise signifiant « pays du soleil levant », prononcé en japonais Nihon, 日本 ; le nom du Japon place le pays dans une situation de rapport géographique et politique à la Chine (qui est donc le lieu central). « Nippon » est souvent employé comme périphrase pour « japonais ».
  11. Kakémono掛け物 : parchemin suspendu ou peinture sur soie ou sur papier qui peut être roulé et, par extension, support vertical de communication mis sur pied ;
  12. Kaki : emprunt probable à un mot japonais, mais écrit en japonais moderne dans l’alphabet katakana (カキノキ), employé pour les emprunts étrangers ;
  13. Kamikaze神風 : littéralement « vent divin », « kami » pouvant signifier « divin, dieu, esprit ». D’abord employé en japonais à propos des typhons qui ont détruit la flotte d’invasion mongole partie depuis la Chine au XIIIe siècle, puis repris au XXe siècle pour galvaniser les pilotes japonais qui s’écrasaient sur les navires américains pour les endommager pendant la Seconde Guerre mondiale. Le terme est souvent employé en français à propos des terroristes djihadistes islamistes se faisant exploser avec leurs explosifs, ou dans la locution « mission kamikaze »  pour « mission suicide » ou « mission très périlleuse » ;
  14. Karaoké, カラオケ : contraction de karappo空っぽ , « vide », et de orchestraオーケストラ, « orchestre », littéralement « orchestre vide » ;
  15. Kimono着物 : littéralement « manteau objet », vêtement traditionnel japonais et tenue des pratiquants d’art martiaux japonais ; 
  16. Maki : apocope de makizushi巻き寿司, « sushi roulé », petit met constitué de riz vinaigré, de poisson et d’une enveloppe d’algue ;
  17. Manga 漫画 : « dessin sans but, involontaire », désigne les bandes dessinées japonaises, très populaires en France ; 
  18. Mikado : « empereur du Japon », mais pas employé par les Japonais (qui emploient tenno). Désigne surtout un jeu d’origine japonaise qui consiste à retirer une par une des baguettes entremêlées sans faire bouger les autres ;
  19. Miso味噌 : « pâte fermentée », désigne presque toujours en français la soupe faite à partir de cette pâte, mangée dans les restaurants japonais ; 
  20. Ninja忍者 : espion ou mercenaire. Désigne le plus souvent en France les personnages entraînés à la dissimulation et aux martiaux ;
  21. Origami折り紙 : art du pliage de papier ;
  22. Saké : désigne en japonais l’alcool en général, mais en français l’alcool tiré de la fermentation du riz uniquement ;
  23. Samurai : « guerrier », « membre de la classe des guerriers », vu en France comme des guerriers hautement discipliné et fidèles à un code de l’honneur rigoureux ; 
  24. Sashimi刺身 : « corps tordu, percé », poisson cru découpé en lamelles ;
  25. Seppuku切腹 : suicide rituel par éviscération. Voir « hara-kiri » ; 
  26. Shiatsu指圧 : « pression par le doigt », méthode japonaise de massage pour la relaxation ;
  27. Shogun将軍 : « chef d’armée », ou « général », ou le dirigeant de fait du Japon entre le XVIIe et le XIXe siècle. En France, utilisé populairement comme synonyme de « suprême », « présidentiel », « supérieur », etc.
  28. Sudoku数独 : jeu de grille japonais populaire en France qui consiste à remplir une grille de neuf carrés de neuf cases avec des chiffres ; 
  29. Sumo相撲 :  « se frappe mutuellement », lutte japonaise traditionnelle où des combattants musclés et corpulents s’opposent dans un cercle ; 
  30. Surimi, すり身 : pâte de poisson au goût imitant celui du crabe, inventé au Japon au XXe siècle ; 
  31. Sushi, plusieurs graphies, la plus courante étant 寿司 : plat traditionnel japonais composé d’un entassement de riz vinaigré et, le plus souvent, d’un morceau de poisson de fruit de mer posé dessus ;
  32. Tatami, 畳 : natte épaisse, le plus souvent en paille de riz, qui compose le sol dans les habitations traditionnelles japonaises. Ce mot est surtout employé en France pour désigner les matelas en matière plastique placé pour la pratiques arts martiaux japonais ;
  33. Tempura天ぷら : friture japonaise, introduite elle-même au Japon par les Portugais, désignant des fritures préparées pour Pâques (le temps de Pâques, tempura étant dérivé du latin tempus, « temps ») ;
  34. Tofu豆腐 : lait de soja caillé qui forme une pâte blanche molle à teneur relativement forte en protéines ;
  35. Tsunami津波 : littéralement « vague du port », immense vague qui provoque des dégâts quand elle arrive sur la côte ;
  36. V.H.S. : acronyme de l’anglais Video Home System, une invention japonaise et une marque déposée de JVC.
  37. Walkman : de l’anglais « homme – marche », est une marque déposée de l’entreprise japonaise Sony ;
  38. Wasabi山葵 : plante herbacée à partir de laquelle les Japonais ont tiré une pâte verte très épicée ;
  39. Yakitori焼き鳥 : brochettes de viandes, souvent proposées dans les restaurants japonais en France ;
  40. Yakusa, ヤクザ : terme tiré d’une combinaison de noms de jeux de hasard. Désigne les membres d’un gang mafieux japonais ;
  41. Yen : l’unité monétaire du Japon ;
  42. Zen : terme transcrivant en japonais le sanskrit dhyana, par l’intermédiaire du chinois chan, qui correspond à un courant du bouddhisme. Par extension, il désigne le plus souvent en France et ailleurs un état de calme.

 

Devenir riche pour se protéger d’un état illégitime

Le saviez-vous? Au début du XVIIIe siècle, une faille légale a permis à Voltaire de dévaliser l’Etat français.
En 1729, Voltaire sort de prison, ruiné et humilié. Un chevalier de la noblesse l'a fait tabasser par ses valets et emprisonner à la Bastille sans procès. Sa conclusion : sans fortune, la loi ne protège pas. Il décide de devenir riche. Très riche.
Un mathématicien lui révèle une faille dans la loterie d'État : les billets sont attribués selon la valeur nominale des obligations, pas leur prix réel sur le marché. Il suffit d'acheter massivement des obligations dépréciées, donc bon marché, pour obtenir des centaines de billets à bas coût et rafler l'essentiel du pot.
Voltaire recrute onze complices, forme un syndicat, et se présente chaque mois aux guichets sous différents noms. En octobre 1729, treize personnes se partagent plus d'un million de livres.
L'affaire est portée en justice. Verdict : pas de condamnation. Aucune loi n'a été enfreinte.
Voltaire repart avec l'équivalent de 20 millions d'euros. Il les fait fructifier, investit, spécule. Et avec cette fortune, il acquiert quelque chose d'inestimable : le droit de penser et d'écrire librement, sans dépendre de personne.
On retient de Voltaire le philosophe des Lumières. On oublie qu'il était aussi un redoutable homme d'affaires. 

Un chien n’est pas une chose

« On signe le constat de refus de transport, et après vous mettez le chien à la déchèterie animale. Pas la peine de le ramener à l’office. »
Le neveu de Monsieur D. m’a dit ça hier après-midi, au téléphone, pendant que je préparais le corps de son oncle dans la chambre du haut.
J’ai posé le combiné sur le buffet en chêne.
J’ai pris Mistinguett dans mes bras — un Shih Tzu blanc et fauve de quatorze ans qui ne pesait plus que trois kilos sept.
Et j’ai rouvert mon dossier d’agrément FACCO comme famille d’accueil senior, à 22h12, sur la table de la cuisine.
Dans mon métier, on apprend à ne pas juger trop vite.
Dix-neuf ans que j’entre dans les maisons quand tout vient de s’arrêter. Je connais les silences de cuisine, les tasses laissées dans l’évier, les pantoufles encore tournées vers le lit, les photos qui continuent de sourire alors que plus personne ne sait quoi faire de ses mains.
Mais là, j’ai eu honte pour quelqu’un d’autre.
Mistinguett était assise contre la porte de la chambre, sans bouger. Elle n’aboyait pas. Elle regardait le couloir avec ses yeux voilés, comme si elle attendait le bruit des chaussons de Monsieur D. sur le parquet.
Quand j’ai ouvert, elle a levé la tête.
Ses poils fauves autour des oreilles étaient emmêlés. Son souffle faisait un petit bruit humide. Elle sentait la lavande froide, celle des draps pliés dans les armoires anciennes. Elle ne comprenait pas pourquoi la maison était pleine de gens qui parlaient bas, mais plus de lui.
Je l’ai prise contre moi.
Elle était légère d’une façon qui fait peur. Pas fragile comme une chose. Fragile comme une présence qui a tenu trop longtemps parce qu’elle n’avait pas le choix.
Le neveu répétait au téléphone qu’il habitait loin, qu’il avait déjà assez à gérer, que “pour un chien de cet âge, franchement…”
Franchement quoi ?
Quatorze ans à dormir près d’un homme seul, à suivre ses pas jusqu’au jardin, à poser son museau sur une main devenue tremblante, et tout cela devait finir dans une phrase administrative ?
J’ai regardé Mistinguett.
Elle avait posé son menton sur mon avant-bras. Pas pour demander. Pas encore. Juste pour tenir quelque chose de vivant.
Le soir, je l’ai ramenée chez moi.
Elle n’a pas touché à la gamelle. Elle a fait le tour de ma cuisine en longeant les murs, lentement, comme si chaque meuble pouvait lui mentir. Puis elle s’est arrêtée devant le buffet en chêne que j’avais récupéré de ma mère, et elle a respiré fort, deux fois.
Sur la table, j’ai rouvert la chemise cartonnée verte.
“Validé 2019.”
Les pages craquaient sous mes doigts. J’ai complété à la main les cases que je pensais ne plus jamais remplir : senior, suivi vétérinaire, accueil de fin de vie, disponibilité immédiate.
À 22h12, Mistinguett a enfin bougé.
Elle a traversé la cuisine sans bruit, avec ses petites pattes raides, et elle s’est couchée contre mon pied.
Pas sur le coussin neuf.
Pas près de la gamelle.
Contre mon pied.
Comme si elle avait choisi l’endroit le moins loin d’un cœur humain.
Je ne sais pas combien de temps il lui reste. Une semaine. Un mois. Un hiver entier, peut-être.
Mais je sais ceci : on ne jette pas la dernière compagne d’un homme parce que l’héritage est compliqué.
Mistinguett ne repartira pas dans un dossier mal classé.
Elle portera son deuil au chaud, dans une maison où son silence aura une place.