Nous pouvons en apprendre beaucoup sur la relation entre les humains
d'antan et les chiens en analysant les fossiles de chiens mis au jour.
Par exemple, le plus ancien des fossiles de chiens, connu sous le nom de
chien de Bonn-Oberkassel, remonterait à un peu plus de 14 000 ans. Les
restes du chien, retrouvés aux côtés des restes d'un homme et d'une
femme, ont été retrouvés en 1914 dans une ancienne tombe à Oberkassel,
en Allemagne.
Le chien de Bonn-Oberkassel
était, en fait, un chiot qui avait environ sept mois. Un examen récent
de ce fossile a révélé que le chien souffrait de la maladie de Carré, et
que des humains ont pris soin de lui et l'ont dorloté pendant tout le
reste de sa vie.
Ce fossile est également
la première preuve d'un chien domestique enterré avec des humains.
Qu'ils soient enterrés seuls, avec d'autres chiens ou avec des humains,
les enterrements de chiens témoignent d'une proximité entre des chiens
et des humains qui va bien au-delà de la détention d'un animal pour ses
capacités fonctionnelles. Cela indique un niveau élevé d'estime et
laisse entrevoir le passage éventuel du statut sauvage du chien à son
statut d'animal domestique choyé.
Dans les
années 1970, les restes squelettiques de trois chiens domestiques ont
été déterrés sur un site archéologique appelé Koster, dans la vallée de
la rivière de l'Illinois, près de la frontière entre l'Illinois et le
Missouri. Les os ont été découverts dans des fosses peu profondes, ce
qui laisse à penser qu'ils ont été enterrés délibérément. Puisqu'aucune
trace n'a été découverte sur les os, ce qui aurait indiqué qu'ils
auraient été tués par un humain, il avait été estimé que les chiens
étaient morts de cause naturelle. Une datation au carbone 14 a ensuite
révélé que les ossements du chien Koster étaient vieux de 10 000 ans.
Le
plus ancien fossile de chien domestique d'Amérique du Nord est un
fragment d'os vieux de 10 050 ans trouvé en Alaska. Alors que l'on
pensait initialement que l'os provenait d'un ours ancien, l'ADN a prouvé
qu'il s'agissait d'un chien domestique. Une analyse plus poussée de ce
fossile a révélé qu'il était étroitement lié à un ancêtre canin qui
vivait en Sibérie il y a 23 000 ans. Tout cela suggère que les chasseurs
sibériens de l'ère glaciaire auraient peut-être domestiqué les chiens
et que les humains et leurs compagnons canins auraient migré vers
l'Amérique du Nord depuis la Sibérie 4 000 ans plus tôt qu'on ne le
pensait, avant la fonte des glaciers. En retraçant les déplacements des
chiens, nous comprenons mieux comment les humains se sont déplacés.
En
remontant encore plus loin, les chercheurs ont analysé des génomes
mitochondriaux de chiens précédemment séquencés et ont découvert que
tous les anciens chiens d'Amérique pouvaient avoir des origines
remontant à un ancêtre canin commun qui vivait en Sibérie il y a environ
23 000 ans. Les anciens chiens vivant en Amérique du Nord ont
pratiquement disparu après plusieurs milliers d'années, probablement en
raison de l'arrivée des Européens avec leurs propres races, qui ont
rapidement pris le dessus.
D'OÙ VIENNENT LES CHIENS ?
Des
études variées se sont concentrées sur trois régions géographiques
comme lieu d'origine des chiens domestiques : l'Asie, le Moyen-Orient et
l'Europe. Certains scientifiques pensent que les chiens auraient été
domestiqués deux fois, dans différents lieux géographiques, alors que
d'autres pensent que la domestication est un seul et même événement.
La
science n'a pas encore identifié de manière concluante l'origine exacte
des chiens, mais chaque nouvelle étude nous rapproche un peu plus de la
résolution du mystère. D'anciens fossiles de chiens découverts en
Belgique, en Sibérie et en République tchèque, dont l'âge est estimé
entre 36 000 et 33 000 ans, pourraient impliquer plus d'une tentative de
domestication des loups, dans plusieurs lieux géographiques.
Quelques
études basées sur l'ADN ont également suggéré l'existence d'une double
lignée, notamment une vaste étude réalisée en 2022 qui a analysé l'ADN
de loups anciens et a trouvé des preuves que deux événements de
domestication ont pu avoir lieu en Asie de l'Est et au Moyen-Orient.
D'autres recherches, dont deux études publiées en 2021, ont mis en
exergue l'existence d'un seul lieu d'origine pour le chien domestique,
l'un remontant à la Sibérie il y a 23 000 ans, et l'autre identifiant le
loup japonais éteint comme la sous-espèce la plus étroitement
apparentée aux chiens domestiques, ce qui suggère que l'ancêtre des
chiens domestiques pourrait avoir vécu en Asie de l'Est.
Les
analyses de génomes mitochondriaux, qui utilisent une technique très
sensible pour examiner un type spécifique d'ADN présent dans les
fossiles anciens, ont ouvert la voie vers de nouvelles informations pour
les chercheurs qui essaient de situer l'apparition du chien moderne.
Comme les chiens et les loups partagent 99.9 % de leur ADN, les
chercheurs peuvent analyser leurs variations génétiques. Cependant, les
analyses ADN ne sont pas toujours claires, il est donc difficile de
tirer des conclusions définitives. Il est également compliqué d'utiliser
des traits observables, tels que la taille du corps, la longueur et la
couleur des poils, la forme de la tête et des pattes, entre autres, au
sein des individus d'une espèce, caractéristiques que l'on appelle
phénotypes, pour comparer les chiens d'aujourd'hui à leurs ancêtres, une
sous-espèce encore inconnue du loup gris.
Bien
que les fossiles indiquent que la domestication des chiens a eu lieu il
y a environ 14 000 ans, les recherches basées sur l'ADN situent souvent
la séparation entre les loups et les chiens bien plus tôt. L'étude ADN
2022, qui a analysé soixante-douze génomes de loups anciens couvrant une
période de 100 000 ans, a conclu que les chiens sont probablement
apparus il y a 40 000 ans, ce qui correspond à peu près aux périodes
indiquées par certaines études antérieures. En 2017, par exemple, des
chercheurs ont analysé les génomes de trois anciens fossiles de chiens
provenant d'Allemagne et d'Irlande. Après avoir comparé ces anciens
génomes avec les données génétiques de plus de 5 000 chiens et loups
modernes, l'équipe a estimé que les chiens et les loups s'étaient
séparés il y a entre 37 000 et 41 000 ans. Cette étude a également
établi que les chiens se sont divisés en deux populations, il y a entre
17 000 et 24 000 ans : la population orientale, à l'origine des races
d'Asie de l'Est, et la population occidentale, à l'origine des races
modernes d'Europe, d'Asie du Sud, d'Asie centrale et d'Afrique. Sur la
base de ces dates, ils estiment que la domestication des chiens aurait
eu lieu il y a 20 000 à 40 000 ans.
La
science et les nouvelles technologies continuent de fournir aux
chercheurs de nouvelles ressources qu'ils peuvent utiliser dans leur
quête de réponses. Plus les recherches avanceront, plus nous en saurons
sur notre fidèle compagnon.