samedi 5 septembre 2009

L'amour d'une fleur


La valeur ne se trouve pas dans la chose mais dans l'esprit (ou dans l'œil).
Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux, la nuit, de regarder le ciel.

Faute de mieux, des choses imprimées

Cette serviette autour de vos hanches aurait un effet bœuf dans un vestiaire près de chez vous (j'ai trouvé cette photo ).
Et voici une taie d'oreiller intéressante (même origine):

L'orthographe n'est rien : à bas les muscles alphabétiques!

(Cliquez l'image pour mieux lire le texte)

Excellente initiative du Robert (rapportée dans 20 minutes.fr, ici) car l'orthographe actuelle n'est rien, qu'une convention qui a été imposée à la langue par des gens qui voulaient établir leur supériorité sur les autres et se mettre en position de reprendre tout le monde afin d'afficher cette supériorité.
Qui n'en était pas une.
Ou alors celle d'un hercule de foire de la mémoire.
Avec cette initiative le français ne sera plus une machine à reprendre les autres et à les humilier.
Vive l'orthographe sans ces gros muscles alphabétiques si laids!

vendredi 4 septembre 2009

Température du 4 septembre à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

La Maison du peintre dans une ancienne usine devenue musée

Comme presque chaque année, je suis allé cet été au « Musée de la Vieille Pulperie » dans l'arrondissement de Chicoutimi.
Ce Musée occupe une ancienne usine de production de papier.
Cette année c'était pour visiter deux expositions, celle de Denys Tremblay, artiste auteur de performances et d'installations, tour à tour connu comme «
L'Illustre Inconnu » et comme « Denys 1er de l'Anse », et celle sur la navigation de plaisance sur le Saguenay au début du 20e siècle.
Je ferai plus tard quelques réflexions sur l'exposition consacrée à
Denys Tremblay.
Comme chaque année je me suis émerveillé de l'architecture de ces usines, construites un peu sur le modèle d'églises: regardez bien le bâtiment dit de 1921 sur la photo ci-dessus.
En voici un zoom sur la partie supérieure:

On construisait ces bâtiments en leur attribuant une valeur plus grande que celle de leur simple utilité.
C'est sans doute la raison pour laquelle il est si facile de les transformer en autre chose que des usines, en musée par exemple, comme ici, ou en salle de concert comme on l'a fait pour un autre bâtiment du complexe dont fait partie le « Bâtiment 1921 ».
En voici une autre vue, plus rapprochée:

En voici d'autres bâtiments, beaux en eux-mêmes et mis en valeur par le site:

Mais ce que j'admire aussi chaque année c'est le tour de force qui a amené la maison du peintre Arthur Villeneuve à l'intérieur de ce bâtiment.
Voici des images de ce tour de force:

La maison du peintre dans son emplacement primitif, le quartier Saint-Paul, toute couverte par celui-ci de peintures
représentant la ville de Chicoutimi
et les évènements
qui y avaient lieu
(processions religieuses, campagnes électorales, etc.)
La maison du peintre près du « Bâtiment 1921 »
dont on a éventré la façade pour l'accueillir.
La maison du peintre accueillie.
La voici à l'intérieur du musée. Autre vue.


Et voici quelques peintures des murs à l'intérieur de la maison, dont une « mise en abyme » (c'est la dernière œuvre que je vous présente ci-dessous) prémonitoire car elle représente à l'intérieur de la maison le complexe d'usines où la maison du peintre est elle-même dorénavant contenue:

C'est une représentation du
complexe de la «
Vieille Pulperie »,

ce que j'ai appelé la « mise en abyme » prémonitoire.

De Charybde en Scylla

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais j'ai l'impression que chaque fois que l'on trouve un moyen de nous sauver d'un danger, ce moyen nous fait courir un danger plus grand que le précédent. Voyez l'article ici.
J'ai déjà traversé le détroit de Messine où l'on est pris (nous fait-on remarquer) entre Charybde et Scylla. La situation m'a paru moins dangereuse que celle où nous sommes plongés chaque jour.

jeudi 3 septembre 2009

Température du 3 septembre à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Musset etc.

Pour moi, deux des plus beaux vers de la langue française et il sont de Musset (voir note précédente) tant détesté de Baudelaire.
Mais c'était une haine d'école rivale ou une haine de liste (liste noire, liste d'or) dont les Français sont si friands: dès qu'un salon a entrepris de dévaloriser quelqu'un (je parlerai un jour de l'histoire d'Anatole France racontée par Kundera) l'ensemble des moutons de Panurge se met au diapason, et cela même si celui qui a attaché le grelot est méprisé des salons, comme l'était
Baudelaire ou comme le seront les Surréalistes.
Ou comme l'ont été les membres de Tel Quel (certains d'entre eux admirateurs des papes ou de Mao, on voit pourquoi) ou les auteurs des Éditions de Minuit, vastes excommunicateurs.
Et ce qui me fait particulièrement frémir dans les vers de
Musset c'est l'inversion syntaxique du premier vers: au lieu de:
«Les plus beaux chants sont les plus désespérés», banal!,
Musset écrit d'abord «Les plus désespérés» et le nom auquel cette épithète se rapporte vient après le verbe dont il est le sujet.
Mon frémissement est d'abord syntaxique.
(L'espace que vous voyez ci-dessous contient des élément invisibles et, même invisibles, ces éléments ont besoin de cet espace)

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots

Pâle étoile du soir

Si vous regardez avec attention cette photo que j'ai prise à 20h30 hier soir dans le parc au bout de ma rue, vous allez apercevoir, en plus du gros fromage de la lune (c'est un brie), un petit point bleuté en bas à droite : c'est Jupiter (cliquez la photo pour mieux la voir).
Évidemment vous la voyez moins bien que si vous l'aviez observée vous-même dans le ciel car elle serait alors si lumineuse qu'elle ne laisserait pas la lumière de la Lune faire disparaître la sienne.
Elle est comme une étoile et elle est la raison pour laquelle je vous présente (et que j'ai pris) cette photo puisqu'elle me permet de vous présenter aussi des vers d'Alfred de Musset que j'aime depuis que je les connais (plus qu'un demi-siècle).
Ils sont tirés du poème « Le Saule » et ils sont une supplication à l'amour -symbolisé par l'étoile- de rester dans le firmament et de guider encore notre vie :


Pâle étoile du soir, messagère lointaine,
Dont le front sort brillant des voiles du couchant,
De ton palais d'azur, au sein du firmament,
Que regardes-tu dans la plaine ?


La tempête s'éloigne et les vents sont calmés.
La forêt, qui frémit, pleure sur la bruyère;
Le phalène doré, dans sa course légère,
Traverse les prés embaumés.


Que cherches-tu sur la terre endormie ?
Mais déjà, vers les monts, je te vois t'abaisser ;
Tu fuis, en souriant, mélancolique amie,
Et ton tremblant regard est près de s'effacer.


Étoile qui descends sur la verte colline,
Triste larme d'argent du manteau de la Nuit,
Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine,
Tandis que pas à pas son long troupeau le suit,


Étoile, où t'en vas-tu, dans cette nuit immense ?
Cherches-tu, sur la rive, un lit dans les roseaux ?
Ou t'en vas-tu, si belle, à l'heure du silence,
Tomber comme une perle au sein profond des eaux ?


Ah! si tu dois mourir, bel astre, et si ta tête
Va dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux,
Avant de nous quitter, un seul instant arrête ; ---
Étoile de l'amour, ne descends pas des cieux !

mercredi 2 septembre 2009

Température du 2 septembre à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

La Sagrada encore

Je vous ai parlé ce matin de la Sagrada Familia à Barcelone. J'ai trouvé cette maquette de la cathédrale telle qu'on l' imagine dans son état final à l'heure actuelle.
Je vous présente cette maquette afin que vous puissiez voir la cathédrale telle qu'en elle-même l'éternité la change(ra)** peut-être et non pas seulement à travers le prisme de mon opinion personnelle.
Et en voici une autre merveille: sur toutes ses portes, des textes (je ne sais, tirés des Évangiles ou de la Bible) en catalan.
Quelle gloire pour une langue de faire ainsi partie d'une grande œuvre*!
Quelle gloire, pour de textes, de devenir ainsi éternels!


* Et le catalan est si près du français (c'est une langue sœur) qu'on peut lire le texte presque sans dictionnaire: on peut lire ci-haut (entre autres) les paroles de la consécration du vin à la messe.
** Vous ne connaissez peut-être pas le sonnet de Stéphane Mallarmé dont j'imite ici par ce tour de phrase un des vers. J'ai si peur de ne pouvoir retrouver l'occasion de le citer que je vous le cite maintenant:

Tombeau d'Edgar Poe

Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,

Le Poète suscite avec un glaive nu

Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu

Que la mort triomphait dans cette voix étrange!

Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange

Donner un sens plus pur aux mots de la tribu

Proclamèrent très haut le sortilège bu

Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.

Du sol et de la nue hostiles, ô grief!

Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief

Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne

Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur,

Que ce granit du moins montre à jamais sa borne

Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.

La Sagesse

Voilà pourquoi Anne Hébert, sa famille encerclée de toutes parts par les bien-pensants et ceux qui préconisaient une sagesse décrépite (la soumission et le renoncement à la vie), n'a pu être heureuse (et féconde) que dans l'exil.
Loin de la dictature religieuse dans les institutions, les esprits et les cœurs, qui a gâché tout le début de sa vie et de la nôtre et du Québec et qui, comme l'Hydre de Lerne, cherche toujours à faire repousser ses têtes (en double et sous d'autres aspects) au fur et à mesure qu'on les coupe.
Une autre qui a dû, de quelque façon, faire taire la voix maternelle (à défaut de la langue) en elle.

Un buste prémonitoire

Le pauvre Égyptien (la pauvre Égyptienne?) représenté(e) par le buste a dû horriblement souffrir, la chirurgie esthétique de son époque n'ayant pas tous les raffinements de la chirurgie étatsunienne.
Déjà que, malgré ces raffinements chirurgicaux, Michael Jackson a lui-même souffert indiciblement pour devenir la femme blanche qu'il est devenu.

Voyez quelques étapes aléatoires de la métamorphose (est-ce le mot qui convient?):

Manque la dernière, celle qui se produit dans la tombe. Ira-t-on jusqu'à la présenter «idolâtrement»?

La Sagrada Familia, une cathédrale en travail

Barcelone, presque un an déjà et je n'en ai presque rien dit alors qu'il y a tant à dire.
Disons quelque chose qu'il faut dire avant de l'oublier tout à fait: ce que je trouve de plus magnifique dans la Sagrada Familia, c'est qu'elle est en travail.

En travail comme on dit d'une femme qui accouche.
La Sagrada Familia n'est (heureusement) pas encore née, elle n'est pas terminée: elle se fait sous nos yeux.

Son plan même n'est pas tout à fait arrêté, il se fait et se refait selon la lecture que les maîtres d'œuvres et les architectes qui se succèdent font des écrits et des maquettes de Gaudi et selon l'interprétation qu'ils en donnent.
Et leur interprétation -qu'il faut entendre comme l'interprétation qu'un musicien fait d'une pièce musicale, interprétation qui est une création en elle-même- leur permet d'aller là où
Gaudi n'avait pas ou n'avait pas encore songé à aller; chaque maître d'œuvre est comme un autre Gaudi, un Gaudi d'un autre siècle et d'une autre expérience.
Ce que nous voyons devant nous, c'est une lecture en train de se faire: une lecture des textes évangéliques et bibliques, une lecture des textes de Gaudi, une lecture de ses autres œuvres disséminées partout à Barcelone, une lecture de la tradition architecturale de la construction des cathédrales, une lecture de l'Art nouveau de Gaudi (le modernisme).
Et tout cela symbolisé par des échafaudages de toutes sortes de couleurs et de formes, des ouvriers, des machines, des bruits industriels dont on voudrait la présence éternelle car on sait que tant qu'ils seront là, la Sagrada Familia ne sera pas morte, livrée aux touristes qui s'ennuient, qu'elle ne sera pas immobile et parfaite (la perfection, quel ennui!) mais toujours sur le point d'être différente, de renaître et de se métamorphoser sous nos yeux émerveillés.
Elle ressemble d'ailleurs à un phénix. Voyez:



mardi 1 septembre 2009

Température du 1er septembre à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Quel Artiste pénétrant!

Ah! que mon talent facile pour la psychanalyse de comptoir brûle de s'exercer, comme toujours quand il est question de Woody Allen et de ses pratiques sexuelles ou dérivées (le septième art, par exemple).
Surtout que je mettrais en relation tout cela et ce choix de «
woody» comme pseudo, si signifiant, en argot anglo-étatsunien, du désir d'être toujours désirant.
Qualis artifex taceo!

Une autre binette infréquentable

Non mais quelle binette, comme on dit au Québec
(«tronche» en France et en Europe, je crois)!


Hitler était-il fréquentable? Et Staline? et Ceaucescu? Et Mao?
Poser la question c'est y répondre.
Certaines réactions de lecteurs français de 20 minutes (où apparaît la question) me plaisent bien.
En voici quelques-unes (peut-être devrez-vous cliquer l'image pour mieux lire le texte ou aller directement à l'article ):

La Langue maternelle

À quelqu'un qui l'interrogeait sans doute sur le fait que lui, de langue maternelle anglaise, écrivait aussi en français, et presque exclusivement en français pendant une certaine période de sa vie, Samuel Beckett répondit avec impatience et, sans doute, sans trop réfléchir, que sa langue maternelle véritable était le silence.
L'explication qu'il avait donnée en d'autres circonstances pour expliquer son passage de l'anglais au français dans l'écriture de ses textes était qu'il désirait en appauvrir la langue.
Ce que lui permettait de faire son passage de sa langue maternelle à une langue étrangère.
Mais en disant que sa langue maternelle véritable était le silence, Beckett a commis, je crois, un lapsus.
Et ce lapsus -révélateur- permet de retrouver la raison profonde de son utilisation du français (à un moment donné de son existence) de préférence à l'anglais dans la production de ses textes : en choisissant de ne plus parfois utiliser sa langue maternelle pour écrire, c'est la langue de sa mère que Beckett voulait faire taire en lui, c'est sa mère (en lui) qu'il désirait réduire au silence.
Peut-être en est-il très souvent ainsi pour ceux qui choisissent d'écrire ou de parler une autre langue que la langue de leur mère, c'est-à-dire leur langue maternelle.