jeudi 5 février 2026

Rogers Williams et la séparation de la religion et de l’État

 Il vint au Nouveau Monde en quête de pureté, mais il finit par semer les graines de la liberté américaine.

Le 5 février 1631, Roger Williams débarqua du *Lyon* sur le sol gelé de Boston.

Il était censé être le pasteur puritain idéal.
Brillant, passionné et profondément religieux, il nourrissait pourtant une idée dangereuse qui allait ébranler les fondements du pouvoir colonial.
À l'époque, Boston n'était pas une terre de liberté.
C'était une théocratie stricte où l'Église et l'État étaient fusionnés.
Les magistrats imposaient les devoirs religieux et toute dissidence était punie comme un crime contre la colonie.
Williams, face à ce système, y voyait une tyrannie.
Il commença à prêcher deux idées radicales qui terrifièrent l'establishment.
Premièrement, il affirmait que le gouvernement n'avait absolument aucune autorité sur la conscience individuelle.
Il croyait que la foi ne pouvait être imposée par la force.
Deuxièmement, il défendait avec vigueur le droit de propriété et la dignité humaine.
Il déclara que le roi d'Angleterre n'avait aucun droit de céder les terres américaines, car elles appartenaient aux Amérindiens.
Il insista sur le fait que ces terres devaient être achetées équitablement, et non confisquées par décret royal.
Ces propos étaient considérés comme de la trahison en 1631.
Les dirigeants coloniaux tentèrent de le faire taire.
Mais Williams ne céda pas.
En 1635, la Cour générale le bannit pour ses « opinions nouvelles et dangereuses ».
Menacé d'expulsion vers l'Angleterre – et probablement d'emprisonnement –, il s'enfuit dans le froid glacial de l'hiver.
Il ne survécut que grâce aux Wampanoags, qui l'abritèrent sous la neige.
Au printemps 1636, Williams mit en pratique ses propres principes.
Il acheta des terres à la tribu Narragansett – en leur versant un prix équitable – et fonda une nouvelle colonie appelée Providence.
Il la bâtit sur une promesse révolutionnaire.
Il ouvrit ses portes à tous.
Il accueillit les Quakers, persécutés dans les autres colonies.
Il accueillit les Juifs, qui n'avaient guère d'endroit où aller.
Il accueillit également ceux qui n'avaient aucune religion.
Le Rhode Island devint la première colonie à véritablement séparer le pouvoir religieux du pouvoir judiciaire.
Williams prouva qu'un gouvernement pouvait protéger la propriété et l'ordre sans dicter les consciences.
Ses écrits sur la liberté de conscience finirent par influencer les Pères fondateurs plus d'un siècle plus tard.
Aujourd'hui, lorsque nous examinons le Premier Amendement, nous nous intéressons à l'héritage de cet homme qui fut expulsé du Massachusetts pour avoir pensé trop librement.
Il refusa de transiger avec sa conscience.
Il refusa de s'approprier des terres.
Il refusa que l'État se prenne pour Dieu.
Roger Williams ne fonda pas seulement une colonie ; il fonda l'idéal américain selon lequel la liberté appartient à l'individu, et non au gouvernement.

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