mercredi 18 février 2026

Pas question de sacrifier son bonheur

Elle n'avait que 17 ans lorsque son destin bascula.
En 1939, une jeune princesse égyptienne apprit qu'elle épouserait le futur souverain d'un autre pays. Il ne s'agissait pas d'amour. Il ne s'agissait même pas d'elle. Il s'agissait de politique.
Elle s'appelait la princesse Fawzia Fouad.
Née au Caire le 5 novembre 1921, elle était la fille du roi Fouad Ier et de la reine Nazli. Elle grandit dans les palais royaux, entourée de luxe, de serviteurs et sous une protection stricte. Le monde extérieur la toucha à peine. Un courtisan la décrivit un jour comme délicate et protégée, tel un magnifique cadeau emballé avec tant de soin qu'on n'oserait jamais l'ouvrir.
Et elle était d'une beauté saisissante. Yeux bleus. Cheveux noirs. Des traits doux. Dans toute l'Égypte, on parlait de sa beauté.
Mais la beauté peut devenir un moyen de pression.
À 17 ans, Fawzia fut promise en mariage à Mohammad Reza Pahlavi, le prince héritier d'Iran. Il avait 19 ans.
Aucun des deux n'eut vraiment le choix. Le mariage au Caire fut grandiose et fastueux. Les bijoux scintillaient. Les flashs crépitaient. Elle rayonnait.
Puis elle quitta sa maison.
Téhéran n'avait rien à voir avec Le Caire. Le climat y était plus froid. La langue était différente. Les coutumes lui semblaient étrangères. Elle se sentait seule. Elle parlait arabe et français, mais pas persan. La cour attendait d'elle qu'elle s'adapte, qu'elle donne naissance à un fils, qu'elle incarne la force et l'unité.
Au lieu de cela, elle se sentait prisonnière.
En 1940, elle donna naissance à une fille, la princesse Shahnaz. Mais la cour iranienne désirait un garçon. La pression s'intensifia.
Puis, en 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale, le souverain iranien fut contraint d'abdiquer. À seulement 21 ans, Mohammad Reza devint Shah. Et à 19 ans, Fawzia devint reine d'Iran.
Une couronne fut posée sur sa tête.
Mais elle ne trouva pas la paix.
Derrière les robes élégantes et les photos parfaites se cachait une jeune femme qui se sentait loin de chez elle, loin de l'amour et loin du bonheur. Son mariage s'est dégradé. Elle passait le plus clair de son temps en Égypte dès qu'elle le pouvait, se réfugiant dans le seul endroit où elle se sentait en sécurité.
Finalement, en 1945, elle retourna en Égypte. Et cette fois, elle ne revint pas. Le divorce fut prononcé en 1948. Elle n'avait que 26 ans. À une époque où les reines ne quittaient pas les rois, où l'on attendait des femmes de la famille royale qu'elles souffrent en silence par devoir, elle partit. Elle choisit de s'ouvrir à elle-même. Un an plus tard, elle choqua de nouveau beaucoup de monde. Elle épousa un diplomate égyptien, Ismail Chirine – ni roi, ni membre de la royauté, simplement l'homme qu'elle désirait.
Ce mariage dura 64 ans. Soixante-quatre ans. Tandis que son ex-mari se remariait et régnait sur l'Iran jusqu'à ce que la révolution de 1979 le contraigne à l'exil, Fawzia resta en Égypte. Discrète. Protégée. Loin de la politique. Elle ne recherchait pas la notoriété. Elle ne chercha pas à reconquérir le pouvoir.
Elle vivait simplement.
Son frère, le roi Farouk, perdit son trône. La monarchie iranienne s'effondra. Les révolutions ont balayé le monde dans lequel elle était née.
Mais Fawzia est restée.
Elle avait été reine d'Iran. Pourtant, le titre qui comptait le plus était celui qu'elle s'était donné elle-même : celui d'une femme qui avait choisi sa propre vie. Elle s'est éteinte en 2013 à l'âge de 91 ans, quelques semaines seulement après la mort de son époux, avec qui elle avait partagé six décennies de sa vie. Elle avait traversé des guerres mondiales, des monarchies déchues et des bouleversements majeurs au Moyen-Orient.
On parle encore de sa beauté.
Mais peut-être que ce qui la caractérisait le plus, ce n'était pas son visage.
C'était sa décision.
Une adolescente contrainte à un mariage politique.
Une jeune reine qui se sentait seule en terre étrangère.
Une femme qui a osé partir alors qu'on attendait d'elle qu'elle reste.
Une vie reconstruite discrètement, selon ses propres conditions.
Non pas une princesse fragile et soumise.
Une femme qui s'est libérée de ses carcans et qui est partie.


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