En 1730, un jeune prince, recroquevillé dans une cellule obscure, attendait le lever du soleil. En 1760, il serait le commandant le plus redouté de toute l'Europe.
Mais avant d'être roi, il était un fils brisé, vivant sous le joug d'un tyran religieux. Son père, le Roi Soldat, haïssait la musique, la poésie et la philosophie.
Frédéric le Grand était un homme différent. Il aimait la flûte et les livres français, ce que son père considérait comme un signe de faiblesse et de rébellion.
Pour briser le garçon, son père le força à assister, depuis une fenêtre, à la décapitation de son meilleur ami. Ce traumatisme le marqua à jamais.
Il apprit que le monde était indifférent aux sentiments. Il apprit que survivre exigeait du fer et du sang.
Lorsqu'il monta sur le trône en 1740, il n'attendit aucune permission. Il envahit la Silésie et stupéfia le monde par sa rapidité.
Mais sa plus grande épreuve survint pendant la guerre de Sept Ans. C'était la Prusse contre le reste du monde.
La France, l'Autriche et la Russie se rapprochaient de lui simultanément. À la bataille de Leuthen, il était en infériorité numérique de trois contre un.
Il aperçut leurs lignes. Il vit leurs canons. Il perçut leur arrogance.
Par une manœuvre brillante, il trompa toute l'armée autrichienne. Il frappa leur flanc avec une force implacable et remporta une victoire qui semblait impossible.
Il transforma l'armée prussienne en une machine infatigable. Il bâtit une nation à partir de sable et de discipline.
Pourtant, malgré toute sa gloire, il était un homme solitaire. Il passait ses nuits dans un palais nommé Sanssouci, qui signifie « sans souci ».
Il comprit son devoir. Il comprit son destin. Il comprit son héritage.
Il abolit la torture et invita les déplacés à s'installer sur son territoire. Il devint l'architecte d'une superpuissance qui finirait par dominer le continent.
Aujourd'hui encore, les tactiques militaires qu'il a perfectionnées sont étudiées dans toutes les académies du monde.
Il était le serviteur de l'État devenu son plus grand maître.
Frédéric le Grand vécut dans une profonde solitude malgré sa renommée. Il choisit d'être enterré sur la terrasse des vignes de son palais de Sanssouci, dans une tombe simple.
Il laissa des instructions strictes : être enterré de nuit, sans cérémonie ni faste religieux. Il préférait la compagnie de ses lévriers italiens bien-aimés à celle des politiciens berlinois.
Durant ses dernières années, il se promenait seul dans les jardins, parlant souvent à ses chiens comme s'ils étaient ses seuls véritables amis.
La cruauté de son père avait fait de lui un génie sur le champ de bataille, mais l'avait rendu incapable de trouver la paix dans la chapelle.
Il mourut dans son fauteuil en 1786, laissant derrière lui un royaume et une réputation qui allaient hanter l'Europe pendant des siècles.
Sa tombe demeure aujourd'hui un lieu de pèlerinage, souvent recouverte de pommes de terre en hommage à son œuvre de solidarité envers les pauvres.


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