dimanche 13 janvier 2008

La Forme concerto

De toutes les formes musicales, c'est le concerto qui est ma préférée. Il y a un dialogue entre un ou plusieurs instruments, -la plupart du temps un seul instrument- et l'orchestre. Véritable dialogue qui reproduit le dialogue qui s'instaure entre un professeur et ses étudiant(e)s.
Cette situation, cette forme de dialogue, a été la mienne pendant les 32 années où j'ai enseigné et j'ai effectivement eu l'impression parfois -pas toujours mais parfois, lors de moments magiques ou miraculeux- que ces étudiants et moi nous jouions la partition d'un concerto.
Peut-être mon amour du jazz provient-il du fait que l'interprétation d'un morceau de jazz a jusqu'à un certain point l'aspect de l'interprétation d'un concerto, mais d'une interprétation pour ainsi dire éclatée d'un concerto: en effet, chaque interprète d'une pièce de jazz se trouve tour à tour dans la position du soliste et dans la position du membre de l'orchestre. Il y a là comme l'image d'une forme de cours qui est sans doute utilisée dans des apprentissages où il y a de nombreux travaux pratiques et des stages à effectuer mais qui est surtout utilisée dans les séminaires de maîtrise et de doctorat.
Et quand on parle dialogue on parle de manière sous-jacente d'échanges, de dialogues amoureux -qui est une musique très particulière.
Quoi qu'il en soit, voici le 1er mouvement du 2e concerto pour piano de Rachmaninoff -qui est de ce romantisme extrême que j'aime tant, aussi bien dans la musique que dans le sentiment, et qui, s'il exprime des bonheurs extrêmes, exprime des chagrins extrêmes eux aussi quand les causes du bonheur se sont enfuies.





Sans autre introduction que «j'aime...» je présenterai souvent des mouvements de concertos dans ce blogue, selon ce que je trouverai sur YouTube. Parfois, comme un professeur, il vaut mieux se taire comme auteur de blogue, et laisser parler les choses, particulièrement «la musica» qui donne, parmi tous les arts, la meilleure représentation, la meilleure image de ce qu'est la vie dans toutes ses prodigieuses et infinies manifestations.

samedi 12 janvier 2008

Jésus le dieu en chocolat

L'archevêque de New York, le cardinal Edward Egan, s'est tant indigné de ce Christ crucifié (grandeur nature) en chocolat de l'artiste québécois Cosimo Cavallaro que j'ai décidé d'en placer une vignette recto-verso (faute d'une image plus grande que je recherche) ici, en guise de pied de nez à cet ignorant prélat ainsi qu'à tous ses confrères évêques, archevêques et prêtres aussi ignorants (ou menteurs) que lui:






On ne peut pas voir s'il est circoncis ou non (il me semble qu'il l'est, on ne peut vraiment mentir à New York où il y a beaucoup de Juifs et c'est dans doute cette circoncision qui indigne surtout l'archevêque) mais, en tous cas, il scandalise les membres du Sanhédrin moderne et c'est une raison suffisante pour qu'il soit là.

Kirriè Bouchard

En Grèce, quand on s'adresse à vous on vous dit:«Kirriè Bouchard». Ce qui cause toujours une grande surprise pour quelqu'un de mon âge qui, par obligation, assistait souvent à la messe dans son enfance et son adolescence. Il y avait une prière en grec à la messe (je ne sais pas si elle est encore récitée: sans doute pas, maintenant qu'on fait comme si Dieu (s'il existe) parlait dans les langues vulgaires et non en grec et en latin comme il le ferait s'il existait). Elle se récite ainsi:

Kyrié éleison
Christé éleison
Kyrié éleison.

Ce «kyrié» c'est exactement le «kirriè» dont on fait précéder le nom des hommes en Grèce. Dans la prière «Kyrié» signifiait «Seigneur» («Seigneur, prends pitié! Christ, prends pitié! Seigneur, prends pitié!»: c'est là la traduction française de la prière).
Ainsi, en Grèce, pour vous parler, on vous donne le titre que la prière donne à Dieu: Seigneur Bouchard, m'appellait-on. Mais est-ce différent en français où on m'appelle Mon
Sieur (ancienne forme de Seigneur) Bouchard ou en italien où on m'appelle Signor Bouchard ou en espagnol où on m'appelle Señor Bouchard ?

C'est le grec qui fait toute la différence.

En prime, voici le Kyrie de la messe de Requiem de Mozart:

Encore «La Flûte enchantée»

L'une des chose les plus étonnantes (mais esthétiquement tellement satisfaisante: cela forme une figure de style, un «chiasme») dans «La Flûte enchantée» de Mozart c'est que la Reine de la nuit a une voix claire, associée ordinairement au jour, à la clarté, au bien, -alors qu'elle représente le mal- et que Sarastro, son ennemi, a une voix de basse, ordinairement associée à la nuit, aux forces obscures, au mal, alors qu'il est la voix de la clarté et de la vérité. Voici Matti Salminen dans l'aria «In diesen heil'gen Hallen». Allez entendre les arias de la Reine de la nuit ici (il s'agit de l'une des mes notes antérieures) pour voir que tout les oppose.

Si vous voulez entendre la Reine de la Nuit de Cristina Deutekom (le rossignol mécanique de l'empereur de Chine), allez à nouveau à la note sur «La Flûte enchantée» (
ici): pris de remords et ayant trouvé des interprétations acceptables (mais à peine, je vous avertis d'avance) sur YouTube, j'ai ajouté ses interprétations des deux arias à celles de Natalie Dessay.

vendredi 11 janvier 2008

Religions et divorce


On pourrait dire que l'Église catholique romaine se prend pour le Dieu même auquel elle dit croire. Elle pense que ce que ce Dieu a uni dans le mariage c'est ce qu'elle a uni, elle.
Se fondant en effet sur la parole qu'aurait présumément prononcée Jésus -qu'elle dit être son fondateur:«Ce que Dieu a uni que l'homme ne le sépare pas», elle se déclare contre tout divorce.
Les autres églises chrétiennes et, en général, les autres religions, sont moins présomptueuses: elles ne pensent pas que ce qu'elles ont uni, elles, Dieu l'a uni. Quand elles voient qu'un couple marié ne fonctionne pas, elles en viennent à la conclusion que Dieu n'a pas uni ce couple et elles permettent la séparation.
Par ailleurs on rencontre très souvent des couples non mariés qui fonctionnent depuis très longtemps: est-ce que Dieu (si tant est que Dieu existe), sans intervention d'aucune église, n'aurait pas uni ce couple?
En réalité, le mariage, l'amour, etc. sont des choses purement humaines et l'Église catholique romaine, comme tout autre institution qui prétend régler le fonctionnement des désirs et des sentiments humains, est d'une infinie présomption.

Sou noir


Qui nous débarrassera de cette peste?

Jésus le dieu grec

Voici, à ma connaissance, le premier crucifix où Jésus est représenté nu. Il est de Michel-Ange et c'est une œuvre qui date de sa jeunesse, de 1492-93 (Michel-Ange est né en 1475 : il avait 18 ou 19 ans quand il a sculpté ce crucifix en bois polychrome). 
On peut le voir aujourd'hui à Florence à la Basilique Santa Maria del Santo Spirito. L'histoire de la représentation de la crucifixion de Jésus se trouve ici. Si vous cliquez sur l'image pour zoomer sans doute ne remarquerez-vous pas -parce que vous avez été éduqué à ne pas remarquer- que ce Jésus -qui est en principe un Juif- n'est pas circoncis comme tout Juif l'était et l'est encore quelques temps après sa naissance. D'ailleurs les Chrétiens fêtent la circoncision de Jésus le 1er janvier de chaque année (le font-ils réellement ?).
C'est qu'ici Jésus n'est pas juif : c'est le Christ (du grec χριστός / christós), un dieu grec que Paul de Tarse (dit « saint Paul ») et tous les premiers chrétiens ont créé à partir de Jésus le juif mais en faisant en sorte qu'on oublie celui-ci.
Il s'agissait de convertir les habitants de l'Empire romain à une nouvelle religion mais sans les dépayser trop. Un dieu grec s'imposait (donc non circoncis puisque la circoncision répugnait aux non-Juifs et qu'elle répugnera aux non-Juifs et aux non-Musulmans jusqu'au 20e siècle), un dieu grec mort sur la croix mais sans en souffrir trop (pour pouvoir rester beau) et qui, comme Dionysos, était ressuscité.
Ce beau dieu grec sur la croix est le Christ, le dieu des Chrétiens, pas du tout Jésus, le fiévreux prophète juif dont il fallait éventuellement faire disparaître le peuple d'origine pour faire oublier les origines non romaines de la religion chrétienne (c'est, je crois, l'une des origines de l'antisémitisme occidental qui a culminé dans le nazisme).
L'opération aurait peut-être réussi si Michel-Ange (poussé sans doute par son amour des garçons et des nudités masculines -voir une partie de son œuvre ici) avait obéi au mot d'ordre millénaire de ne pas représenter Jésus nu sur la croix mais toujours avec un pagne ou un caleçon.
Afin que jamais on ne voie soit que c'était un Juif -si la représentation était véridique et qu'il était représenté comme circoncis-, soit qu'on l'avait transformé en Grec, citoyen idéal de l'Empire romain.
Michel-Ange l'a représenté en dieu grec. 
Il a fait la même chose au célèbre David de Florence, représentant le roi David, un ancêtre du Jésus juif : ce roi juif est représenté lui-même comme non circoncis.
Voici la photo de son sexe manifestement grec :
 
Voici la statue complète :
 

Tout ce qui était grec pouvait être montré, tout ce qui était juif devait être caché !
Ou nié !
Comment mieux dire que le Dieu des Chrétiens n'est pas Jésus le Galiléen ?

mercredi 9 janvier 2008

Découverte de la littérature


Ce qui a orienté mon esprit vers la poésie et, donc, vers la littérature dont la poésie est le fondement, c'est cet échange que j'ai fait en première année du primaire avec mon ami Claude Lavoie (celui-là même qui a pris la photo de moi à 18 ans de la note intitulée «Le Cabaret du soir qui penche»). Je lui ai échangé un microscope que j'avais eu comme cadeau de Noël contre la Petite Anthologie des poètes français de la librairie Nelson. J'ai retrouvé une photo de la page couverture de cette anthologie sur Internet. C'est la première fois que je vois cette page couverture car elle manquait à l'exemplaire que m'a échangé Claude (le microscope-jouet de l'échange ne fonctionnait quant à lui pas très bien).
Je me suis plongé dans la lecture de quelques poèmes et me suis acharné pendant les années (disons l'année) qui ont (a) suivi car au début je ne comprenais pas comment fonctionnaient les
vers.
Une fois découvert le secret des vers (j'aimais particulièrement à cette époque «Le Lac» de Lamartine que je vais vous afficher à la fin de cette note), je me suis mis à lire des romans -des romans policiers puis des romans d'amour -parfois grivois- qui n'appartenaient même pas à la littérature (était-ce des IXE-13 ?). Mais mon inclination pour la littérature a été confirmée quand mon ami Jacques Tremblay, à l'adolescence, m'a donné en cadeau les Poésies d'Arthur Rimbaud dans le Livre de poche (voir la jaquette ci-contre: le dessin représentant Rimbaud avec une pipe est de Paul Verlaine -qui était l'amant de Rimbaud à cette époque comme on le sait chez les littéraires).
Ce recueil -et tout Rimbaud- était encore à l'Index, c'est-à-dire qu'aucun Catholique ne pouvait le lire sans la permission d'un évêque ou à tout le moins d'un prêtre (c'était un péché grave que de le faire sans cette permission -j'ai l'intention de faire une note au sujet des livres à l'Index bientôt). Mais ce n'était pas le premier péché grave que je commettais (j'avais 12 ou 13 ans à l'époque) ni le plus plaisant et je commençais à m'habituer à être en état de péché.

Voici «Le Lac» de Lamartine où le thème est le même que dans le récit d'Eurydice et d'Orphée (la mort de la personne aimée) mais ici pas de tentative pour ressusciter l'aimée, le christianisme est passé par là, la mort est irrémédiable et l'on ne peut que se plaindre:

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient- il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent :
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : ‹ Sois plus lente › ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Hé quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac! rochers muets ! grottes! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux !

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés!

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! »


lundi 7 janvier 2008

Venise née de la mer


Notre première arrivée à Venise s'est faite par la mer. Nous habitions dans un hôtel du Lido di Jesolo, près de la plage. Nous avons pris place dans le ferry très tôt, entourés par les brouillards du matin. Après une demi-heure, au loin, se sont dessinés des campaniles, nous étions entrés dans la lagune. On se serait dit dans La Mort à Venise (Morte a Venezia) de Luchino Visconti. Je crois que je chantonnais l'adagietto de la 5e symphonie de Mahler, l'un des thèmes de ce film. Et tout à coup Venise elle-même, comme Vénus de l'écume de la mer, est née de l'onde devant nos yeux. (Remarquez la similitude de sons entre Venise et Vénus. Cette similitude ne peut pas être due au hasard)
(Cliquer l'image pour zoomer)

dimanche 6 janvier 2008

Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm

Ce soir un reportage à l'émission Découvertes de Radio-Canada sur l'acoustique de la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm à Québec. Ma femme lui a déjà consacré une note dans son blogue à cette adresse:


Mais ce reportage ce soir m'a rappelé cette salle et le contraste -souligné par ma femme- entre les pièces baroques italiennes (même celles de Vivaldi) et le
Concerto pour deux violons de Bach (ré mineur, BWV 1043)(ce concerto n'est pas sur YouTube: c'est l'inconvénient de ce site, il ne s'y trouve que ce qu'aiment les Américains -les meilleurs et les pires des humains). Dans une salle merveilleuse dont on ne peut retrouver l'équivalent que dans quelques exceptionnelles salles européennes.
Une photographie de la salle par Benoît Lafrance (cliquer pour zoomer).

Croix-étoiles














(Cliquer l'image pour zoomer)


Voici une photo de quelques-unes des coupoles de la Basilique Saint-Marc à Venise. Je vous la présente parce qu'elle permet de voir quelque chose de très intéressant à mon avis: la transformation des croix -qui doivent en principe apparaître sur toutes les églises chrétiennes- en étoiles. À Venise, les croix ne sont plus des croix, ce sont des étoiles. J'ai une explication. Proposez la vôtre. Nous pourrons discuter.

samedi 5 janvier 2008

Délos

Sur l'île de Mykonos il y a plein de gens, des touristes et des cinéastes en train de tourner des films porno qui répandent le nom de l'île dans tout l'univers. Près de là, à une demi-heure sur la mer, dans l'île de Délos, il n'habite personne. Il n'y a que des ruines.
Selon la légende, c'est là qu'est né Apollon, le dieu de lumière, le dieu soleil, ainsi que sa soeur, la lune, Artémis. Notre guide était un vieux Grec érudit mais ressemblant à un berger avec ses sourcils broussailleux, son visage glabre et son accent rocailleux. Chaque fois qu'il prononçait le nom d'Apollon, il tendait la main vers le soleil qui brillait dans le ciel méditerranéen
: il croyait encore que le soleil était Apollon lui-même. Depuis cette visite j'y crois aussi. Reviens, Apollon, dieu de la lumière!

Ma femme était si enthousiaste à son retour de la projection du Roméo et Juliette de Gounod du Metropolitan Opera au cinéma Jonquière (voir la note sur son blogue) qu'elle m'a suggéré de placer ici cette aria, Ah! Lève-toi soleil, interprétée par Roberto Alagna, car indirectement cette aria s'adresse à Apollon:



vendredi 4 janvier 2008

Le Cabaret du soir qui penche

Me voilà vers 18 ans quand j'écoutais Le Cabaret du soir qui penche animé par Guy Mauffette à la radio de Radio-Canada dans la première moitié des années soixante. C'est mon ami Claude Lavoie (excuse-moi Claude de révéler ton nom dans ces circonstances) qui m'a photographié dans le sous-sol de la maison de ses parents. Son appareil n'était pas très bon: j'ai eu beaucoup de problèmes à refaire la photo. Claude voulait savoir s'il allait être photographe quand il serait grand ou annonceur à la radio. Il est devenu annonceur à la radio et à la télévision à la station de Radio-Canada à Ottawa. Tant mieux pour l'art photographique (soyons sérieux, Claude est devenu un excellent photographe mais son appareil photo à l'époque était tout ce qu'il y avait de plus minable: cette photo est en réalité un miracle).

Voici
Petite Fleur de Sidney Bechet mais pas par Sidney Bechet car je n'ai pas trouvé son interprétation sur YouTube. Elle est interprétée par les New Orleans Saints et le son me semble assez authentique. C'était le thème musical du Le Cabaret du soir qui penche.

Petite Fleur

Voici le «Petite fleur» de Sidney Bechet (nous sommes le 4 janvier 2010 et je viens de le trouver enfin):




Et en voici un autre de 1959, plus bref:


Un dieu couché

J'ai ce bouddha couché à la maison. Je l'ai acheté chez Winners. Il me plaisait parce qu'il a ma position favorite car c'est ainsi que je lis, -les livres aussi bien que les journaux et les revues. Quand je prends cette position (c'est très souvent) ma femme dit que je fais «la patate sur le sofa». Peut-être mais qu'elle soit d'une patate ou d'un dieu je trouve quand même cette position très confortable. Et l'idée d'un dieu couché, -qui se repose et qui songe-, me plaît extrêmement. Quel mal peut-il arriver quand un dieu prend une telle position?

La Danse dans la voix


Je me suis longtemps servi de cette aria (l'adresse est soulignée ci-dessous) de l'Orfeo de Monteverdi pour illustrer l'utilisation de la voix dans une perspective sémiotique. L'Orfeo est un des premiers opéras. Les compositeurs musicaux de la fin du 16e siècle et du début du 17e s'imaginaient ressusciter la tragédie grecque antique en faisant ainsi du théâtre en musique. En réalité ils inventaient quelque chose d'absolument nouveau qui s'appellera dans la suite des temps et jusqu'à nos jours l'«opéra».

Par cet air (son titre est Possente Spirto), Orphée tente de convaincre Charon de lui faire traverser le fleuve Achéron malgré le fait qu'il soit toujours vivant, afin d'aller rejoindre Eurydice dans le séjour des morts (les Champs-Élysées) pour la ramener chez les vivants, la ressusciter. Il emploie donc tous les moyens de séduction qui sont à sa disposition pour réussir. Ne vous lassez pas trop tôt de l'air (interprété par Nigel Rogers), attendez d'y entendre ce que j'appelle «la danse dans la voix»:




(lien pour YouTube ici: Possente Spirto)


En haut à droite, tableau de Patenier représentant Charon traversant le fleuve sur sa barque vermoulue (entre 1515 et 1524).

À la fin du 18e siècle Gluck a imaginé la réaction d'Orphée à la mort d'Eurydice dans cette aria intitulé «Che faro senza Euridice?» (Que ferai-je sans Eurydice?) que vous pouvez entendre à cette adresse (ne vous étonnez pas, la voix d'Orphée est celle d'un castrat ou, en tous cas, d'une haute-contre (ici
Jochen Kowalski), très souvent cette aria est interprétée par une femme):


Voici cette même aria chantée en français par Maria Callas. Gluck a en effet fait représenter une traduction en français de son opéra à Paris en 1774. L'air s'intitule «J'ai perdu mon Eurydice»:


Et puisque ces airs parlent tous d'un amour qu'on a perdu -pour lequel on a un immense chagrin- soyons un peu cynique, mais charitable aussi, en nous remémorant cette si belle chanson de Léo Ferré qui nous dit -avec tant de tristesse- comment ce chagrin sera consolé et comment notre amour mourra (si toutefois, comme Orphée, nous ne mourons pas nous-même de ce chagrin),


Avec le temps (cliquer pour entendre et voir)


jeudi 3 janvier 2008

La désinvolture à Venise

J'ai déjà parlé de la «disinvoltura» italienne (voir la note intitulée « Subtilité » (cliquez sur Subtilité) le mercredi 26 décembre). J'en parlerai encore souvent. En bien et (mais pas beaucoup) en mal. En bien car c'est la qualité (le défaut?) qui me semble la plus enviable chez les Italiens et chez les non-Italiens qui la possèdent. En voici deux merveilleux exemples (mais peut-être serai-je le seul à les trouver merveilleux ces exemples).
Il s'agit de deux photos prises à Venise que j'ai trouvées sur Internet (Venise est peut-être la plus belle ville du monde -la piu bella città del mondo). La première prise sur la Piazza San Marco, c'est la façade du Caffè Florian -qui existe depuis le 18e siècle (j'y ai pris des photos personnelles à l'intérieur): 

 Vous remarquez le mur, l'écaillement (le mot n'existe pas, je l'invente) du crépi (?), c'est-à-dire de ce qui recouvre la surface du mur. En Amérique, en Angleterre, partout où l'on cherche à cacher la réalité, à faire penser que rien ne s'écaille jamais, que tout est toujours neuf comme si tout venait d'être construit ou fait (même les visages, les cous, les corps doivent être indéfiniment refaits, étirés, recadrés pour apparaître, sinon nouvellement nés, du moins bien entretenus) on aurait vite réparé cela. En Italie, à Venise, cela marque simplement le passage du temps, la beauté du passage du temps. Le temps, cela qui appartient aux hommes et qui est le contraire de l'éternité, qui ne leur appartient pas, dont ils ne veulent pas et qui est un synonyme du mot «mort». Ces «écaillements» ressemblent à des motifs abstraits dans un tableau. C'est de l'art.
 

Voici une autre photo, prise à Burano, un autre quartier de Venise, de plus en plus touristique. Elle a été prise dans un lieu que les touristes visitent. Elle peut être vue par des gens qui viennent du monde entier. Un beau mur et des «bobettes» sur une «corde à linge». Vous attendriez de la visite, vous retireriez ces «bobettes» de votre «corde à linge». Pourquoi ne pas attendre qu'elles soient sèches?, disent les Vénitiens. Un triangle blanc (ou plusieurs) se détachant de l'ocre du mur, avec leur ombre et avec l'ombre du campanile et l'ombre d'autre chose, ce n'est pas mal, n'est-ce pas?
C'est cela la «disinvoltura», la si aimable «disinvoltura».

mercredi 2 janvier 2008

Jour de l'An en provenance du restaurant Le Privilège


Hier midi, 1er janvier 2008, nous avons donné, ma femme et moi, notre traditionnel «brunch» du Jour de l'An pour nos parents et amis. Nous le donnons depuis 20 ans
mais depuis 12 ans nous avons recours comme traiteur au merveilleux restaurant Le Privilège du chef Diane Tremblay. Voici le menu de cette année:

du
Privilège

Entrées

La coupe fraîche de céviché de pétoncles à la coriandre fraîche et
sa salsa aux deux tomates à la pistache
La roulade de saumon fumé artisanalement au fenouil et aux épinards
L’aumônière de lapin aux échalotes confites et aux herbes, sauce à la Dijonnaise

Plat principal et accompagnements

Le nid de caille farcie aux petits fruits et son lait de céleri rave
Le riz basmati à la brunoise de légumes
Les carottes au thym citronné

Dessert

La génoise au chocolat, mousse au pralin et au chocolat noir avec crème anglaise et coulis de framboises

À cela nous avons ajouté ces fromages:


Le
Riopelle
Le
Montagnolo
Le
Pikauba
Le
Valbert

Ces patés:

Mousse de foie gras aux truffes
Pâté de foie de volaille glacé
Pâté aux trois poivres glacé

Une salade verte
Une salade d'agrumes et de cerises

Et ces vins:

Chandon Brut Classic Californie mousseux



Syrah Francis Coppola Diamond Series Californie 2004 (le meilleur)

et

Merlot Blue Label Francis Coppola Diamond Collection 2005

Si l'année 2008 se déroule comme elle a commencé, sous les auspices d'une géniale cuisinière, quelle année ce sera.

Voici l'adresse du site du Privilège

http://www.leprivilege.ca/

Tchaïkovski

J'ai entendu ce 4e mouvement de la 6e symphonie de Tchaïkovski hier, Jour de l'an 2008. Cela m'a rappelé à quel point je l'aimais. Écoutez-le ici: