« La relecture, opération contraire aux habitudes commerciales et idéologiques de notre société qui nous inciteraient à « jeter » l’histoire une fois consommée pour passer à une autre, acheter un autre livre, et qui n’est tolérée que chez certaines catégories marginales de lecteurs (enfants, personnes âgées et professeurs), est ici suggérée d’emblée, car elle seule préserve le texte de la répétition (ceux qui ne relisent pas sont condamnés à lire la même histoire partout), la multiplie dans sa variété et sa pluralité : la relecture extrait le texte de sa chronologie interne (« ceci se passe avant ou après cela ») et le fait redécouvrir un temps mythique (sans avant ni après) ; elle conteste l’idée que la première lecture serait une lecture primaire, naïve, phénoménale, qu’il nous faudrait ensuite « expliquer », « intellectualiser » (comme s’il y avait un commencement de la lecture, comme si tout n’avait pas déjà été lu : il n’y a pas de première lecture, même si le texte s’efforce de nous donner cette illusion par diverses opérations). » « Suspense, artifices plus spectaculaires que persuasifs ; relire n’est plus consommation, mais jeu (ce jeu qui est le retour du différent). »
Roland Barthes


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