ÉLÉGIE
Je vous reviens, ô mes jeunes amis !
Les jours d’absence ont sombré dans les brumes.
Renouvelons nos bien-aimées coutumes,
Embrassons-nous, – nous sommes réunis.
Mais moi, pourtant, je ne suis plus le même ;
Vous n’êtes plus, de loin, tout ce que j’aime.
J’ai tant changé… Mes jours insoucieux
Ont suivi un chemin qui les efface
À tout jamais, et de la vie fugace
L’aube a pâli quand j’ai ouvert les yeux.
La gaîté m’a paru un songe creux.
Sous une destinée impénétrable
J’ai oublié le sourire et la joie,
L’élan et le repos, portant le poids
D’une tristesse sombre qui m’accable…
Votre éloquence espiègle et l’amitié
En vain cherchent encore à m’égayer :
Je vis dans une somnolence étrange.
Il n’est plus temps. L’angoisse me poursuit,
Rien ne l’allège plus, rien ne la change.
Pour éloigner les affres de mes nuits,
En vain, amis, m’apportez-vous ma lyre ;
Des jours passés les visions enfuies
N’appellent qu’au silence et je n’aspire
Qu’à rester seul. Le monde me fait peur,
Le jour m’ennuie et me glace le cœur.
Dans un bois désolé mes pas résonnent,
La nuit revient, je ne parle à personne,
Je hais la joie, les fleurs de mes espoirs
Se sont fanées pas même encore écloses.
Vous êtes loin, plaisirs des simples roses
Que je ne parviens plus à concevoir.
Amis, oubliez-moi dans mon silence :
J’obéis au destin si je me perds.
Laissez-moi vous quitter pour la souffrance,
Pour les larmes muettes, le désert.
Les jours d’absence ont sombré dans les brumes.
Renouvelons nos bien-aimées coutumes,
Embrassons-nous, – nous sommes réunis.
Mais moi, pourtant, je ne suis plus le même ;
Vous n’êtes plus, de loin, tout ce que j’aime.
J’ai tant changé… Mes jours insoucieux
Ont suivi un chemin qui les efface
À tout jamais, et de la vie fugace
L’aube a pâli quand j’ai ouvert les yeux.
La gaîté m’a paru un songe creux.
Sous une destinée impénétrable
J’ai oublié le sourire et la joie,
L’élan et le repos, portant le poids
D’une tristesse sombre qui m’accable…
Votre éloquence espiègle et l’amitié
En vain cherchent encore à m’égayer :
Je vis dans une somnolence étrange.
Il n’est plus temps. L’angoisse me poursuit,
Rien ne l’allège plus, rien ne la change.
Pour éloigner les affres de mes nuits,
En vain, amis, m’apportez-vous ma lyre ;
Des jours passés les visions enfuies
N’appellent qu’au silence et je n’aspire
Qu’à rester seul. Le monde me fait peur,
Le jour m’ennuie et me glace le cœur.
Dans un bois désolé mes pas résonnent,
La nuit revient, je ne parle à personne,
Je hais la joie, les fleurs de mes espoirs
Se sont fanées pas même encore écloses.
Vous êtes loin, plaisirs des simples roses
Que je ne parviens plus à concevoir.
Amis, oubliez-moi dans mon silence :
J’obéis au destin si je me perds.
Laissez-moi vous quitter pour la souffrance,
Pour les larmes muettes, le désert.
Janvier 1817.


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