mardi 16 mars 2010

Le faux philosophe

Que Voltaire n'ait rien attendu des hommes serait étonnant, lui qui a tenté de faire sa cour tous azimuts, c'est-à-dire à tout ce que l'Europe comptait de monarques, éclairés ou non (quand ils ne l'étaient pas il fermait les yeux et les déclarait quand même éclairés), et même à Louis XV lequel, s'il avait bien reçu le soi-disant «philosophe», aurait sûrement bénéficié des louanges les plus choisies de celui-ci.
Mais donnons-lui le bénéfice du doute à propos du désintéressement. Ignorons la fortune colossale que ses écrits et ses investissements dans la traite des esclaves noirs lui ont permis d'amasser.
Mais la manière dont il a traité Jean-Jacques Rousseau ne permet pas de lui accorder le même bénéfice en ce qui concerne l'altruisme: Voltaire était capable de bien peu de bien si le bien qu'il a fait à Jean-Jacques était tout le bien dont il était capable.
Là comme ailleurs l'œuvre vaut mieux que l'humain qui l'a produite et il vaudrait peut-être mieux ne pas du tout connaître les auteurs des œuvres, ou les connaître comme on connaît les auteurs antiques, à travers les brumes de la légende.
La phrase de Voltaire, remarquons-le, ne s'applique qu'aux vrais philosophes, peut-être était-il assez clairvoyant pour ne pas se compter parmi ceux-ci.

Marcel Proust écrit dans ce qu'on a intitulé le «Contre Sainte-Beuve»:

un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c'est au fond de nous-mêmes, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir ...

C'est sans doute cet «autre moi» qui est l'auteur des œuvres de Voltaire, comme il est l'auteur des œuvres de tous les écrivains, et cet «autre moi» ce n'est pas celui qui dédicace des livres dans les salons du livre.
Ou qui fait sa cour aux monarques et autres présidents de république.

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