mercredi 5 mai 2010

Le temps des adultes miniaturisés

Crédit photo: Patrimoine Lanvin-DR

Après une matinée infernale à aller confier enfin des unités centrales, des écrans, des imprimantes, des téléviseurs, des lecteurs de CD, désuets, au centre de recyclage le plus près, pour me délasser, je suis tombé sur un diaporama où la Maison de couture Jeanne Lanvin présente quelques-uns des vêtements qu'elle a créés depuis 120 ans (il est ici).
Ceux qui m'ont intéressé sont naturellement ceux de l'époque « Art déco » (autour de 1920).
Je ne sais pas si je vous les présenterai un jour.
Mais je vous présente ci-dessus les dessins de modèles de vêtements pour enfants, pour jeunes filles, évidemment, la Maison Lanvin ne donnant pas dans les vêtements masculins à cette époque (je ne sais pas si elle le fait ou si elle l'a déjà fait mais qu'importe).
Voyez comment on dessine les petites filles: ce sont des femmes miniaturisées, pas des enfants.
Je crois avoir déjà lu quelque part que l'enfance (et aussi bien l'adolescence) n'a commencé à exister comme âge ayant ses caractéristiques propres qu'à partir d'une certaine décennie.
Pour l'adolescence, vers la fin des années cinquante ou le début des années soixante.
Pour l'enfance, vous voyez par les dessins que je vous présente que cela n'est pas au cours des années vingt.
Peut-être est-ce en même temps que l'adolescence ou un peu auparavant, au début des années cinquante ou à la fin des années quarante, au moment de ce qu'on a appelé le « baby boom » d'après-guerre.
C'est peut-être à ce moment que les enfants, à cause de leur nombre prodigieux, sont devenus visibles, et qu'il sont devenus visibles comme adolescents au moment où ils ont atteint l'âge de la puberté.
Voyez sur les dessins Lanvin comment adolescents et enfants se tenaient à leur place avant ce « baby boom ».
Peut-être, les méfaits de cette génération (à laquelle j'appartiens, je vous le signale) arrivent-ils à leur fin.
Peut-être, bientôt, les époques retrouveront-elles la quiétude du temps jadis.
Au moment où enfants et adolescents étaient invisibles, pâles miniatures de leurs parents.

mardi 4 mai 2010

Température du 4 mai à Saguenay

Matin-------------------------------------------Après-midi

Une petite vengeance qui annonce la grande

Crédit photo: AP/SIPA
Originellement cette photo était ici

J'ai souvent pensé qu'une autoroute était la forme la plus extrême de l'agression de l'homme contre la Nature.
Car il faut ajouter à l'autoroute elle-même ce qui y roule et la peste pétrolière que ce qui y roule utilise pour y rouler.
En plus de violer la Terre, une autoroute contribue à empoisonner l'air.
Forme extrême de l'agression, elle constitue aussi une miniature de l'agression totale, une mise en abyme.
Ce que l'on voit dans la photo s'est passé à Taïwan*.
Évidemment on peut y lire aussi le résultat de l'incompétence des entreprises qui ont construit l'autoroute: les responsables n'ont pas bien observé les lieux qu'ils comptaient violer.
Mais ces responsables sont aussi des miniatures de l'humanité, des mises en abyme de notre espèce.
Comme dans la photo, la Nature se vengera un jour sur nos œuvres de ce que nous lui infligeons sans respect.
Elle nous étouffera avec l'air même que nous polluons.
Cette photo est une prophétie.

* Une Chine miniature, une
mise en abyme de la Grande Chine, elle-même mise en abyme de la Terre. Tout est emboîté dans ce billet.

Camouflage

Le titre et le corps de cet article (il est ici) constituent une tentative de camouflage: ce n'est pas l'Europe qui a aggravé la crise mais l'Allemagne.
Et l'Allemagne seule.
Pour des raisons bassement électorales.
Et pour de basses raisons de mépris allemand à l'égard du reste du monde (en particulier de l'Europe du Sud -Grèce, Espagne, Portugal, Italie) qui perdure au-delà de l'époque prussienne, de l'époque de Bismarck et de l'époque du Troisième Reich.

Une clé, un titre, un visage, un sourire

Une clé peut effectivement exciter l'imagination quand on ne sait pas ce qu'elle ouvre, comme le suggère Maurice Maeterlinck.
Mais aussi une porte fermée dont on n'a jamais franchi le seuil, un livre qu'on n'a pas encore lu dont on voit la tranche ou le titre sur le rayon ou le présentoir d'une librairie ou d'une bibliothèque, un visage qu'on ne connaît pas sur lequel nos yeux tombent brusquement parmi ceux -innombrables- des passants à la terrasse d'un café, un sourire qu'on surprend sur des lèvres dont on ne sait pas à qui il s'adresse (peut-être à nous, peut-être pas).
Et ces paroles soudaines dont ils ne voient pas l'auteur, que créent-elles dans l'esprit des aveugles?

Les Trois sœurs aveugles

Les trois sœurs aveugles
(Espérons encore)
Les trois sœurs aveugles
Ont leurs lampes d’or;

Montent à la tour,
(Elles, vous et nous)
Montent à la tour,
Attendent sept jours…

Ah ! dit la première,
(Espérons encore)
Ah ! dit la première,
J’entends nos lumières…

Ah ! dit la seconde,
(Elles, vous et nous)
Ah ! dit la seconde,
C’est le roi qui monte…

Non, dit la plus sainte,
(Espérons encore)
Non, dit la plus sainte,
Elles se sont éteintes…

Maurice Maeterlinck

(que je cite même s'il a,
impardonnable,
écrit des discours
du cruel dictateur
catholique
Antonio Salazar)

lundi 3 mai 2010

Température du 3 mai à Saguenay

Matin-------------------------------------------Après-midi

Les agences de notation encore

Que pensez-vous de ce cercle vicieux des agences de notation qui s'arrangent pour enrichir leurs actionnaires (et les sociétés qui appartiennent à ceux-ci) en nous ruinant?
Croyez-vous qu'une seule de ces agences prendra le risque de mal noter une société appartenant à l'un ou l'autre de ses actionnaires ou dans laquelle elle-même a des actions ou des intérêts et de causer ainsi la baisse de valeur de ses propres actions?
Voyez ce qu'on en dit dans cet article (ici) dont ce paragraphe est tiré:

[D]'une façon générale, toute la finance ultralibérale est devenue auto-référente. En effet, le système financier, qui sert les actionnaires, repose sur les trois fameuses agences de notation Standard's and Poor, Moody's et Fitch, qui jugent les bons et loyaux services des acteurs du marchés... tout en étant elles-mêmes des sociétés capitalistiques classiques, dont l'une d'elle est même possédée par celui qui représente sans doute le mieux le capitalisme, Warren Buffet.

Ce fonctionnement giratoire est identique à celui de la fraude de Madoff, qui était, donc, une mise en abyme de l'énorme fraude de Wall Street (et, sans doute, de votre bourse locale).

Enquête sur le Nil ce soir


Ce soir à 20h (et demain à 13h), sur TV5 Québec, documentaire sur des recherches archéologiques en Égypte sur les antiquités pharaoniques.
Ce sera sans doute un suspense en partie sous-marin puisqu'il est sous-titré «Enquête sur le Nil» mais, hélas, Hercule Poirot ne sera pas de la partie.
Plus d'informations ici (il y a une vidéo).

La pensée détruite en s'attaquant au corps. Encore Auschwitz?

(L'article du Figaro.fr est ici)

Croyant pouvoir démontrer la fausseté radicale de la psychanalyse en se fondant sur une pensée de Nietzsche (qu'il prétend son maître) selon laquelle «
l’œuvre de pensée ne peut se concevoir indépendamment du corps qui l’a produite », Michel Onfray s'attaque donc dans son dernier livre (« Le Crépuscule d'une idole ») à la personne de Freud.
C'est comme si on voulait détruire la théorie de la relativité en s'attaquant à Einstein (est-ce que la théorie de la relativité est une « œuvre de pensée » ?).
Le « corps » qui produit une « œuvre de pensée » est un point de départ, un champ d'expérience, et relever des erreurs dans les expériences pour en faire le reproche (et disqualifier la théorie) plutôt que d'étudier les moyens qui ont été pris pour les corriger et en tirer profit pour la théorie constitue une erreur plus grave encore que celles que l'on dénonce.
Même s'il se réclame de Nietzsche, Michel Onfray biaise la pensée du philosophe pour satisfaire ses pulsions purement destructrices.
Si on regardait nous aussi le corps d'Onfray pour détruire ses théories?
Voici la page couverture du « Crépuscule d'une idole » (remarquez que je suis en faveur de la destruction des idoles, surtout quand elles sont l'objet d'une religion, mais pas par n'importe quel moyen). 

Et parlant d'idole, remarquez la taille des caractères du nom de l'auteur du livre par rapport à son titre:

Finir en beauté

L'article de Zigonet est ici.
On peut voir d'autres œuvres
réalisées selon le même procédé .

Ce sont des œ
uvres de Daniel Ortega (non ce n'est pas l'ancien président du Nicaragua, c'est un artiste californien) qui les a réalisées en utilisant des cendres d'animaux incinérés après leur décès.
L'artiste se propose maintenant d'utiliser des cendres humaines, les cendres de ceux et celles qui désireraient se transformer ainsi en
œuvres d'art après leur mort plutôt que de passer l'éternité sous la terre ou dans une urne.
Selon moi, le projet de Daniel Ortega pourrait avec profit inspirer d'autres artistes.
J'avoue que j'aimerais bien continuer mon séjour sur la Terre sous cette forme, préférable non seulement à l'inhumation ou à la mise en urne que je viens d'évoquer mais aussi à la momification ou à la plastination.
Autant «finir en beauté».

dimanche 2 mai 2010

Température du 2 mai à Saguenay

Matin-------------------------------------------Après-midi

Orgasme et sport

Un article qui a été écrit aujourd'hui mais est publié demain (regardez la date indiquée en haut de l'image et celle qui est indiquée sous le titre de l'article) grâce à la magie de la différence des fuseaux horaires.
Je vous invite à aller le lire (il est ici) car vous y découvrirez pourquoi les amateurs de sport préfèrent aller aux restaurants de malbouffe disposant d'un écran HD géant pour regarder le match joué par leur équipe sportive favorite (ou, mieux encore, au stade même, parmi les cris et les gémissements) plutôt que de rester à la maison s'adonner aux plaisirs (et aux gémissements?) de l'amour.
Si vous cliquez l'image ci-haut pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre, vous verrez que la première phrase est: «Regarder jouer Messi, c'est comme avoir un orgasme».
(Je vous ai déjà fait voir la langue exceptionnelle de Messi, ici).
Vous aurez peut-être une idée préalable plus complète du contenu explosif de l'article en lisant ce paragraphe particulièrement significatif que j'en extrais:

Il y a quatre ans, lors de la Coupe du Monde de football en Allemagne, des scientifiques britanniques avaient voulu en avoir le cœur net. Ils avaient ainsi isolé un groupe de supporters anglais «testés» lors des rencontres jouées par David Beckham et ses coéquipiers. Pendant les matches, les fans avaient ainsi subi une batterie d'examens: suivi du rythme cardiaque, relevé d'échantillons de salive... Le professeur Ron Maughan, en charge de l'étude pour le compte de l'Université de Loughborough, en avait tiré la conclusion suivante: «Le niveau atteint par leurs pulsations cardiaques était généralement celui d'un homme lors d'un orgasme et le dépassait même en quelques occasions. Nous savions que les fans de football avaient la passion de leur équipe, mais ces résultats prouvent que pour certains, le football, c'est encore mieux que du sexe.» Combien, il est vrai, d'épouses délaissées le week-end par leurs conjoints partis encourager leurs équipes préférées comme s'il n'y avait plus qu'elles qui comptaient.

Et ces expériences n'impliquaient que les spectateurs. Songez à ce qu'éprouvent les joueurs.

Et les athlètes en général car ce ne sont sans doute pas seulement les joueurs d'équipe qui peuvent accéder au nirvana du sport: les cyclistes, les coureurs, les sauteurs, les boxeurs, etc.
Mais pour y accéder en tant que spectateur il faut être passionné.
Je n'ai jamais vraiment joui à un match de hockey, de baseball ou de soccer.
(Peut-être en écoutant certaines musiques ou au spectacle de certains 100 mètres présentés au ralenti).
Mais pour ce qui est du sport, encore un plaisir qui échappe aux amateurs de loisirs intellectuels.
Qui doivent se contenter de l'amour.

Hulk

Crédit photo: REX / SIPA

C'est au Musée de Madame Tussauds à Londres.
Le sculpteur apporte une dernière retouche à son œuvre.
Il s'agit d'une représentation du personnage de «l'Incroyable Hulk» dans son état verdâtre et monstrueux.
Une variation étasunienne de Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson.
Une variation moins subtile que l'original littéraire évidemment.
L'hystérie étasunienne.
Sinon l'obésité mentale, qui correspond à l'obésité physique.
Mais je ne savais pas qu'on présentait des personnages de fiction chez
Madame Tussauds.
Je croyais qu'on présentait seulement des statues de cire de personnages célèbres ou éminents que le public ordinaire n'aurait jamais pu voir en personne.
Un changement de philosophie peut-être.
Mais la représentation de «
Hulk» en face de son sculpteur semble calculée pour démontrer que l'œuvre ressemble exactement à l'artiste.
On veut nous le faire croire mais les choses ne sont pas si simples. Et on ne peut pas faire l'impasse sur l'œuvre en faisant dédicacer son œuvre par l'auteur ou en faisant connaissance avec les péripéties de la vie de l'auteur.
Une œuvre «est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c'est au fond de nous-mêmes, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir» (Marcel Proust).
Impossible d'éviter l'épreuve de la réflexion et de la descente dans nos profondes et obscures «galeries minières» intérieures.
(Le diaporama où est présentée cette photo est ici)

Euphorie

Un autre vieux papier que je tente de ranger (et dont je vais mettre la plus grande partie au recyclage, maintenant que je n'en ai plus besoin et que j'ai transformé celui-ci, par exemple, en points lumineux pour vous le présenter): des coups de pinceaux qui, tout en conservant leur apparence de coups de pinceaux, dessinent la silhouette d'une femme et de sa robe et, au-delà, dans la forme des tourbillons multicolores qui se métamorphosent dans cette silhouette et cette robe, se signifient aussi l'ivresse, peut-être le bonheur, le «moment d'euphorie» (c'est l'inscription qui accompagne la bouteille au bas du dessin) que donne l'alcool magique.
Il me semble que cette publicité s'approche de très près de l'art. J'aimerais beaucoup savoir qui est ce Pasquier dont la signature apparaît en bas à droite.
Voici un zoom sur ce que je pourrais appeler la partie «artistique» de la publicité, que j'ai un peu restaurée:

Le doux empire d'Amour?

Je vous présente Renée Fleming que je suis allé voir hier après-midi dans le rôle d'Armida de l'opéra de Rossini auquel ce personnage donne son titre.
C'était au cinéma, dans le cadre de la projection en direct du Metropolitan Opera.
Une découverte pour moi.
J'ai découvert, en effet, une variation pleine de virtuosité et d'ornementations (comme dans les opéras baroques, ceux des 17 et 18e siècles) sur l'éternelle histoire d'un homme amoureux qui abandonne la femme qui l'aime pour accomplir un quelconque devoir: Ulysse abandonnant Circé (et mille autres), Énée Didon, Titus Bérénice, etc.
La voix et la beauté de Renée Fleming, le ballet présenté à Rinaldo (l'amant d'Armida) et construit comme une mise en abyme de son amour pour Armida et, donc, de l'opéra tout entier, m'ont pâmé d'admiration (je suis bien naïf car je n'ai pas vu tous les défauts que signalent quasi universellement les critiques de tous les pays).
Voici une aria de l'Acte II d'
Armida, interprétée en studio par Renée Fleming, «D'Amore al dolce impero» («Le doux empire d'Amour»), suivie par les paroles originales (traduction française éventuellement).




D'Amore al dolce impero

Armida

D'Amore al dolce impero
Natura ognor soggiace.
Dov'è quell'alma audace
Che non apprezzi Amor?
Chi, misero, non sente
La fiamma sua possente,
Di smalto ha il core in petto,
O mai non ebbe un cor.

Coro

Dov'è quell'alma audace
Che non apprezzi Amor?

Armida

Gli augei tra fronde e fronde
Spiegano amor col canto;
Aman perfin dell'onde
I muti abitator.
Aman le crude belve
Là tra le ircane selve,
Son per amor feconde
Le stesse piante ancor.

Coro

Dov'è quell'alma audace
Che non apprezzi Amor?

Armida

La fresca età sen fugge,
È la beltade un lampo,
Ché l'una e l'altra strugge
Il tempo vorator.
Dunque godete amanti
De' vostri liet'istanti,
Or che vi ride in volto
Di giovinezza il fior.

Coro

Ah! sì, godete amanti
De' vostri liet'istanti,
Or che vi ride in volto
Di giovinezza il fior.

____________________________

P.S. Veuillez lire la critique un peu ironique mais très compétente de Denise Pelletier ici.
Et voici le film-annonce de la représentation d'«
Armida» que je viens de convertir:




samedi 1 mai 2010

Température du 1er mai à Saguenay

Matin-------------------------------------------Après-midi

Y penser toujours, n'en parler jamais

(Cliquez sur l'image ou ici pour être conduit à l'article)

Gandhi aurait dormi nu avec des femmes nues et en aurait reçu des massages, malgré son vœu de chasteté.
(Une question genre Thierry Ardisson: «masser et être massé est-il tromper?»)
Gandhi aurait-il ainsi brisé son vœu?
C'est la grave question à laquelle s'intéresse cet article de 20 minutes.fr.
La sexualité est si importante chez les humains qu'ils ne peuvent (comme moi, pas vous?) s'empêcher de s'intéresser à celle des autres, en plus de s'intéresser à la leur.
Elle est si importante que même les idoles ou les icônes lui accordent une grande partie de leur attention.
La plupart pour tenter de donner l'illusion qu'elle ne conduit aucunement ni leur vie, ni leur esprit.
Qu'elle n'occupe pas leur pensée, mais alors pas du tout!
Les églises et les religions n'aiment pas que l'on s'intéresse à la vie sexuelle de leur fondateur ou de leurs saints (et saintes) et de leurs dignitaires.
Le mot d'ordre est qu'ils n'en ont pas, par vœu ou par constitution.
Et que, s'ils en ont, cela a peu d'importance.
La «vie de l'esprit» a plus d'importance.
Dans l'Occident chrétien, il y a scandale chaque fois qu'on évoque la sexualité de Jésus-Christ, que les conciles définissent pourtant comme «vrai Dieu, vrai homme».
Peut-on être «vrai homme» sans sexualité?
«Vrai Dieu», oui, évidemment, mais «vrai homme»?
Faute de sexualité de Jésus à se mettre sous les yeux et à décrire avec délectation, on fait des films où on exerce son imagination.
Ou on s'intéresse à celle de Gandhi et on croit déboulonner celui-ci en montrant qu'il en avait une, malgré ses vœux.
On imagine, avec raison, que l'Inde ressentira ce déboulonnage comme une attaque à sa dignité nationale.
Il y aura des manifestations.
Des menaces de mort.
Mais peut-être l'Inde n'est-elle pas comme je l'imagine.
Le pays du Kâmasûtra n'est peut-être pas à ce point pénétré du puritanisme anglo-saxon, malgré la colonisation.
Peut-être que oui.
Quoi qu'il en soit, la sexualité occupe une grande partie de la «vie de l'esprit» quelle que soit la définition qu'on donne de celle-ci (oserais-je dire la plus grande partie?) mais on ne doit pas en parler, ni faire voir qu'on s'y intéresse vivement.
Surtout pas à celle des idoles de la religion ou de la pensée.
À celle des vedettes, oui, mais elles sont faites pour cela. Ce sont des suppôts de Satan. Comme lui (quoi, un être immatériel avec un sexe et une sexualité?), elles ne pensent qu'à cela.
Mais pas nous, cela serait indigne de nous.




L'amour est toujours involontaire

Voilà une personne prise en flagrant délit d'ignorance.
La comtesse Second Empire et Troisième République croit qu'on choisit les personnes qu'on aime.
Peut-être croit-elle aussi que les personnes qui deviennent amoureuses de nous le font par choix.
Que c'est par pure méchanceté que les personnes qui ne nous aiment pas ne sont pas amoureuses de nous.
Non, comtesse, l'amour nous tombe dessus, autant celui que l'on éprouve pour quelqu'un que celui que quelqu'un éprouve pour nous.
L'amour est involontaire.
Il ne provient pas de la volonté mais de ce qui est plus fort que nous, il provient du désir.
Parfois ce que nous aimons n'est pas digne d'être aimé mais on l'aime quand même.
Et parfois les personnes qui nous aiment nous aiment malgré eux, malgré nous.
Malgré ce que nous sommes.
Ce qu'on peut choisir c'est de tenter de ne pas nous abandonner à l'amour qu'on éprouve, mais impossible de cesser de l'éprouver.
Tout ce qui peut nous libérer d'un amour c'est un autre amour, qu'on ne choisit pas non plus d'éprouver.
Quelles naïves, quelles mijaurées ces comtesses Second Empire et Troisième République qui se mêlaient d'écrire des pensées!
Racine s'y connaissait mieux qui écrivait les tourments de l'amour involontaire de Phèdre pour Hippolyte, le fils de son mari Thésée:

Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d'Égée
Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner:
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants!
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens:
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J'adorais
Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J'offrais tout à ce dieu, que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. Ô comble de misère!
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son
[père.
Contre moi-même enfin j'osai me révolter:
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre,
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée!
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J'ai revu l'Ennemi que j'avais éloigné:
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée:
C'est
Vénus toute entière à sa proie attachée.