En 1926, un homme se tenait dans la jungle étouffante de Guinée française, animé d'une mission digne d'un roman noir. Il ne cherchait ni or ni épices, mais un moyen de réécrire les lois de la nature.
Ilya Ivanov était un biologiste respecté, persuadé de pouvoir combler le fossé entre l'homme et ses plus proches parents évolutifs. Il ne travaillait pas seulement dans le secret ; il bénéficiait du soutien financier total du gouvernement soviétique.
L'URSS lui avait accordé l'équivalent d'un million de dollars actuels pour prouver que l'homme n'était pas une création unique. Elle voulait démontrer que l'homme n'était qu'une bête, manipulable et perfectible.
Ivanov se rendit en Afrique pour mener des expériences qui révulseraient la plupart des gens. Il commença par tenter d'inséminer des femelles chimpanzés avec du sperme humain.
Mais la jungle était un laboratoire cruel. La chaleur était accablante, les animaux difficiles à maîtriser, et la population locale se méfiait de plus en plus des activités de cet étranger.
Il retourna en Union soviétique sans avoir obtenu la moindre grossesse. Mais cet échec ne freina pas son ambition ; au contraire, il le rendit plus désespéré.
En 1929, il se tourna vers un projet encore plus controversé. Il commença à rechercher des volontaires humaines prêtes à être inséminées avec du sperme de singe.
Il trouva cinq femmes disposées à participer à cette expérience radicale. Mais avant que les essais ne puissent commencer pleinement, son dernier orang-outan mâle mourut sur la table d'opération.
Le temps pressait et le contexte politique en Russie changeait rapidement. L'État qui l'avait autrefois financé considérait désormais ses échecs comme une honte.
Il voyait leurs yeux. Il voyait leur force. Il voyait leur potentiel.
En 1930, la police secrète l'arrêta lors d'une vaste purge visant les scientifiques n'ayant pas obtenu de résultats. Il fut exilé dans les étendues glacées du Kazakhstan, loin des primates qu'il étudiait.
Il mourut en 1932, un homme brisé dont l'œuvre de toute une vie resta enfouie dans des archives classifiées pendant des décennies. Le rêve d'une armée hybride ou d'un nouvel homme socialiste s'éteignit avec lui.
Aujourd'hui, son histoire nous rappelle cruellement les conséquences désastreuses de l'idéologie sur l'éthique. Nous sommes toujours confrontés aux questions qu'il a soulevées quant aux limites de l'exploration scientifique.
Une science sans boussole morale est une voie périlleuse.


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