dimanche 11 janvier 2026

L’origine de l’expression anglaise « turn a blind eye »


L'amiral Sir Hyde Parker voyait ses navires se faire déchiqueter et craignait une perte totale. Il ordonna une retraite tactique, un ordre qui aurait conduit à l'échec de la mission. Mais son second était un homme d'une tout autre trempe.

L'amiral Horatio Nelson était un vétéran de nombreuses guerres et portait les stigmates de son service. Il avait perdu son bras droit lors d'un raid infructueux et était aveugle de l'œil droit. Debout sur le pont de son navire amiral, l'Elephant, il observait les signaux de son supérieur.

Nelson savait que battre en retraite maintenant signifierait la fin de l'influence britannique dans la région. Il se tourna vers son capitaine et fit un choix qui changea le cours de l'histoire. Il n'ignora pas l'ordre par orgueil, mais par la conviction profonde que la victoire était à portée de main.

Avec un sourire en coin qui masquait sa concentration intense, il prit sa longue-vue. Au lieu de la porter à son œil valide, il la leva délibérément vers son œil droit. Cet œil ne voyait que l'obscurité.

« Je n'ai qu'un œil », fit remarquer Nelson aux hommes qui se tenaient près de lui. « J'ai le droit d'être aveugle parfois. » Il maintint la longue-vue stable et scruta les pavillons de signalisation.

Il vit la peur de ses supérieurs. Il vit le doute des bureaucrates. Il vit le chemin vers une victoire qu'ils ne pouvaient imaginer. Il abaissa alors la longue-vue et prononça cette phrase devenue célèbre : « Je ne vois vraiment pas le signal. »

Nelson poursuivit l'attaque de toutes ses forces. Son audace fut payante, et la flotte britannique remporta une victoire décisive qui sauva sa position en Europe. Grâce à ce choix courageux, il fut promu commandant en chef.

Cet acte de bravoure exceptionnel a popularisé l'expression « turn a blind eye » (imparfaitement, en français « fermer les yeux »). Il s'agissait du moment où un chef décida que sa propre intuition était plus juste que les ordres craintifs de ses supérieurs.

Aujourd'hui, nous utilisons cette expression pour décrire quelqu'un qui ignore la vérité. Mais pour Nelson, il s'agissait de voir une vérité que personne d'autre n'avait le courage d'admettre. Il a prouvé que parfois, la plus grande vision naît de celui qui refuse de se laisser abattre.

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