
Il semblerait que la photo en noir et blanc en haut soit la première photo représentant un être humain qui ait été prise.
C'est Louis Daguerre, inventeur du daguerréotype, qui l'a prise grâce à son procédé, vers l'automne 1838 sur le boulevard du Temple à Paris.
La deuxième photo est le même daguerréotype mais celui-ci a été colorisé par l'auteur de ce blogue.
Vous pouvez voir ici où est cet humain sur la photo.
Ou peut-être préférez-vous le voir ici:
1838: Chateaubriand, Balzac, Stendhal, les Romantiques français (Hugo, Lamartine, Vigny, Musset), Nerval, Gauthier, Sand écrivaient déjà, certains depuis longtemps, d'autres étaient déjà nés (Baudelaire, Flaubert, etc.).
On était sous Louis-Philippe.
(Pendant ce temps les Patriotes québécois tentaient de se libérer du joug britannique)
Certains de ceux qui nous présentent cette photo pensent que l'homme qu'on y voit est en train de faire cirer sa chaussure.
Alors il vivait encore comme tous ces écrivains et, comme eux, il a passé comme les éclairs de l'orage.
Mais de lui il ne reste que cette touchante silhouette indistincte, et d'eux il reste tous ces écrits qui ont formé notre langue et une grande partie de notre pensée et de la pensée de l'humanité.
Et que de crimes n'avaient pas encore été commis!
Vous en apprendrez davantage sur ce daguerréotype ici.
vendredi 5 novembre 2010
Première photo d'un être humain
Pauvres nouveaux riches!
Plus j'avance en âge plus j'ai tendance à penser comme ce vieux couple, qui a distribué à divers organismes de bienfaisance et à des parents les 11 000 000 de dollars qu'il avait gagnés à la loterie de Nouvelle-Écosse (on dirait que les Néo-Écossais sont un peu différents des Écossais tels que la rumeur publique les présente dans le monde anglo-saxon).
Et je crois que le destin malheureux de quelques millionnaires instantanés dont on a entendu parler récemment leur donne aussi raison.
(Peut-être ce destin malheureux est-il aussi le lot des gens riches en général, du moins de ceux qui n'ont pas fait eux-mêmes leur fortune: très souvent les héritiers (comme les «heureux» gagnants à la loterie) sont malheureux ou, sinon, rendent les autres malheureux: si tous les visiteurs de ce blogue habitaient à Saguenay, je pourrais écrire ici le nom de quelqu'un qu'ils reconnaîtraient tous et qui, héritier, rend vraiment beaucoup de gens malheureux.
Pour des esprits habitués à un certain niveau de vie, un gain faramineux (ou une perte trop grande aussi bien) peut avoir des effets pervers.
Aussi bien sur leur esprit que sur celui de ceux qui les connaissent ou de ceux qui croient avoir des droits à partager leur gain (personne n'est assez fou pour vouloir partager une perte, n'est-ce pas?).
(L'article original est ici).
Sécurité ou passoire?
Ces deux photos représentent la même personne.
À droite l'apparence qu'elle avait lors de son départ de Hong Kong pour Vancouver.
À gauche, celle qu'elle avait en descendant d'avion à Vancouver.
On pourrait admirer l'habileté du maquillage.
On pourrait féliciter la personne de l'habileté avec laquelle elle a pu réaliser son objectif de demander l'asile politique au Canada.
Mais pour moi qui ai voyagé en Europe récemment, j'avoue ressentir une angoisse rétrospective: s'il y avait eu sur l'un des vols que nous avons empruntés un terroriste aussi intelligent que ce demandeur d'asile politique, que serions-nous devenus?
Les procédures de fouilles et de vérification nous semblent très lourdes dans les aéroports, si lourdes que ce sont en grande partie ces procédures qui m'empêchent de voyager plus souvent.
Mais elles semblent surtout être lourdes pour les personnes comme vous et moi, elles semblent légères pour les terroristes.
Si elles sont aussi inefficaces contre les terroristes et contre les personnes qui ont quelque chose à cacher, à quoi sont-elles utiles?
Juste à embêter les pauvres gens en ne les protégeant pas contre un éventuel attentat?
C'est l'impression qu'on peut avoir.
(L'article original est ici).
jeudi 4 novembre 2010
Petite déesse à la lampe
Cela semble un jour «Musée d'Orsay» pour ce blogue.
Voyez cette charmante déesse, photographiée (subrepticement) à l'intérieur du musée, parce qu'elle portait une lampe pour mieux nous éclairer sur les secrets de l'art et de la divinité peut-être.
Elle est bien de son siècle (le 19e évidemment) avec son sourire sans mystère.
Inconfort et Monet
C'est une photo délinquante du Musée d'Orsay (où toute photo est interdite pour des questions de droits d'auteurs sans doute).
Peut-être y reconnaissez-vous deux des tableaux de Monet sur les variations de lumière sur la façade de la cathédrale de Rouen à différentes heures du jour (il y en a une vingtaine en tout, peints entre 1892 et 1894).
(Voyez ci-dessous les deux qui sont présents sur la photo, je crois).
Je ne voulais pas contrevenir aux droits d'auteurs en vous présentant cette photo, je voulais vous signaler l'inconfortable emplacement des notices des tableaux.
Elles sont si basses, ces notices, que si on les lit toutes on sort du musée avec un sérieux mal de dos car il faut se pencher vraiment beaucoup pour les lire (surtout qu'elles sont petites et que le corps de la police choisie, pour être élégant, est bien petit lui aussi).
Évidemment les petits orifices où on les accroche font partie d'une élégante rangée d'orifices qui correspond à la rangée d'orifices auxquels on accroche les tableaux (voyez la photo).
Mais Dieu qu'on a sacrifié les dos des visiteurs à l'élégance de la présentation.
Peut-être, en surélevant les supports des notices (au moyen d'une tige plus longue), peut-être aurait-on pu concilier élégance et confort.
(C'est une suggestion)

mercredi 3 novembre 2010
Musique et chagrin et... bonheur
De passage à Québec la semaine dernière pour cause d'examen oculaire (pour moi), nous sommes allés voir (une fois l'examen terminé je pouvais encore voir) le film «Mein Name Ist Bach», en allemand sous-titré français.
Au cinéma Cartier (voir photo ci-dessous, qui n'est pas de moi: le cinéma partage son entrée avec une pharmacie).
(Note 1: j'aime toujours mieux les films dans leur langue originelle avec des sous-titres, car j'aime les sous-titres, ce sont des mots, pas des paroles, et on peut les voir, comme les images qui constituent le film: les films avec des sous-titres sont faits de mots autant que d'images, et moi je préfère les mots à tout).
(Note 2: le titre en allemand fait bien voir que l'anglais est une langue germanique, frère de l'allemand).
Le film m'a beaucoup touché pour diverses raisons:
1. il m'a fait connaître les origines de «L'Offrande musicale» de Jean-Sébastien Bach (je vous en fais entendre une partie ci-dessous, très belle);
2. il m'a fait entrer dans la vie quotidienne de Jean-Sébastien Bach (il était pour moi comme un Dieu abstrait, le dieu mathématicien des «Variations Goldberg»: il est devenu un être humain plus grand que Dieu et à qui Dieu, s'il existe, doit tout, selon le mot de Cioran);
3. il m'a fait connaître, comme des personnes et pas seulement comme des musiciens, deux des fils de Bach: Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emanuel;
4. il m'a fait connaître toute l'horreur de la vie de Frédéric II de Prusse dont le père a fait exécuter devant lui, quand il avait 18 ans, son amant -Hans Hermann von Katte-, le seul homme, sans doute le seul humain, qu'il ait jamais aimé (c'est l'origine lointaine de la prussification de l'Allemagne et de deux inexpiables massacres du 20e siècle dont cette Allemagne prussifiée est responsable)
(On peut considérer Frédéric II comme un écrivain francophone, la majorité de ses œuvres ont été écrites en français: c'était pour ne pas écrire -ou parler- la langue répugnante de son père).
Et voici, comme une fleur qui naît du fumier, comme toute œuvre humaine, un extrait de «L'Offrande musicale» dont le thème a été donné à Bach par Frédéric II (c'était une sorte de défi):

dont ma femme vous a parlé ici)
Boules?
Je me demande si Matisse n'a pas fait de l'esprit en intitulant « Joueurs de boules » cette toile -aujourd'hui au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg- où l'on voit des jeunes hommes inexplicablement nus manipulant effectivement des boules.
Quelle concentration!
Peut-être sommes-nous devant ce qu'on appelle en psychanalyse un « déplacement ».
(Je vous parle de Matisse qui est décédé en ce jour en 1954).
Se lever avec les poules
Ceux qui parlent français, quand ils se lèvent tôt (ce qui n'a jamais été mon cas, je vous l'assure, excepté quand j'y ai été obligé, malgré moi, dans des circonstances inopportunes), «se lèvent à l'heure des poules», selon l'expression idiomatique que vous connaissez, alors que ceux qui parlent anglais «se lèvent avec l'alouette» (they «get up with the lark»).
Étant donné certains sens de «poule» (dont, par exemple, «cocotte» - sens numéro 4), je me demande si ce n'est pas pour mieux fonder et préserver leur réputation de séducteurs que ceux qui parlent français ont «pondu» cette expression idiomatique.
Quant à ceux qui parlent anglais, ils ont toujours eu, ont, auront de telles pulsion de «plumer l'alouette» (comme dans la chanson), que s'ils se lèvent avec elle c'est peut-être pour mieux la plumer, la pauvre oiselle, comme ils l'ont fait, le font, le feront aux pauvres oiseaux que nous sommes tous pour eux.
Voici la chanson:
Alouette, gentille Alouette
Alouette, gentille Alouette
Alouette, je te plumerai.
Je te plumerai la tête,
Je te plumerai la tête,
Et la tête, et la tête,
Alouette, Alouette, Aaaah...
Alouette, gentille Alouette,
Alouette, je te plumerai.
Alouette, gentille Alouette,
Alouette, je te plumerai.
Je te plumerai le bec,
Je te plumerai le bec,
Et le bec, et le bec,
Et la tête, et la tête,
Alouette, Alouette, Aaaah...
Alouette, gentille Alouette,
Alouette, je te plumerai.
et le nez... et le dos... et les jambes...
et les pieds... et les pattes... et le cou.
mardi 2 novembre 2010
Température du 2 novembre à Saguenay
Fruit de la mâcreAutres réverbères à Québec
Au premier plan, des réverbères sur les Plaines d'Abraham avec, à l'arrière-plan, la tour de l'Hôtel du Parlement à Québec où flotte le drapeau national du Québec là où il a flotté la première fois, le 21 janvier 1948 à 15h, remplaçant, également pour la première fois depuis la Conquête de 1760, le drapeau britannique (l'Union Jack).
Le drapeau du Québec est inspiré (pour les lys) du drapeau vainqueur de la bataille de Fort Carillon remportée par les troupes franco-québécoises en 1758 contre les forces anglaises.
La beauté (ou la laideur) est dans les yeux, pas dans les objets
Voici comment Marcel Proust, avant d'écrire «la Recherche du temps perdu», raconte l'aventure de la peinture de Chardin au 18e siècle, aventure qui a consisté en bref à rendre les petites gens ou les objets, tout ce qu'on ne peignait pas jusqu'à lui, aussi dignes d'être peints que ceux qui croyaient avoir du sang bleu ou un droit divin à voir leurs traits immortalisés dans les tableaux.
(Il est question dans ce passage tiré du «Contre Sainte-Beuve» d'un jeune homme qui trouve la vie insipide parce qu'il n'y aperçoit que des choses vulgaires).
Si je connaissais ce jeune homme, je ne le détournerais pas d'aller au Louvre et je l'y accompagnerais plutôt ; mais le menant dans la galerie Lacaze et dans la galerie des peintres français du XVIIIe siècle, ou dans telle autre galerie française, je l'arrêterais devant les Chardin. Et quand il serait ébloui de cette peinture opulente de ce qu'il appelait la médiocrité, de cette peinture savoureuse d'une vie qu'il trouvait insipide, de ce grand art d'une nature qu'il croyait mesquine, je lui dirais : Vous êtes heureux ? Pourtant qu'avez-vous vu là? qu'une bourgeoise aisée montrant à sa fille les fautes qu'elle a faites dans sa tapisserie (La mère laborieuse), une femme qui porte des pains (la Pourvoyeuse), un intérieur de cuisine où un chat vivant marche sur des huîtres, tandis qu'une raie morte pend aux murs, un buffet déjà à demi dégarni avec des couteaux qui traînent sur la nappe (Fruits et Animaux), moins encore, des objets de table ou de cuisine, non pas seulement ceux qui sont jolis, comme des chocolatières en porcelaine de Saxe (Ustensiles variés), mais ceux qui vous semblent le plus laids, un couvercle reluisant, les pots de toute forme et toute matière (la Salière, l'Écumoire), les spectacles qui vous répugnent, poissons morts qui traînent sur la table (dans le tableau de la Raie), et les spectacles qui vous écœurent, des verres à demi vidés et trop de verres pleins (Fruits et Animaux). Si tout cela vous semble maintenant beau à voir, c'est que Chardin l'a trouvé beau à peindre. Et il l'a trouvé beau à peindre parce qu'il le trouvait beau à voir.Comme Proust dans «la Recherche», Chardin fait voir que la beauté des objets et des gens ne réside pas en eux-mêmes mais dans les yeux qui les regardent.
C'est aujourd'hui l'anniversaire de la naissance de Chardin (2 novembre 1699), voici son auto-portrait:
lundi 1 novembre 2010
Température du 1er novembre à Saguenay
Jour du salsifis
11e jour du mois de brumaire
dans le calendrier républicain français.
Fleur de salsifisEt tout cela est folie pour le monde
Pour commémorer la mort à Venise d'Ezra Pound (1er novembre 1972), voici un poème tiré de «Poems from Ripostes» (1912) et une traduction française proposée.
Le poète, en s'appuyant hélas sur les idées horribles du régime fasciste italien, a pu prévoir l'horrible chose que deviendraient les États-Unis, et la dénoncer d'avance.
Ce poème date d'une période antérieure.
A Girl
The tree has entered my hands,
The sap has ascended my arms,
The tree has grown in my breast-
Downward,
The branches grow out of me, like arms.
Tree you are,
Moss you are,
You are violets with wind above them.
A child - so high - you are,
And all this is folly to the world.Une Jeune Fille
L'arbre a pénétré mes mains,
La sève est montée le long de mes bras
L'arbre a poussé dans ma poitrine-
Tête en bas,
Les branches sortent de moi, comme des bras.
Arbre, vous l'êtes
Mousse, vous l'êtes
Vous êtes violettes surplombées par le vent
Enfant -si grand- vous l'êtes
Et tout cela est folie pour le monde.
Un Michael Jackson comme suscité par la nature
Je trouve cette nouvellement découverte race de singes vraiment étrange.
Certains éléments du visage du singe de la photo le rapprochent du visage de Michael Jackson à la fin de sa vie.
Comme si la nature avait voulu faire savoir que la technique (en particulier la technique de la chirurgie esthétique) ne peut rien inventer qui ne l'ait déjà été.
(Cliquez sur l'image ou ici pour être conduit à l'article original).
Requiem pour un bistro disparu

C'est la salle à manger (photo 1) et le bar (photo 2) du bistro Sainte-Victoire de l'Hôtel Royal William à Québec (je vous en ai déjà parlé dans ce blogue, ici).J'ai constaté en passant devant, sur le boulevard Charest, que le bistro était fermé.
À mon grand regret car d'excellents souvenirs lui étaient attachés.
C'était une sorte de bistro-jazz (voir le petit piano à queue dans la photo ci-dessous et une autre vue de la salle à manger) où il faisait bon, parfois, de prendre le petit déjeuner quand je séjournais à l'hôtel (toujours ouvert, lui), ou l'apéro, ou le repas du soir après une longue journée au siège de l'Université du Québec situé tout près devant le Jardin Saint-Roch.
La cuisine était très bien, les vins excellents et il y avait parfois des expositions de tableaux.
Le décor tendait vers l'« Art déco » et les années cinquante.
Hélas, hélas, un petit pan de mon passé est disparu.
Un autre encore.

Dans l'interprétation de Dalida, c'est la deuxième strophe de la chanson qui est d'abord chantée, puis la première, puis une deuxième fois la deuxième. Dalida ne chante pas non plus la troisième strophe (hélas encore !).
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s'éteint
Ce soir, c'est une chanson d'automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains
Que reste-t-il de nos amours ?
Que reste-t-il de ces beaux jours ?
Une photo, vieille photo de ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux,
Des mois d'avril, des rendez-vous ?
Un souvenir qui me poursuit sans cesse
Bonheur fané, cheveux au vent
Baisers volés, rêves mouvants
Que reste-t-il de tout cela ?
Dites-le-moi!
Un petit village,
Un vieux clocher
Un paysage
Si bien caché
Et dans un nuage,
Le cher visage
De mon passé.
Les mots, les mots tendres qu'on murmure
Les caresses les plus pures
Les serments au fond des bois
Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
Dont le parfum vous enivre
Se sont envolés, pourquoi ?
«Soudain l'été dernier» des «Têtes heureuses»
Je pense qu'il y a dans cette photo de dionée attrape-mouche, dans cette position,
des éléments qui permettraient
de lever certains mystères du texte,
de la représentation, des personnages, des péripéties
de «Soudain l'été dernier»
J'ai assisté hier après-midi (dimanche) à la représentation par «Les Têtes heureuses» de «Soudain l'été dernier» (la lien renvoie au film de Mankiewicz mais on peut y lire l'argument de la pièce) de Tennessee Williams.
«Soudain l'été dernier» est un poème textuel (pléonasme? songez que cela est présenté comme un texte théâtral).
«Les Têtes heureuses» l'ont transformé, le transforment, en un poème théâtral.
Chaque élément de «Soudain l'été dernier» répond en effet à un autre, comme les rimes dans un poème.
Dans un texte comme «Soudain l'été dernier», comme dans un roman, -ou dans toute littérature- ces rimes s'appellent (c'est «ma tasse de thé») des «mises en abyme», ou des «réflexions», ou des éléments de réflexivité, ou des «motifs», voire des leitmotivs (c'est le pluriel de «leitmotiv» en français).
Peut-être devrait-on parler de «rimes de contenu» pour parler le langage des traducteurs français de Louis Hjelmslev.
«Soudain l'été dernier» est même un grand poème puisque chaque élément ne répond pas seulement à un autre mais à plusieurs autres, et renvoie à l'ensemble.
«Soudain l'été dernier» est un poème polyphonique.
Cette plante carnivore du jardin de Sébastien -le personnage mort sur lequel repose toute l'histoire- cette «dionée attrape-mouche» («Venus flytrap» dans le texte original) renvoie au mode de fonctionnement de ce Sébastien pour attraper des amants… et pour attraper des poèmes (qui eux-mêmes renvoient au texte qui les contient, du moins on peut le présumer)
Le récit du début de la pièce -fait par la mère de Sébastien- sur les bébés tortues dévorées dès leur éclosion sur les plages noires des Îles Galapagos par les oiseaux noirs affamés qui noircissent le ciel de leur vol tourbillonnant, ce récit annonce le récit de la fin (littéralement) -fait par Catherine, la cousine de Sébastien, qui a remplacé la mère de celui-ci dans son stratagème attrape-amants, attrape-poèmes- de la mort du blanc vêtu de blanc Sébastien, dévoré vivant par les essaims tourbillonnants et affamés des petits mendiants espagnols de Cabeza de Lobo.
Peut-être le stratagème de la mère de Sébastien pour obtenir par le chantage et l'argent le discrédit du témoignage de Catherine est-il aussi une variante de ces rimes et de l'activité de la «dionée» (tous les personnages ne sont-ils pas des «dionées»?).
La mise en scène (Rodrigue Villeneuve), le décor (Michel Gauthier), l'éclairage (Alexandre Nadeau), le son (Patrice Leblanc), le jeu des comédiens (particulièrement celui -profond, prodigieux- de Maude Cournoyer, qui joue Catherine, et celui de Lucille Perron, qui joue la mère de Sébastien) transforment ce poème textuel en poème théâtral, comme je l'ai dit.
Les éléments du texte ont de subtiles «rimes» de lumière que le magnifique décor nous renvoie, -décor blanc pour pouvoir renvoyer et reprendre toutes les lumières et toutes les obscurités (le texte dit «jardin», une douce «rime» de lumière verte s'élève; «plages noires des Galapagos», «rime» de lumière sombre; «blancheur éclatante de Cabeza de Lobo», «rime» de lumière presque aveuglante).
Des «rimes» sonores (est-ce le mot? musicales?), subtiles elles aussi, répondent avec finesse au texte.
Les personnages «riment» entre eux aussi, surtout les deux protagonistes principaux, la mère et la cousine de Sébastien (il me faudrait relire et revoir la pièce pour expliciter ces «rimes» pour tous les personnages).
D'un poème polyphonique, «Les Têtes heureuses» ont fait, font, une représentation théâtrale polyphonique.











