dimanche 22 août 2010

Le perdant a gagné

J'ai beaucoup ri à la représentation du «Conte bancaire de Piédestal», à la salle Murdoch vendredi dernier.
Que dis-je rire? Je me suis esclaffé, tapé les cuisses, ai trépigné.
Et la foule de spectateurs autour de moi aussi.
Piédestal est le clown «perdant», celui qui attire à la fois l'antipathie et le malheur, et à qui rien ne réussit.
Mais l'étonnant c'est l'habileté diabolique avec laquelle il attire la collaboration empressée des spectateurs
dans son projet de suicide (et il a transformé ses collègues clowns aussi en spectateurs, voir ces collègues ici).
Il y a là comme un paradoxe: le prétendu «perdant», qui joue à celui qui ne réussit rien, réussit à faire entrer tout le monde dans son jeu.
C'est à qui l'aidera de la manière la plus efficace à réussir son suicide.
Cela fait penser à cette expérience de la télé française dont on a parlé l'hiver ou le printemps dernier.
Des participants devaient infliger des souffrances à d'autres participants si ceux-ci n'accomplissaient pas une certaine performance (je ne me souviens plus laquelle: donner la bonne réponse à une question?).
Et après la représentation du «Conte bancaire», après avoir tapé des mains, après avoir avec enthousiasme crié à Piédestal (à son instigation) «Tue-toi! Tue-toi!Tue-toi!», après avoir observé en riant à gorge déployée les préparatifs de son exécution (car, sinon une exécution, c'était au minimum un suicide assisté tant les spectateurs mobilisés par le clown y prenaient part), on se surprenait à s'interroger sur soi-même...
Ce rire et cette jubilation qu'on avait si habilement suscités chez nous étaient-ils un piège, un stratagème permettant de révéler une facette cachée de notre être?
Le piège a parfaitement fonctionné, le piège de Piédestal était presque parfait.
Le perdant a gagné.
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