Une fillette de huit ans fut envoyée outre-mer pour épouser un inconnu.
Elle ne serait jamais couronnée reine, mais tous les monarques anglais qui lui ont succédé descendent d'elle.
Son nom était Mathilde.
En 1110, la fille du roi d'Angleterre fut envoyée en Allemagne pour épouser Henri V, un homme de près de vingt ans son aîné qui allait bientôt devenir empereur du Saint-Empire romain germanique. À douze ans, elle était couronnée reine des Romains. À la fin de son adolescence, elle gouvernait l'Italie tandis que son époux réprimait les rébellions au nord des Alpes.
Elle apprenait alors les rouages du pouvoir.
Puis survint le désastre qui changea le destin de l'Angleterre.
En 1120, un navire nommé le Navire Blanc heurta un rocher et coula au large des côtes normandes. Presque tous les passagers périrent noyés, y compris le frère unique de Mathilde, le seul héritier mâle légitime du trône d'Angleterre.
Du jour au lendemain, elle devint indispensable.
À la mort de son époux en 1125, Mathilde revint en Angleterre, portant le titre d'impératrice comme une armure. Son père, le roi Henri Ier, fit un acte sans précédent : il contraignit toute la noblesse anglaise à jurer d’accepter une femme comme souveraine.
Tous prêtèrent serment.
Y compris son cousin, Étienne.
Puis Henri Ier mourut.
Étienne rompit son serment quelques semaines plus tard. Alors que Mathilde était enceinte et incapable de voyager, il s’empara de Londres, du trésor et de la couronne qui aurait dû lui revenir.
L’Angleterre sombra dans dix-neuf années de guerre civile si féroce que les chroniqueurs écrivirent : « Le Christ et ses saints dormaient. »
Mathilde ne se rendit pas.
En 1141, ses troupes capturèrent Étienne lui-même. Elle fut proclamée Dame d’Angleterre et préparée pour son couronnement à Londres. Mais lorsqu’elle exigea des impôts et l’obéissance – un ton que les chroniqueurs décrivent comme impérieux –, la ville se rebella.
Une foule la chassa de Westminster avant même que la couronne ne puisse toucher sa tête.
La guerre s’éternisa.
Cet hiver-là, prisonnière du château d'Oxford, les forces ennemies se rapprochant, Mathilde parvint à s'échapper. Par une nuit glaciale, elle fut descendue des remparts à l'aide d'une corde, enveloppée de blanc. Elle traversa la Tamise à pied, invisible sous la neige, puis parcourut des kilomètres en territoire ennemi pour se mettre en sécurité.
Si un roi avait accompli un tel exploit, l'histoire serait devenue légendaire.
Pour Mathilde, il s'agissait de survivre.
En 1148, épuisée mais inébranlable, elle se retira en Normandie. Elle n'avait pas conquis la couronne, mais elle n'avait pas perdu la guerre. Elle avait un fils, Henri, et elle consacra les années suivantes à le préparer à reconquérir ce qui lui avait été volé.
En 1153, après la mort de l'héritier légitime d'Étienne, les barons imposèrent un accord. Étienne pouvait régner à vie, mais Henri, fils de l'impératrice, hériterait du trône.
La guerre prit fin non par une bataille, mais par une signature.
Un an plus tard, Étienne mourut.
Le 19 décembre 1154, le fils de Mathilde fut couronné Henri II d'Angleterre. La dynastie Plantagenêt était née.
Pendant les trois siècles suivants, sa lignée régna sur l'Angleterre. Son arrière-petit-fils scella la Magna Carta. Parmi ses descendants figurent Richard Cœur de Lion et tous les monarques anglais qui ont suivi, jusqu'à nos jours.
À la mort de Mathilde en 1167, son fils, qui se proclamait fièrement « fils de l'Impératrice », déclara qu'il n'y avait rien au monde qui lui soit plus cher que sa mère.
Son épitaphe disait :
Grande par sa naissance, plus grande encore par son mariage, la plus grande par sa descendance.
Elle ne porta jamais la couronne d'Angleterre.
Mais elle s'assura que son sang la porterait à jamais.
Des siècles plus tard, lorsque Marie Tudor devint la première reine couronnée d'Angleterre, elle suivit le chemin tracé par Mathilde à travers la guerre, l'hiver et le refus.
L'Impératrice ne conquit pas le trône.
Elle a remporté quelque chose de plus durable.
Elle a prouvé qu'une femme pouvait se battre pour cela et a transformé la nature même du pouvoir.


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