mercredi 8 avril 2026

La contribution de la religion à la civilisation selon Bertrand Russell

La religion a-t-elle apporté une contribution utile à la civilisation ? Par Bertrand Russell (1930)
« Ma propre conception de la religion est celle de Lucrèce*. Je la considère comme une maladie née de la peur et comme une source de souffrances indicibles pour l'humanité. Je ne peux toutefois nier qu'elle ait apporté certaines contributions à la civilisation. Elle a permis, à l'aube de l'humanité, d'établir le calendrier, et elle a incité les prêtres égyptiens à consigner les éclipses avec une telle précision qu'ils finirent par être capables de les prédire. Je reconnais volontiers ces deux services, mais je n'en connais aucun autre… Le savoir existe, celui qui permet d'assurer le bonheur universel ; le principal obstacle à son utilisation à cette fin est l'enseignement religieux. La religion empêche nos enfants de recevoir une éducation rationnelle ; la religion nous empêche d'éliminer les causes profondes de la guerre ; la religion nous empêche d'enseigner l'éthique de la coopération scientifique au lieu des anciennes doctrines féroces du péché et du châtiment. Il est possible que l'humanité soit à l'aube d'un âge d'or ; mais, si tel est le cas, il faudra d'abord terrasser le dragon qui en garde la porte, et ce dragon, c'est la religion. »
— Bertrand Russell, Russell on Religion (1999), Partie IV : Religion et morale, Essai 16 : La religion a-t-elle apporté une contribution utile à la civilisation ? (1930), p. 175-176
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* Contexte : Lucrèce et Russell
Lucrèce était un poète et philosophe romain de renom de la fin de la République, qui jouit d’une grande notoriété de son vivant. Son unique œuvre conservée est le poème philosophique « De rerum natura », généralement traduit par « De la nature des choses », qui expose les principes et la philosophie épicuriens. Il est à noter que, selon les critères actuels, ni le philosophe grec Épicure ni le poète romain Lucrèce ne seraient considérés comme athées au sens moderne du terme, car ils ne niaient pas ouvertement l’existence des dieux. Au contraire, les dieux épicuriens de la Grèce et de la Rome antiques incarnaient des personnifications des forces naturelles, composées d'« atomes » matériels, et restaient détachés des affaires humaines, offrant ainsi un contraste saisissant avec la divinité judéo-chrétienne-islamique. L'analyse de la religion par Bertrand Russell fut profondément influencée par Lucrèce, une influence que Russell reconnaissait souvent. Selon Lucrèce, la religion cultive un désir irrationnel, ou naît du désir, de rendre le monde plus hospitalier malgré son apparente indifférence. De ce fait, la religion ne peut offrir qu'une voie illusoire vers le bonheur, une perspective que Russell partageait pleinement.
« Repose-toi, mon frère, repose-toi. As-tu bien ou mal agi ? Repose-toi, repose-toi. Il n'y a point de Dieu, point de dieux qui demeurent couronnés d'une justice vengeresse dans les cieux, ni de ministres sinistres de leur haine en enfer. »
Lucrèce
 

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