mercredi 20 février 2008

Éclipse

Suivez-vous l'éclipse de lune qui a lieu à l'heure actuelle au-dessus du Québec et qui est particulièrement visible de Saguenay? Nous tentons d'en faire des photos. Si nous réussissons je vous en présenterai demain. Mais le spectacle en lui-même est fascinant. Les Anciens diraient que la Terre s'interpose entre Apollon et Artémis. Que fera le dieu s'il perd sa soeur de vue? Voici l'«Artémis au bain» de François Boucher (1742)

(Cliquer pour voir de près la merveilleuse chair divine)

Castrats, hautes-contre, contreténors

(La Création de l'homme par Michel-Ange, à la Chapelle Sixtine. Cliquer pour zoomer)

Le film Farinelli (à droite Carlo Broschi, dont le nom de théâtre était Farinelli, dans un tableau de l'époque (Corrado Giaquinto)) de Gérard Corbiau m'a permis de découvrir un ensemble de chanteurs qui perpétuent dans le temps présent la tradition des castrats qui ont fait les beaux jours des opéras baroques aux 17 et 18e siècles.
Et qui ont fait aussi les beaux jours des
choeurs et chorales ecclésiastiques, dont le choeur de la Chapelle Sixtine au Vatican. Le dernier castrat du chœur de la Chapelle Sixtine -Alessandro Moreschi- est d'ailleurs décédé à Rome en 1922 seulement (il y a des enregistrements de sa voix datant de 1902).
Il m'a permis également de découvrir les opéras de Georges Frédéric Haendel, et particulièrement Rinaldo dont l'air le plus célèbre -que je veux vous faire entendre dans différentes interprétations- est Lascia ch'io pianga. En voici les paroles:


Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libertà
E che sospiri,
e che sospiri la libert
à
Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libert
à

Il duolo infranga
queste ritorte
de miei martiri
sol per piet
à,
de miei martiri
sol per pietà.
Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libert
à
E che sospiri,
e che sospiri la libert
à
Lascia ch'io pianga
mia cruda sorte,
E che sospiri la libert
à

La première interprétation est celle du film. La voix de Farinelli est composée des voix d'un contreténor (Derek Lee Ragin) et d'une soprano colorature (Ewa Małas-Godlewska). La voici:




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Interruption
Je vais vous présenter plus tard les autres interprétations: il est 17h25 et je dois prendre l'apéro (un excellent et pas cher Pinot noir-Vin de pays d'Oc de Laroche).
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Reprise
Il est maintenant 20h45. Excusez-moi de l'interruption, mais c'est aujourd'hui mon anniversaire et j'ai décidé de prendre les choses plus calmement sans toutefois faillir à mon devoir(?). Voici donc maintenant les autres interprétations que je vous avais promises de l'
aria de Haendel. Il y en a deux.
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La deuxième (après celle du film) est celle de Philippe Jaroussky, une haute-contre ou un contreténor moderne. La voix est moins puissante que celle présumée d'un castrat mais plus émouvante peut-être, à cause de l'ascèse qu'on y sent:



La troisième est celle d'une grande cantatrice Angela Gheorghiu, plus rassurante puisque l'aria a été écrite pour une voix de cette tessiture et que la voix de Mme Gheorghiu ne provient pas d'un corps mutilé, si je puis dire, ou d'une voix en quelque sorte bridée:



Peut-être éventuellement parlerai-je de la castration et de son utilisation dans la fabrication de voix puissantes pouvant s'étendre sur quatre octaves pour le bénéfice de l'art.
Peut-être parlerai-je d'autres «mutilations» effectuées pour le bénéfice de l'art, dans la pratique du ballet par exemple.
Pour le moment je vous dirai q
ue la castration a été employée à cause de l'interdiction donnée aux femmes de se produire sur scène ou à l'église, interdiction immémoriale en ce qui concerne la scène et qui durait encore au 18e siècle. Je vais également vous renvoyer à l'article «Castrat» du dictionnaire de Wikipédia.

mardi 19 février 2008

Bilinguisme, polyglottisme, apprentissage. etc.


Il me semble évident que la régression considérable de la qualité du français écrit provient du fait qu'il y a trop peu d'études de langues étrangères dans l'enseignement au Québec. 
Avant la réforme de l'éducation dans les années soixante, à la suite du Rapport Parent -qui a été si mal appliqué pour des raisons (petites) politiques et financières-, il y avait l'enseignement des langues anciennes, le latin et le grec, dont l'étude permettait de mieux faire connaissance avec les structures de sa propre langue.
En principe, l'étude de langues modernes devrait permettre la même chose. Moins bien que l'étude des langues anciennes car l'étude de celles-ci était absolument désintéressée : ce n'était pas pour parler et écrire le latin et le grec qu'on les étudiait mais, presque exclusivement, pour apprendre à parler et surtout à écrire sa propre langue. 
L'étude des langues modernes est plus intéressée, plus utilitaire, celle en particulier de l'anglais, -cette belle langue qui est en train d'être détruite tant elle est réduite aux bases de la communication ; cette belle langue qui est en train de devenir un pidgin international. 
Je suis pour ma part partisan d'un retour à l'étude des langues anciennes. Malheureusement, j'ai pu le constater durant ma longue carrière, ce qu'on étudie à l'école -et même à l'université- très souvent on ne l'étudie pas pour le connaître vraiment, on l'étudie pour passer l'examen ou les tests périodiques. Dès l'examen terminé ou les tests passés on se hâte d'oublier ce sur quoi ils portaient.
J'ai des amis qui ont étudié avec moi qui n'ont aucun souvenir de ce qu'ils ont étudié : c'est comme s'ils avaient perdu cinq, dix années de leur vie. 
Pourquoi vivre longtemps si on a été incapable de vivre les années normales de sa vie (je sais, cette question peut nous mener très loin) ? 
À ma grande honte je me rends compte que des personnes à qui j'ai enseigné ne se souviennent de rien de ce que je croyais leur avoir appris (c'est le pire échec pour un professeur). 
Peut-être, pour vérifier l'apprentissage, faudrait-il autre chose que des examens. 
Une immersion dans les matières de cours. Et pour étudier des langues une immersion dans les sociétés qui leur ont donné naissance.
Il faudrait peut-être reconstituer avec l'aide de robots une ville romaine où l'on ne parlerait que le latin et une ville grecque où l'on ne parlerait que le grec ancien.
Pas nécessaire que ce soit Rome ou Athènes !

Une ville moyenne conviendrait.
On pourrait y vivre ce qu'on est censé apprendre plutôt que l'ânonner.


Apothéose de l'Inconnu(e)

Des ami(e)s qui entretiennent -légitimement ou non- des correspondances électroniques avec des inconnu(e)s m'ont parlé d'une sorte d'effet d'amplification (déification? apothéose (c'est le même sens originellement)?) de leur correspondant(e).
Flaubert (à droite) parlait déjà de cet effet dans Madame Bovary, mais cet effet se produisait dans une correspondance postale, si je puis dire.
L'héroïne, Emma Bovary, écrit des lettres à Rodolphe dont elle est amoureuse. Voici ce qu'elle ressent à l'égard de celui-ci, selon Flaubert, au fur et à mesure que se développe sa correspondance:

«(..) en écrivant, elle percevait un autre homme,
un fantôme fait de ses plus ardents souvenirs,
de ses lectures les plus belles, de ses convoitises
les plus fortes; et il devenait à la fin si véritable,
et accessible, qu'elle en palpitait, émerveillée, sans
pouvoir néanmoins le nettement imaginer,
tant il se perdait, comme un dieu, sous
l'abondance de ses attributs.»

Cet effet de déification mes ami(e)s me disent qu'il allait jusqu'à susciter chez eux du désir et des sentiments passionnés pour leur correspondant(e), et ce qui s'ensuit
parfois...
Ce phénomène, je crois, ressemble à celui qu'on éprouve à la lecture d'un récit littéraire ou non qui nous amène à nous identifier au héros. En tous cas, pour ma part, avant de lire d'une manière distanciée ces textes, j'ai éprouvé un sentiment très fort d'identification à Fabrice* del Dongo, le héros de La Chartreuse de Parme de Stendhal
(ci-dessous)



et au Narrateur d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust (ci-contre).

Mais naturellement l'effet dont me parlent mes ami(e)s, il se produisait à l'égard de personnes qu'ils/elles croyaient réelles: la rencontre de ces personnes dans la réalité était parfois très décevante et démontrait la force de l'imagination de mes ami(e)s et, sans doute, de tous les humains. Une ou deux exceptions cependant: la différence était grande entre le réel et l'imaginaire mais le réel était assez intéressant pour qu'une relation se noue.
Je ne sais pas si on l'a déjà fait mais peut-être pourrait-on écrire un roman qui mettrait en scène différents types d'échanges électroniques et les effets que ces échanges amènent dans ceux qui en sont les protagonistes. Évidemment l'amour est l'amour mais peut-être qu'il serait possible d'en découvrir de nouveaux aspects -et de nouveaux aspects des chagrins et des méprises qui l'accompagnent nécessairement.

* Mais le sentiment à l'égard de ce héros est resté si fort -et celui de ma femme était équivalent au mien- que lorsque est venu le temps de choisir un prénom pour notre fils nous lui avons donné celui de Fabrice.

lundi 18 février 2008

Pourriels 18-02-08

Pour illustrer ce que je vous écrivais dans un message d'hier, dimanche, voici une photo d'écran de mes pourriels d'hier soir et de ce matin. La suite demain:

(Cliquer pour voir mieux)

Sidney Bechet et la clarinette

Oui j'aime bien la clarinette de jazz et particulièrement celle de Sidney Bechet (dont j'ai déjà parlé du morceau «Petite Fleur», le thème de l'émission «Le Cabaret du soir qui penche» que j'écoutais au début des années soixante durant mon adolescence).
Voici «Pleure pas Nelly» que je dédie à la guide de notre voyage de groupe en Grèce, qui s'appelait Héléna mais qui se faisait appeler Nelly, pour se distinguer un peu des centaines de milliers d'Héléna grecques.

Elle était professeur d'université et nous avons bien discuté elle et moi (avec bonheur) de la prononciation véritable du grec ancien. Elle m'accusait de le prononcer comme Érasme, (voyez celui-ci à droite dans la toile d'Holbein) c'est-à-dire en «diphtonguant» (prononçant comme deux voyelles) les doubles voyelles alors que, selon elle (et elle avait raison je crois), les doubles voyelles se prononçaient comme une seule: «kai», par exemple -qui signifie «et» en français et que je prononçais «caille», selon les directives de mes professeurs de grec qui suivaient eux-mêmes Érasme-, se prononçait en réalité «», comme en grec moderne. Comme vous le voyez, les professeurs d'université ont parfois des discussions passionnantes. Dans cette perspective Poséidon se prononce Posidon, etc.
Mais voici un extrait de «Pleure pas Nelly» ( adresse YouTube pour la pièce au complet: Pleure pas Nelly):




Remarquez le beau tourne-disque (on disait «pick-up» dans le Québec des années cinquante) 78-tours. Et dites-moi que c'est bien à la clarinette que Sidney Bechet joue, car il avait beaucoup d'habileté à jouer aussi du saxophone soprano et, à la fin de sa vie en France, il jouait presque exclusivement de cet instrument.
Ce n'est peut-être pas «Pleure pas Nelly» que la pièce musicale devrait s'intituler mais «Pleure pas Jacques», à cause du deuil que celui-ci a dû faire de sa prononciation adolescentine du grec. Un autre deuil, précédé de bien d'autres et que bien d'autres suivront, à cause de l'âge et du passage du temps.

dimanche 17 février 2008

La Clarinette

Les deux interprètes dont il est question dans ce message,
Jean-Philippe Sylvestre à gauche et Sean Rice à droite.


Ce dimanche 17 février à 16h je suis allé au concert des Jeunesses musicales du Canada
auxquelles ma femme nous a abonnés (avec mon accord me rappelle-t-elle, pensant ainsi modérer mes remarques) à la salle Pierrette-Gaudreault du Centre culturel de Jonquière. Les deux artistes en récital était un pianiste (Jean-Philippe Sylvestre) et un clarinettiste (Sean Rice). Ils présentaient des pièces pour piano et clarinette.
Et j'ai découvert que j'aime beaucoup le piano, même seul, ou le violon, même seul, mais pas vraiment la clarinette, du moins quand le concert est composé de pièces de musique classique (ce serait peut-être différent si la musique était du jazz). Le romantisme sombre de Brahms ne résiste pas au son criard de l'instrument et comme c'est ce romantisme et ce caractère sombre que j'aime je n'ai pas pu aimer le concert (je n'y allais pas pour Darius Milhaud ou Weber ou Berg, un peu pour Debussy (où la clarinette a bien fait ) et un peu pour Rossini (idem)).


(photo: Paul Cimon. C'est le Centre culturel de Jonquière.
Cliquer pour zoomer)

Pourriels

Comme vous sans doute je reçois beaucoup de pourriels (que les peuples anglophones et les peuples qui rêvent de l'être appellent «spam» -je trouve que ce mot ressemble à une marque de lessive, ce qui ne convient pas pour les objets qu'il désigne). En particulier depuis que je suis inscrit sur FaceBook (où il n'y a personne de mon âge et, donc, pas beaucoup d'interactivité pour moi). Les robots collecteurs d'adresses électroniques y semblent cependant fort actifs dans leurs tâches infâmes.
Un avantage supplémentaire d'être francophone et francophone en Amérique du Nord, tous les pourriels sont en anglais et ont un objet en anglais. Pas besoin donc de les vérifier, tous les courriels qui sont en anglais sont des pourriels et on peut, automatiquement,
tous les envoyer à la corbeille. Si vous voulez les vérifier donnez-moi votre adresse de courriel, je vous réexpédie tous mes pourriels. Quel que soit votre sexe vous allez pouvoir répondre à des offres faramineuses de viagra, de cialis, de méthodes pour allonger votre pénis ou grossir votre poitrine ou rajeunir votre visage ou que sais-je (mais cela s'adresse aux anglophones je vous le rappelle: ils semblent avoir des besoins infinis en ces domaines)?
Si vous êtes francophone, donc, restez-le jalousement. Et, en outre, changez votre ordinateur pour un Macintosh si vous n'en avez pas déjà. Avoir un Macintosh présente un avantage supplémentaire équivalant à celui d'être francophone: un
Macintosh n'est jamais infecté de virus (qui accompagnent souvent les pourriels mais sont sans pouvoir sur le Macintosh).
Être différents des autres, ne pas être comme les autres, est toujours un avantage. La malédiction de la Tour de Babel (à droite celle du tableau de Brueghel l'Ancien) n'était pas une malédiction, c'était au contraire une bénédiction.
Si c'est vraiment le Dieu de la Bible qui est l'auteur de la malédiction on pourrait dire que, comme d'habitude, il s'est mis le doigt dans l'oeil. Ou que ses croyances concernant les malédictions sont vraiment trop humaines pour être divines.

samedi 16 février 2008

La Belle Noémie

(Cliquer pour zoomer)

Voici la belle Noémie -déjà déesse c'est-à-dire nue- à 6 mois. Elle a de beaux yeux bleus, comme son grand-papa et son papa, et toute la beauté de sa grand-maman et de sa maman. C'est la petite-fille de mon ami Gaston que je jalouse beaucoup car il est bien plus jeune que moi et déjà il est grand-papa. Heureusement, depuis que nous les connaissons, mon ami et sa conjointe Dolorès partagent leurs joies de parents -et maintenant de grands-parents- avec nous. Nous avons connu la belle Nathalie aux
yeux charmeurs -la mère de la belle Noémie- depuis qu'elle a trois ou quatre ans. Nous avons connu son frère Carl (qui a maintenant 17 ans) quand il est né. Et maintenant Nathalie nous permet de connaître sa fille et d'anticiper un peu les joies de la «grand-parentalité».
Noémie a éclairé de son beau sourire et de ses regards séducteurs notre «brunch» du Jour de l'An, et, comme une «étoile» qu'elle est, elle éblouit votre écran d'ordinateur en même temps que le nôtre.
La voici nous présentant un de ses divers talents innés:


(Cliquer pour zoomer)

vendredi 15 février 2008

Littérature et parole divine


Je trouve admirable l'opération par laquelle le peuple juif a rassemblé les différents textes écrits pendant un millénaire et qui formaient sa littérature en un seul livre (appelé, depuis le grec, «la Bible») et s'est fait croire à lui-même comme peuple et, aujourd'hui, à la majorité des humains sur la Terre que ce livre était la parole de Dieu.
En effet, ce qu'on appelle «la Bible», et qui a été écrit tour à tour en hébreu (langue originelle des Juifs) et en araméen (langue de leurs conquérants babyloniens), comprend des épopées, des romans, des chroniques, des recueils de poésies, des satires, etc. comme toutes les littératures. Et ces différents textes ont leurs beautés particulières, comme les textes des autres littératures, mais des beautés qui leur appartiennent en propre, comme les textes des autres littérature ont les leurs, qui leur appartiennent également en propre.
Mais, comme les textes des autres littératures, les textes de la littérature juive n'ont rien de divin. Ou disons plutôt (puisque je suis un littéraire et que c'est ce que je crois)
que tous les textes littéraires de n'importe quel peuple sont aussi divins que les textes littéraires écrits par les Juifs.
Ce que les Juifs ont réussi, et les Chrétiens qui sont leurs héritiers hérétiques (en annexant les Évangiles, les Actes des Apôtres et l'Apocalypse à la Bible hébraïque), et les Musulmans -qui sont d'autres héritiers hérétiques des Juifs- en présentant le Coran comme le dernier état de la parole de Dieu, c'est de faire croire que leur littérature était davantage que ce qu'elle était et davantage que ce qu'étaient les littératures des autres peuples de la Terre. Il est temps, je crois, de mettre fin à cette croyance présomptueuse.
Dieu s'il existe ne parle pas car il n'a pas de bouche. Ou alors, s'il existe, il emprunte pour «parler» la main de tous les écrivains, et tous les textes littéraires sont la «parole» de Dieu, quelle que soit leur origine, quel que soit leur sujet -même trivial-, quelle que soit leur langue.






Et en particulier
«À la recherche du temps perdu» (une page manuscrite ci-dessus) de Marcel Proust (à droite), qui est ma bible à moi, qui me permet de juger toutes les choses et me dicte à chaque instant la conduite de ma vie.

jeudi 14 février 2008

Fabrice le lecteur

(cliquer l'image pour zoomer)

Voilà le résultat des fatigues, rages et humiliations de Zoé (voir message précédent). Fabrice, quelques temps après son entrée à l'école, s'est mis à lire seul, de manière absolument passionnée (remarquez le bras gauche de Fabrice, suspendu sans appui: il est resté ainsi de longues minutes tant il était absorbé par sa lecture). Et cette passion ne s'est jamais vraiment calmée depuis.
Alors que Zoé, magnanime, comme toutes les impératrices byzantines qui se sont succédés sur le trône de Constantin et ont laissé aux prêtres et aux fonctionnaires le soin de lire, n'a jamais appris à lire. Elle n'en avait pas besoin, ses serviteurs s'en chargeant pour elle. Et Fabrice sachant lire seul, elle pouvait désormais jouir à son aise
des genoux de Denise et de tous les genoux que sa grâce distinguait.
À droite Zoé en mosaïque, telle qu'elle devrait l'être à Saint-Vital de Ravenne, près de Justinien et de Théodora (il lui manque l'auréole qui encercle nécessairement la tête des personnages impériaux -par définition divins- mais un problème pictural se pose que je n'ai pas encore résolu)

Zoé, Fabrice, Snoopy, Denise et l'invisible Jacques

(cliquer l'image pour zoomer)

J'ai déjà parlé de notre chatte Zoé. Et promis d'expliquer les termes de sa rivalité avec notre fils Fabrice.
Dans cette perspective la photo ci-dessus est très parlante. On y voit à quel point Zoé est en colère: elle s'agrippe avec rage au seul genou de Denise qui lui reste alors que d'habitude elle jouit -en vertu du droit divin des chats- des deux genoux et même de tout ce qui s'étend autour des genoux. Elle s'y prélasse avec volupté (les chats, -à plus forte raison les chattes-, ne font que ce qui leur donne du plaisir). Dans la situation que présente la photo cette jouissance est impossible, d'où la rage.
Rage encore multipliée par le fait que Denise lit un album de bandes dessinées à Fabrice qui semble y prendre un grand plaisir. Pourquoi faire plaisir à Fabrice? Et quel est le héros de cet album? Un chien! L'ennemi héréditaire des chats! Et quel chien? Ce Snoopy, ce chien californien tant détesté des chats (qui sont des animaux d'origine noble et asiatique) malgré sa popularité auprès des animaux inférieurs, et particulièrement, des humains. Fabrice d'ailleurs ajoute l'insulte à l'injure: il tient sur son coeur un exemplaire en peluche de la race haïssable.
Bref Fabrice accapare Denise -qui appartient à Zoé-; il s'intéresse -de manière indécente- à un ennemi de Zoé et fait en sorte que Denise s'y intéresse aussi; il prive Zoé de sa jouissance des genoux de Denise et fait en sorte de lui causer mille fatigues et humiliations en l'obligeant à s'agripper à un seul genou, dans une position très inconfortable. Quel irrespectueux enfant, semble-t-elle dire au photographe préposé à la propagation de sa divine image! Quand pourrons-nous l'exiler dans une île désolée de notre empire?

mercredi 13 février 2008

Tatouage

Voici un vieux monsieur spirituel et un tatouage parfaitement approprié à la situation.

Boris Vian


Puisque son ami Henri Salvador est mort presque 60 ans après lui, rappelons le souvenir de Boris Vian (à droite), grand écrivain, grand parolier, grand traducteur, mort à 39 ans en 1959. C'est mon ami d'adolescence Jacques Tremblay qui me l'a fait connaître, comme il m'a fait connaître à peu près tous les compositeurs-interprètes français durant notre adolescence et après ainsi que beaucoup de compositeurs classiques (c'est l'une des personnes à l'intervention de laquelle je dois le poste de professeur de littérature que j'ai occupé à l'UQAC pendant 31 ans).
La chanson «Le Déserteur» est universellement connue. Je vais vous la présenter ci-dessous pour mémoire. Mais j'aurais aimé vous présenter une chanson moins connue «J'suis snob» qui montre l'ironie de
Vian. Je vous en présente les paroles:

J'suis snob

J'suis snob... J'suis snob
C'est vraiment l'seul défaut que j'gobe
Ça demande des mois d'turbin
C'est une vie de galérien
Mais quand je sors avec Hildegarde
C'est toujours moi qu'on r'garde

J'suis snob... Foutrement snob
Tous mes amis le sont
On est snobs et c'est bon

Chemises d'organdi, chaussures de zébu
Cravate d'Italie et méchant complet vermoulu
Un rubis au doigt... de pied, pas çui-là
Les ongles tout noirs et un tres joli p'tit mouchoir
J'vais au cinéma voir des films suédois
Et j'entre au bistro pour boire du whisky à gogo
J'ai pas mal au foie, personne fait plus ça
J'ai un ulcère, c'est moins banal et plus cher

J'suis snob... J'suis snob
J'm'appelle Patrick, mais on dit Bob
Je fais du ch'val tous les matins
Car j'ador' l'odeur du crottin
Je ne fréquente que des baronnes
Aux noms comme des trombones
J'suis snob... Excessivement snob
Et quand j'parle d'amour
C'est tout nu dans la cour

On se réunit avec les amis
Tous les vendredis, pour faire des snobisme-parties
Il y a du coca, on deteste ça
Et du camembert qu'on mange à la petite cuiller
Mon appartement est vraiment charmant
J'me chauffe au diamant,
on n'peut rien rêver d'plus fumant

J'avais la télé, mais ça m'ennuyait
Je l'ai r'tournée... d'l'aut' côté c'est passionnant

J'suis snob... J'suis snob
J'suis ravagé par ce microbe
J'ai des accidents en Jaguar
Je passe le mois d'août au plumard
C'est dans les p'tits détails comme ça
Que l'on est snob ou pas
J'suis snob... Encor plus snob que tout à l'heure
Et quand je serai mort
J'veux un suaire de chez Dior!

Et voici «Le Déserteur»:









Salvador: 28 juillet 2002

Voici le billet du spectacle d'Henri Salvador dont j'ai parlé dans le message précédent:


C'était donc en 2002 (c'est le billet de ma femme: elle n'en collectionne qu'un par spectacle et elle a déjà d'épais albums. Mais j'étais à côté d'elle).

L'Âge des artères


La mort d'Henri Salvador (sur la photo ci-contre il est tel que je me souviendrai toujours). J'ai vu son spectacle à la Place des arts l'avant-dernière fois où il est venu au Québec (il y a 3 ou 4 ans: ma femme collectionne les billets de spectacles, elle me dira bientôt la date exacte et je vous la rapporterai). Cette mort nous rappelle que quel que soit notre âge nous avons l'âge de nos artères. Et je ne sais pas si, à l'époque de volontarisme et de prévention où nous sommes, il y a un quelconque moyen (exercice, antioxydants, etc.) pour renforcer ou renouveler le tissu des artères. Mais c'est une course de vitesse: elles finiront toujours en dernière instance par céder si quelque chose d'autres ne cèdent pas auparavant. Chaque pas de la vie est un pas vers la mort.
Mais quelle voix que celle d'
Henri Salvador: pas du tout une voix de Noir, du moins de Noir des États-Unis. Une voix douce de Noir de Guyane et des Antilles. Une voix de bonheur et de rire. Comme dans la chanson douce:





(adresse YouTube: Une Chanson douce)

Henri Salvador compte beaucoup dans notre famille non seulement pour ses qualités de compositeur et d'interprète mais aussi parce qu'il a collaboré très longtemps avec Boris Vian (ils ont composé ensemble des centaines de chansons). Et ma femme -Denise Pelletier- a fait son mémoire de maîtrise en littérature à Aix-en-Provence sur Boris Vian (titre du mémoire: «Analyse structurale de L'Écume des jours de Boris Vian»). En outre Henri Salvador a chanté des chansons merveilleuses comme «Syracuse» qui donne la nostalgie de tous les lieux du monde qu'on n'a pas encore visités:








Offres de chèques à 12,99%

 (Nota bene : Ce billet date d'avant la crise de 2008 mais est significatif).
Vous êtes comme moi titulaires de cartes de crédit
Vous recevez comme moi des offres de chèques « pour payer vos achats là où on n'accepte pas les cartes de crédits ». 
L'intention des compagnies émettrices de cartes est peut-être louable (et sans doute pas du tout altruiste : les temps sont difficiles et il faut quand même, comme on dit, « faire de l'argent »). 
Mais ces compagnies pensent-elles vraiment que nous allons utiliser des chèques qui commandent un taux d'intérêts de 12,99%, comme ceux d'American Express que j'ai reçus ce matin ? Alors que j'en reçois qui commandent des taux de 3,99% dont je ne me sers même pas ? 
Il faudrait être dans une bien mauvaise passe financière -ou vraiment un peu très snob- pour utiliser les chèques American Express.
Parfois je me prends à penser que les compagnies étasuniennes ne sont plus du tout adaptées à la mondialisation et qu'en projetant ainsi sur le monde l'état (catastrophique) du crédit des particuliers étasuniens elles courent rapidement vers la ruine. 

C'est une sorte de loi darwinienne de l'offre financière et industrielle. 
Peut-être les compagnies étasuniennes sont-elles, comme ceux dont elles financent les campagnes électorales, « créationnistes ». 
En niant ainsi l'existence des dinosaures, peut-être connaîtront-elles le même sort que ceux-ci.

lundi 11 février 2008

Étymologie


Le mot «évêque» vient des mots grecs «épi» et «skopein». On retrouve «épi» dans «épiderme» par exemple qui signifie le «dessus» de la peau, la couche du dessus de la peau. On retrouve «skope» dans «microscope» (voir le petit (c'est micro)) ou dans «téléscope» (voir au loin (c'est télé)). Donc, «évêque», dont l'origine complète (épiskopos) a donné aussi épiscopal, épiscopat, etc., signifie «celui qui voit par-dessus», le sur-veillant: celui qui surveille.
À l'origine un épiskopos, un évêque était un fonctionnaire de l'empereur romain, à partir de l'empereur Dioclétien, qui surveillait le vicaire -l'autorité suprême d'un «diocèse», une division administrative de l'empire. C'était quelqu'un qui surveillait le vicaire au
nom de l'empereur.
Les Chrétiens ont «coulé» leur organisation religieuse dans le moule de l'empire romain. Pas seulement administrativement mais aussi philosophiquement. Nous reviendrons dans d'autres notes sur la philosophie. Restons-en pour le moment à l'administration.
L'évêque est le remplaçant du vicaire de l'empereur à la tête d'un diocèse, division administrative de l'Église catholique, cette forme nouvelle de l'empire romain: l'évêque a pris la place du vicaire. Et il travaille pour le successeur (illégitime) de l'empereur, le pape. L'évêque surveille les fidèles pour le pape.
Il fait pour le pape le même travail qu'un «espion». Car le mot «espion» a la même origine étymologique que le mot «évêque»: «épiskopos». Un évêque c'est l'espion du pape, le successeur (illégitime) de
Dioclétien.