vendredi 11 juillet 2008

«Nono» de Sacha Guitry par le Théâtre 100 Masques

Ce soir au théâtre, «Nono» de Sacha Guitry (à droite) par le Théâtre 100 Masques de Saguenay, à la Salle Murdock.
Christiane Laforge a déjà excellemment parlé de la représentation de cette pièce (ici). Et Jean-François Caron dans «Voir» ().
La mise en scène (de Dario Larouche -qui y va d'une réflexion auto-critique dans son blogue
clic) me semble avoir complètement renouvelé ce texte bien vieillot, grâce au maquillage des acteurs et à leur jeu presque robotique tant il est plein de tics et d'automatismes et grâce à certains de leurs accessoires et costumes (aboutissant à une sorte de commedia dell'arte un peu clownesque et moderne si je puis dire).
Mais ce qui m'a en outre intéressé c'est l'intégration des commanditaires à la pièce: au lieu de faire des entractes, les acteurs jouaient -dans le même ton que la pièce- une petite scène où ils joignaient leur amour du théâtre à celui -présumé- des commanditaires dont le «mécénat» les avait aidé à monter leur spectacle.

Parfois aussi une voix «off» interrompait l'action pour nommer un mécène.
Je me disais qu'à une époque donnée la forme dominante de divertissement impose sa manière de fonctionner à toutes les autres.
Et même à d'autres formes de vie qu'aux formes de divertissement, comme on voit le théâtre -forme de divertissement dominante au 17e siècle- imposer ses formes à la cour de Louis XIV par exemple ou aux cérémonies religieuses ou aux tableaux de l'époque (voir ci-dessous, un tableau du Louvre, «L'Inspiration du poète» de Nicolas Poussin).

On voit bien que la télévision est (encore) la forme dominante de divertissement actuelle et qu'elle impose ses interruptions ou ses placements publicitaires aussi bien au cinéma (la chose y est devenue endémique ces dernières années) qu'ici, au théâtre, où cependant c'est la première fois que je vois ces interruptions et placements traités de manière aussi drôle et ingénieuse.
Je me demande quelles manières Internet (bientôt forme de divertissement dominante) imposera aux autres formes de divertissement et de vie.


Ce tableau est important pour moi, il représente Orphée et les Muses et il illustrait la couverture du Lagarde et Michard du 17e siècle, le manuel où nous étudiions la littérature classique française quand j'étais jeune (il y avait d'autres tomes du Lagarde et Michard pour les autres siècles de littérature française, que je vous présenterai éventuellement). Il est théâtral ce tableau parce que le poète y est présenté en interaction avec d'autres personnages pour écrire ses vers: on lui souffle à l'oreille, il dicte. Il fait ses vers en dialoguant, en récitant et en écoutant des répliques, si je puis dire, comme au théâtre.
Un tableau du 19e siècle sur le même thème aurait présenté le poète seul sans doute, quoique Musset se présente dialoguant avec sa Muse dans les «Nuits». Mais
Musset était surtout un auteur dramatique , n'est-ce pas?

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