jeudi 26 mars 2026

Bucéphale et Alexandre

Selon Plutarque, lorsqu'un imposant étalon thessalien fut amené au roi Philippe II de Macédoine, les palefreniers royaux en perdirent rapidement le contrôle. Le cheval mordait, s'emballait et tentait de désarçonner chaque cavalier. Philippe était prêt à se séparer de cette bête coûteuse, la jugeant inutile.
Le jeune Alexandre observait attentivement et remarqua quelque chose qui avait échappé à tous : l'étalon paniquait dès que son ombre dansait devant lui. Alors, il fit une chose qui semblait insensée : il demanda à essayer. La cour se moqua de lui ; Philippe hésita. Mais Alexandre insista, pariant qu'il paierait lui-même le cheval en cas d'échec.
Il s'approcha lentement, tourna l'animal vers le soleil afin que son ombre se projette derrière lui, parla doucement, laissa tomber son lourd manteau et sauta sur son dos. Au lieu de s'emballer, l'étalon s'élança dans un galop maîtrisé. La foule se tut. On raconte que Philippe, empli de fierté, pleura et dit à son fils : « Mon garçon, cherche un royaume digne de toi ; la Macédoine est trop petite. »
Dès lors, Bucéphale devint le compagnon de bataille d'Alexandre, de Chéronée contre les Grecs à Issos et Gaugamèles contre la Perse, et enfin jusqu'en Inde. Les auteurs antiques les décrivent comme une seule et même entité : Alexandre, coiffé de son casque à plumes et revêtu d'une cuirasse de bronze, et Bucéphale, chargeant droit sur les rois ennemis.
À la mort de l'étalon, probablement des suites de ses blessures ou d'épuisement près de l'Hydaspe, Alexandre fonda une ville nommée Bucéphale en son honneur. Avant les statues d'Alexandre sur des piédestaux de marbre, il y avait un cheval de guerre noir et un jeune garçon qui, loin de voir un problème à résoudre, voyait en lui un partenaire à comprendre.

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