lundi 11 février 2008

La Vie interdite


Il n'y avait pas que «L'Index des livres interdits*» (article ici et liste ici) dressé à Rome au siège de l'Eglise catholique romaine mais il y avait des Index nationaux et des index régionaux (dits diocésains) des livres interdits. Tous ces index étaient, par nature, rétrogrades et celui du Vatican a toujours été risible.
À l'époque dont je parle (entre 1955 et 1970) l'Index québécois l'était encore plus. Encore davantage l'index du diocèse de Chicoutimi -dont l'évêque, Marius Paré, qualifiait le Collège de Jonquière où j'étudiais -pourtant dirigé par des Oblats de Marie-Immaculée- de «communiste» ou d'«athée».

À vrai dire, à l'exception des livres d'évêques (quand il s'en trouvait qui savaient écrire) bien en cour à Rome, tous les livres étaient interdits.
Dans chaque bibliothèque de collège ou de séminaire il y avait ce qu'on appelait un «enfer» où étaient rassemblés les livres interdits que possédait l'institution. Les prêtres ou les laïcs sûrs qui enseignaient la littérature y avaient accès. Des amis qui ont étudié dans un internat religieux m'ont dit que les prêtres pédophiles en prêtaient libéralement aux étudiants dont ils voulaient obtenir les faveurs.
Je voulais lire «Les Fleurs du Mal» de Charles Baudelaire, «Candide» et d'autre contes de Voltaire, «Émile ou de l'Éducation» de Jean-Jacques Rousseau, les «Oeuvres poétiques» de Nicolas Boileau.


Voici un tableau (1848) représentant Charles Baudelaire
par Gustave Courbet (cliquer pour zoomer)

Ces livres étaient entreposés à double tour dans l'«enfer» de la pourtant très garnie bibliothèque du Collège de Jonquière ou, peut-être, la bibliothèque ne les possédait-elle pas. En tous cas, impossible d'y avoir accès (le collège n'était pas un internat).
Mes parents aimants n'étaient pas instruits. J'avais eu accès dans une librairie (la Librairie régionale sur la rue Racine à Chicoutimi, pourtant bien surveillée par l'évêque lui-même ou par les sbires de l'évêché situé tout près? je ne sais pas) au catalogue des Classiques Garnier de France.
«Les Fleurs du Mal» , y avais-je lu, valaient 500 francs;«Romans et Contes» de Voltaire, 700; «Émile ou de l'Éducation», 700; Oeuvres poétiques de Nicolas Despréaux-Boileau, 500 francs. À l'époque un dollar canadien valait 500 francs. J'ai donc commandé directement chez Garnier en France ces 4 livres après avoir acheté un mandat postal de 2 900 francs (en dollars canadiens: 5,80$: le montant comprenait les frais d'expédition). Un mois et demi plus tard je recevais mes achats et pouvais accéder à la littérature, c'est-à-dire à la vie du péché et, par conséquent, de l'esprit: à la vie, à la vraie vie. Non à la vie éternelle qui est la mort: à notre vie, la seule vie qui existe et qu'on voulait nous empêcher de vivre.


* en latin: INDEX LIBRORVM PROHIBITORVM

dimanche 10 février 2008

Guide touristique

C'est ainsi, grâce à ce symbole universellement connu (à droite), qu'on indiquait la direction des lupanars et des bordels dans Pompéi, comme, sans doute, dans toutes les villes du sud de l'Italie, appelée la Grande Grèce -puisqu'elle comptait plus de villes et d'habitants grecs que la Grèce même.
Et partout, dans tout l'empire romain, puisque j'en ai vu aussi à Éphèse.

Ce symbole était sculpté dans la pierre même des rues comme celle que l'on peut apercevoir dans la photo ci-dessous :
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L'aurions-nous su si l'éruption du Vésuve en 79 n'avait pas enfoui Pompéi sous une épaisse couche de lave et de cendres ?

Le Vésuve comme une bête fauve


Voilà le Vésuve dans la plaine de Campanie, tapi comme une bête fauve affamée, splendide, attendant que vienne le temps pour dévorer les millions de personnes qui habitent Naples et les villes environnantes comme il a dévoré jadis, sous le principat de Titus en 79, les habitants de Pompéi, d'Herculanum et de Stabies. Action à la fois horrible, puisqu'elle a causé les souffrances et la mort de milliers d'innocents, et féconde, puisqu'elle nous a permis de connaître tout ce que nous avions perdu dans la chute de l'Empire romain et puisque, peut-être, elle nous a permis de renouer -même partiellement- avec l'histoire de cet empire qui est celui de nos ancêtres et de notre culture, et de renouer le fil brisé du temps. Et le voici si beau, si calme et si dangereux, la nuit, régnant sur la baie de Naples ci-dessous:

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Comme toujours dans l'histoire humaine, le mal sort du bien, le bien sort du mal.

Dîner au restaurant de l'Auberge Villa Pachon

Hier soir, samedi 9 février, nous avions invité quelques amis et parents au magnifique restaurant de l'Auberge Villa Pachon à Kénogami, dans l'ancienne résidence de Sir William Price, président de la Compagnie de bois et papiers Price (ci-dessus).
Nous avions trois anniversaires passés ou prochains à souligner et deux départs pour un bref voyage en Asie du Sud-Est
(Viet-Nam). Notre repas a eu lieu dans la salle à manger Sir William-Price dont voici une vue partielle:

Nous étions six. Voici les savoureux plats que nous avons commandés et dégustés (entre parenthèses le prénom des convives qui ont dégusté le plat):

Entrées

Saumon fumé à chaud, beurre blanc au vinaigre d'érable,
bouquet de poireaux frits (Denise et Dominique)
Salade du marché au croûton de chèvre chaud,
vinaigrette aux agrumes et miel (Dolorès)
Langoustines rôties à la provençale, mini ratatouille à l'huile d'olive (Gaston)
Tartare de bison à la moutarde de Meaux, tuile
au parmesan, mini salade de betterave (Aline et Jacques)

Potage

Crème de légumes

Plats principaux

Paupiettes de faisan aux langoustines et poivre vert (Aline, Denise et Gaston)
Tartare de filet de boeuf, frites maison à la graisse de canard
bouquet de verdure (Dominique)
Filet de boeuf poêlé au fumet de poivre noir concassé (Dolorès)
Noix de ris de veau aux morilles et petits légumes tournés (Jacques)

Desserts

Mousse au chocolat (dames) et mousse au tiramisu (messieurs)


Le vin qui a accompagné ce repas est le Château Castera, cru bourgeois de Médoc (photo ci-contre d'un millésime plus récent), millésimes 1998 et 2000.








Sur la photo-
satellite à droite, le petit «A» dans la bulle indique l'emplacement de l'Auberge Villa Pachon par rapport à la Rivière Aux Sables et par rapport à la Route 170.














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vendredi 8 février 2008

Phoque ou «Fuck»?


Que penser de cette sculpture (1943) que Constantin Brancusi intitule «Phoque II»? Brigitte Bardot pourrait sans doute profiter des ses diverses expériences pour nous éclairer à ce sujet.











© Centre Georges Pompidou, Paris (cliquer pour zoomer)

Les Chevaux de Constantinople à Venise

Les Chevaux de Constantinople vus d'en bas ci-haut et de côté ci-bas (cliquer pour zoomer)

Face à des chevaux réels je ne ressens rien qu'une grande surprise devant leur odeur. Mais face à des chevaux sculptés, je sens revivre en moi l'affection que mon père portait aux chevaux avec lesquels, dans sa jeunesse, il travaillait dans la forêt comme bûcheron ou la passion pour eux de mon grand-père maternel (dont le prénom était Philippe -du grec « philo »,«j'aime» et « hippos », «le cheval» ou «les chevaux»- et qui, m'a-t-on dit, avait échangé deux fois la propriété familiale contre un cheval vainqueur).
Et cette affection ou cette passion, je l'éprouve surtout pour les Chevaux de Constantinople que l'on voit (mais ce sont des reproductions) sur la façade de la Basilique Saint-Marc à Venise comme dans les photos ci-dessus ou (les vrais) à l'intérieur de la Basilique comme dans la photo ci-dessous:

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L'histoire des pérégrinations de ces chevaux parle beaucoup des relations entre l'Occident et l'Orient à l'intérieur de l'Empire romain ou au Moyen Âge entre Constantinople et Républiques et Royaumes occidentaux héritiers des Invasions barbares.
Pris à Corinthe par l'empereur Trajan pour être placés sur son arc de triomphe à Rome (cet arc a disparu, sans doute dépecé et ses restes dispersés par les Chrétiens dans les églises ou les palais des dignitaires de l'Église catholique), ils ont été arrachés (disons volés) à Rome (330 après Jésus-Christ) par le détestable Constantin pour être placés dans l'hippodrome de Constantinople, ville qu'il venait de fonder à l'emplacement de Byzance en lui donnant son nom pour remplacer Rome comme capitale de l'Empire. Je comprends parfaitement le doge Dandolo (dont j'ai vu le tombeau dans Hagia Sophia) d'avoir détourné, 900 ans plus tard, la 4e Croisade (1204 après Jésus-Christ) vers Constantinople et de n'avoir rien eu de plus pressé que de rapatrier les Chevaux en Occident.
Cela vengeait l'Occident d'avoir été jadis laissé à lui-même par l'Empire romain d'Orient et livré aux Barbares germaniques dont les invasions -associées à la domination du christianisme- ont causé un recul de civilisation dont nous venons à peine -près de 2000 ans plus tard- de commencer à nous relever.Voyez à droite l'expression de ces chevaux (ab uno disce omnes*) qui montre la maîtrise des artistes de l'Antiquité et illustre la vérité selon laquelle il n'y a pas de progrès en art.

* pour les non-latinistes, traduction: « par un seul connais-les tous
».

jeudi 7 février 2008

Montréal -entre 1953 et 1955. La Télé

Vers 1953-55, premier contact avec Montréal
Je suis en visite chez tante Bertrande (sœur de mon père) et son mari, Léo Tremblay. 
Boulevard Pie IX (voir photo ci-haut : elle est récente mais les blocs-appartements n'ont à peu près pas changé), face au Jardin botanique (peut-être entre rue Dandurand et boulevard St-Joseph : voir la carte-satellite ci-dessous).  
C'est l'été et il pleut rarement. 
C'est vraiment mon premier contact avec une grande ville. 
À l'époque je ne suis même jamais allé à Québec. 
Au grand scandale de ma tante je ne vais pas beaucoup dehors même s'il fait toujours beau et j'ai une bonne raison, du moins l'après-midi car dès 3h la télé commence ses émissions et elle présente ce qu'on appelle à l'époque « les petits bonshommes » c'est-à-dire les dessins animés. 
 Félix le chat, je crois (il est là, à droite).
Tout est en noir et blanc. Et les émissions s'interrompent avant 17h et ne reprennent que vers 19h30.  

Il y a un seul canal en français (Radio-Canada). 
Mais c'est mon premier contact avec la télévision et j'en ai les yeux exorbités. 
C'est surtout cela ma découverte fondamentale de la grande ville, et pas tellement le Jardin botanique, en face, où ma tante voudrait bien que j'aille me promener : il n'y a que des plantes au Jardin botanique et des plantes, au Saguenay, il y a surtout cela !
C'est inintéressant. 
Alors que la télé, pas la moindre au Saguenay.
Je reviendrai sur ce séjour à Montréal car il y a d'autres découvertes : le Parc Belmont, le Marché Maisonneuve, les tramways, les autobus électriques, le grand Magasin Dupuis et Frères, la rue Ste-Catherine, l'appartement de ma grand-tante Cécile dans Rosemont, à l'époque, je crois, des personnages de Michel Tremblay. Ce bref séjour (15 jours-3 semaines ?) a laissé en moi des marques indélébiles.
C'est pour moi le «Montréal primitif» comme on dit la « scène primitive ».

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mercredi 6 février 2008

Freud, les États-Unis, la peste


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Je suis un idolâtre de Sigmund Freud et de sa théorie de l'organisation de la psyché humaine. J'éprouve à l'égard du divan photographié ci-dessus la même vénération que les Chrétiens envers les reliques de leurs saints. Il s'agit en effet du divan où Freud recevait ses patients.
Il y a cette anecdote sur ce que Freud aurait dit à Jung (bientôt disciple dissident) lors de son voyage aux États-Unis: « Les Américains (sic : il voulait dire les Étasuniens) ne savent pas que nous leur apportons la peste ». Cette peste c'était la psychanalyse. Mais en réalité, -et cela Jacques Lacan l'a bien diagnostiqué plus tard-, c'est Freud qui ne savait pas quelque chose: que les Étasuniens -par le moyen de l'ego-psychology- allaient donner la peste à la psychanalyse.
Comme les États-Unis ont donné la peste à tout ce qu'ils ont touché pour ensuite l'exporter à toute la Terre : la nourriture (McDonald et tout le fast-food), la démocratie (celle qui fait élire Bush et n'importe qui grâce uniquement à l'argent et non à la qualité du cerveau et du cœur), la culture (en «hollywoodisant» tout), le commerce (par la «wal-martisation»), l'industrialisation (par la pollution), la religion (par le fanatisme, l'« évangélisme » et le créationnisme) et j'en passe et j'en passe (dès que j'observerai de nouveaux domaines « pestiférés » par les États-Unis, j'y reviendrai).
J'ajouterai (in cauda venenum*) que Freud lui-même s'est un peu dévoué pour apporter une forme de peste à la psychanalyse, une petite peste : sa fille Anna Freud (elle sera l'une des psychanalystes de Marilyn Monroe avec le succès que l'on sait).
Photographies de Freud à différentes époques de sa vie

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* pour les non-latinistes, traduction: « dans la queue le venin ». Toute méchanceté inscrite à la fin d'une note ou d'un message ou lancée au moment du départ ou à la fin d'une quelconque activité.

mardi 5 février 2008

Sur la route de Delphes

 Voici Œdipe et le Sphinx (on devrait dire la Sphinge car c'est un animal de sexe féminin), un tableau de Dominique Ingres (1808-1825).
Nous roulions, il y a quelques années, sur la route de Delphes , nous disant que c'était là les premiers mots du récit où l'on narrait comment Œdipe avait sans le savoir tué son père Laïos. Parce qu'une rixe aurait éclaté lors de leur rencontre sur l'étroite route de Delphes.
Quand tout à coup Nelly notre guide s'écrie en nous regardant : « Bientôt vous verrez la stèle élevée par des psychanalystes en colloque à Delphes à l'endroit même où, selon la tradition, a eu lieu le meurtre de Laïos par Œdipe ».
La stèle a passé en coup de vent devant nos yeux car nul ne voulait arrêter là. Ce meurtre, à cause de l'utilisation qu'en a fait Sigmund Freud et à cause de la psychanalyse, est pourtant une des bases de la pensée du 20e siècle et, je dirais, de la pensée humaine dorénavant.
Voici Delphes sur la carte d'une partie de la Grèce ci-dessous.
Les noms sont en alphabet grec. Delphes (Delphoi) est dans le cercle maladroitement dessiné et marqué d'une maladroite flèche à gauche. Thèbes (Thèba) -dont Laïos était roi et dont Œdipe sera roi- est dans le cercle de droite :



Voici une carte des principaux sanctuaires de Grèce avec Delphes au centre :

Neige Neige Neige

Sans le dire trop fort (conscience écologique oblige!), je ne m'attristais pas trop des conséquences éventuelles du réchauffement climatique. Un hiver moins froid dans la région du Saguenay-Lac St-Jean ne me semblait pas une si grande catastrophe. Naturellement je compatissais d'avance aux effets probables de désertification que ce réchauffement causerait dans les contrées plus méridionales mais sans exagération dans la compassion.
Je n'avais pas pensé que, dans le climat québécois, qui dit réchauffement l'hiver, dit aussi chutes de neige plus fréquentes et plus abondantes. Comme les chutes de neige que nous subissons cette année dans notre région. Et qui dit chutes de neige dit aussi entretien municipal des rues et ramassage de la neige. Dans l'état actuel de l'administration municipale de Saguenay -où il y a, j'en ai déjà parlé, un processus de «chicoutimisation» qui s'ajoute au processus de «jonquiérisation» qui avait cours antérieurement-, la neige est plutôt «tassée» que ramassée, du moins dans notre jadis belle ville d'Arvida.
Voyez la photo ci-dessous. Il s'agit d'une photo du petit parc qui est situé entre les rues de Calais, Vaudreuil et de Régina du quartier St-Philippe, près de chez moi (voir la photo-satellite au bas de cette note). Les rues de Calais et de Régina se divisent toutes deux en deux voies pour arriver à la rue Vaudreuil et un triangle gazonné, très joli l'été, se forme entre les deux voies de chacune des rues. Les tempêtes des dernières semaines y avaient accumulé de véritables collines (c'est le seul nom qui me vient à l'esprit) de neige. Une nuit, la semaine dernière, des déneigeuses municipales sont venues déménager la neige qui s'y trouvait pour la tasser dans le petit parc, y formant des montagnes vertigineuses de neige sale. Les enfants qui jouent dans le parc l'été marcheront et se rouleront dans la pollution apportée par ces neiges. En attendant ils risquent de se blesser dans les véritables ravins qui se sont creusés entre ces amas gigantesques de neige.

Voici un premier point de vue:

Et un autre:

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Et ce beau grand pin, comment supportera-t-il cette pollution?
Voyez les rues dont je parle sur cette photo-satellite des lieux prise l'été. Le petit parc est marqué du «A» dans une bulle. Voyez les deux triangles formés par la division de la rue de Régina et la division de la rue de Calais:


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lundi 4 février 2008

Tutoyer systématiquement est un anglicisme

La langue anglaise aujourd'hui n'a plus qu'une manière de permettre à une personne de s'adresser à une autre personne: le « you », qui se trouve être l'équivalent du « tu » malgré le fait qu'il corresponde au « vous » car il commande le verbe au pluriel (« you are », disent les anglophones en s'adressant à une seule personne). Le pronom jadis utilisé pour tutoyer -« thou »-, qu'on voit chez Shakespeare et dans la King James Bible, a été abandonné et ne s'emploie, quand il s'emploie, que pour Dieu. 
Dieu est la seule personne qu'on peut encore tutoyer en anglais, ce qui est paradoxal pour une entité qui, selon les Chrétiens, est composée d'une Trinité de personnes (excusez l'ironie !).
Pour le tout-venant, la langue anglaise a abandonné le tutoiement.
En français (surtout au Québec il faut le dire), depuis les années soixante, les hippies et les baby boomers, on veut aussi abandonner une des manières de s'adresser à une seule personne, le « vous » de politesse, et à ne conserver que le « tu », le « tu » copain-copain, le « tu » tout-le-monde-est-mon-ami
, ce qui équivaut à faire comme l'anglais et à renoncer à d'infinies nuances : c'est ce que j'appelle un anglicisme, un anglicisme de simplification, même si on n'abandonne pas le singulier, comme en anglais, mais le pluriel.

Notre-Dame de Laterrière


Un concert dans l'église de Laterrière (on parle de la musique ici dans le blogue Spécial du jour) est toujours charmant. Cette petite église de style «contre-réforme française provinciale tendance Nouvelle-France» (excusez le nom du style!), tentant avec modération d'imiter les églises somptueusement baroques d'Italie -un peu de dorures de-ci de-là, un petit baldaquin au-dessus de l'autel, quelques tableaux reproduisant Murillo ou Rubens ou quelques peintres baroques mineurs d'Europe du Nord-, donne toujours de la grâce aux pièces musicales qu'on y interprète. N'étaient les durs bancs d'église où l'on doit s'asseoir, on souhaiterait que tous les concerts de Saguenay y soient donnés. Je ne sais pas si un rembourrage aurait des conséquences néfastes sur l'acoustique du lieu.

dimanche 3 février 2008

L'art est une force d'amour


Il n'est point de serpent ni de monstre odieux
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux.


Quand Nicolas Boileau (image ci-dessous) écrit ces vers au début du 3e chant de son Art poétique (autour de 1674), il croit sans doute répéter (et il est content car c'est ce qu'il veut, répéter, mais répéter d'une manière différente, comme tous les Classiques français) un lieu commun: l'art transforme en beauté même ce qui est laid.
Sans s'en rendre compte il dit autre chose. Il dit davantage, du moins on peut lire davantage dans ce qu'il écrit. Il dit que l'art (c'est-à-dire aussi la littérature) est une force d'amour. L'art fait aimer même ce qui n'est pas aimable, même les monstres, les meurtriers, les assassins, les tortionnaires, les violeurs en montrant qu'avant d'être ces monstres ils sont des humains. Et l'art fait aimer la vie et les circonstances de la vie et la banalité de la vie. L'art, -la littérature (puisque c'est l'art de ma vie) et les autres arts- est effectivement une force d'amour.

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samedi 2 février 2008

Bocca della Verità


À Rome il y a cette figure sculptée dans une plaque ronde de marbre. Dans la Rome impériale cette plaque appartient à une fontaine, l'eau sortant de l'ouverture de la bouche et de celles des yeux.
Dans la Rome chrétienne, son nom est Bocca della Verità, la Bouche de la vérité, et elle sert -de manière évidemment superstitieuse- à vérifier si quelqu'un dit la vérité : il place sa main dans l'ouverture de la bouche (la bocca) et si la main ressort indemne il est présumé avoir dit la vérité (on se réserve le droit de le torturer pour avoir, en quelque sorte, une « deuxième opinion »). 

On y croit tellement qu'on l'a placée sur la paroi de l'église Santa Maria in Cosmedin, près de la porte d'entrée. Cette église est presque voisine du Circus Maximus et des ruines du palais des Césars (voir le A dans une bulle sur la carte ci-dessous)
De composante de fontaine à instrument de superstition : cela peint bien la chute de civilisation qui s'est effectuée dans le passage entre la Rome impériale et la Rome barbare chrétienne.

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Fabrice


Et voici Fabrice à 3 ans, le principal rival de Zoé dans la domination impériale de la famille, tant qu'elle a vécu. Maintenant Fabrice -qui ne vit plus à la maison (il a plus de 30 ans)-, domine sans rival. Il est ici habillé en petit prince navigateur, attendant avec résignation de devoir goûter à son gâteau d'anniversaire -que nous avons fait faire à la Pâtisserie Mergeay.
Il attend avec résignation car le gâteau est au praliné de noisettes plutôt qu'au chocolat noir comme il aurait désiré.
J'expliquerai dans d'éventuelles notes ultérieures les termes de la rivalité entre Fabrice et Zoé.

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Hagia Sophia à Constantinople


Voici l'église de la Sagesse divine, plus connue sous le nom de Hagia Sophia, Sainte-Sophie, à Constantinople, aujourd'hui Istanbul. J'en ai cherché une représentation où il n'y avait pas les minarets qu'on lui a ajoutés après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. Elle a été inaugurée en 537 par Justinien.
En pénétrant dans l'église, sur son char tiré par des chevaux par la porte ci-contre, il s'est écrié: «Salomon, je t'ai vaincu», faisant allusion au premier Temple de Jérusalem que, selon la Bible, Salomon aurait construit entre 970 et 931 avant Jésus-Christ.

Voici ci-dessous une représentation de Sainte-Sophie avec ses minarets, telle qu'on peut la voir aujourd'hui à Istanbul. Comme vous pouvez le voir ces élégants minarets allègent la masse considérable du bâtiment original, représentatif, il me semble, de la structure politique de l'empire byzantin.
C'est dans les jardins qui l'entourent, je vous le rappelle, que nous avons rencontré une réincarnation de notre chatte Zoé lors de notre voyage de 2006.



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vendredi 1 février 2008

L'Impératrice encore

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Voici encore Zoé, si déraisonnablement accommodante, malgré la majesté de son être, qu'elle se contente, en guise de trône, de ce fauteuil IKEA. Bénie soit son indulgence à l'égard de ses serviteurs en début de carrière et incapables de lui offrir ce à quoi elle avait droit en raison de son rang et de son sang.

Zoé l'impératrice (Basilissa)

Voici Zoé, notre chatte, hélas décédée. Elle a
joué un grand rôle dans la vie de notre famille. Pendant les 18 ans de sa trop brève vie, elle
nous a fait l'honneur d'accepter que nous vivions avec elle dans ce qui était devenu sa maison à elle, dès qu'elle y avait pénétré. Elle avait également accepté magnanimement que nous vaquions à ses besoins. Elle semble un peu timide ici car c'est la première fois qu'elle paraît dans ce blogue et elle se méfiait des nouveaux étrangers qui désiraient la connaître. Mais elle méritait bien de porter le nom d'impératrice byzantine qu'elle portait car c'est tout juste si elle n'exigeait pas la proskinèse* dès qu'on était en sa présence.
Nous avons d'ailleurs rencontré sa réincarnation tout près d'Hagia Sophia (l'église Sainte-Sophie) construite jadis à Constantinople par l'empereur Justinien (le voici ci-dessous dans une mosaïque de Ravenne (basilique Saint-Vital): je vous le présente pour la beauté de son image et parce que seul un empereur comme lui est digne de tenir compagnie à Zoé dans la première note qui la concerne).
Zoé nous fera la grâce de réapparaître souvent dans nos notes. Sous la mosaïque de Justinien, la photo de la réincarnation de Zoé dans les jardins de Sainte-Sophie telle qu'elle apparaît dans le blogue Spécial du jour.




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*proskinèse: prosternation qu'on accomplissait devant l'empereur byzantin (le «basileus») et qui consistait à s'étendre de tout son long devant lui, face contre terre, en signe de soumission absolue.