lundi 25 juillet 2011

Les récits anecdotiques/Il les gardait avec amour

En prévision d'une représentation de l'«Eugène Onéguine» de Tchaïkovski à Québec vers la fin octobre (période où j'y ai rendez-vous avec mon ophtalmologiste car je suis incapable d'en avoir un dans ma région), ma femme a emprunté à la bibliothèque municipale la traduction française de l'œuvre originale de Pouchkine.
Il s'agit de la traduction en vers (des octosyllabes dans des strophes de quatorze vers) d'André Markovicz.
Ma femme l'a terminé et, par hasard, je me suis jeté dessus (une voix cristalline d'enfant m'a peut-être dit à l'oreille, comme jadis à saint Augustin: «Tolle, lege»).
(En réalité, en cours de lecture, ma femme m'en avait lu un «quatorzain» ou deux: c'est cela la voix divine d'enfant, comme, sans doute celle qu'avait entendue Augustin, si orgueilleux, comme tous les enfiévrés de cette espèce, qu'il croyait avoir entendu la voix de Dieu).
Quelle œuvre merveilleuse!
Je vais en lire un peu même si ma femme doit payer une amende à cause de son retard à la bibliothèque. Et je vais l'acquérir le plus rapidement possible car je ne peux m'en passer.
Voici un «quatorzain», le numéro VI, par lequel le poète décrit la vie intellectuelle de son héros.
Ce personnage me fait un peu penser à moi. Jugez-en:

Le latin est passé de mode:
Pour vous le dire en vérité.
En latin, quoique sans méthode,
Il déchiffrait un mot cité,
De Cicéron savait deux titres,
Mettait «vale» en fin d'épître,
Et disait, un peu de travers,
De L'Énéide deux-trois vers.
Fouiller les poudres des chroniques,
La sombre histoire du passé,
N'excitait guère sa pensée,
Mais les récits anecdotiques
De Romulus jusqu'à nos jours,
Il les gardait avec amour.

Vous avez vu la traduction? Il y a même des rimes (qui respectent les lois d'Aragon plutôt que celles de Malherbe, mais dans quel heureux siècle sommes-nous?)

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