lundi 18 juillet 2011

Hemingway avec un accent aigu

En route pour rendre visite à mon frère et à ma belle-sœur hier après-midi (où nous avons dégusté un délicieux repas italien (insalata caprese, pâtes au homard, etc). -ma belle-sœur est un véritable chef et sa cuisine digne d'un grand restaurant), nous nous sommes enfin décidés à photographier cette plaque de rue qui nous intrigue depuis plusieurs années.
Vous remarquez la graphie du nom «Hémingway» avec un incongru accent aigu sur le «e».
Cette rue appartient à un quartier de l'arrondissement de Chicoutimi dont l'appellation est (ou était, je ne sais si cette appellation existe toujours) «quartier des poètes».
Parmi ces «poètes», il y a «Verlaine», «Baudelaire», dont la présence ici n'est pas étonnante, mais parmi les autres poètes il y a «Malraux» et ... «Hémingway».
Malraux, quoique romancier, essayiste et mémorialiste, écrit avec un lyrisme parfois grandiloquent mais jamais en vers.
Est-il néanmoins poète? La question reste à se poser.
Oui pour ceux qui pensent que la grandiloquence et les trémolos dans la voix font la poésie.
Mais Hemingway est nouvelliste, journaliste et romancier, pas du tout poète.
Surtout il est étasunien et écrivait en anglais, contrairement à tous ceux auxquels le quartier dédie une rue.
Étrange!
Peut-être l'accent aigu sur le «e» de son nom visait-il à faire oublier cette différence: si son nom a un accent aigu les gens oublieront qu'il n'est ni francophone, ni poète.
Et, sans doute, le fonctionnaire ou le politicien municipal qui a fait le choix des noms de rue avait-il des connaissances limitées en poésie et en littérature (ce ne serait pas du tout étonnant).
Peut-être s'est-il servi des noms de tous les écrivains dont il avait entendu son professeur de français parler à l'école secondaire (sans qu'il ait eu besoin de les lire).
La municipalité lui avait peut-être interdit (pour faire des économies de bout de chandelles) de consulter un spécialiste (il y a sûrement de cela dans une ville qui se préoccupe davantage d'inanes prières que de lectures).
Peut-être sa femme (ou sa fille) lui a-t-elle demandé avec insistance d'utiliser le nom d'un romancier qu'elle aimait, qu'importe s'il n'était pas poète ou francophone.
Évidemment, le tout relève de l'improvisation, de l'amateurisme et de l'ignorance.
Cela se passe ainsi dans les villes de province, voire dans les métropoles et les capitales québécoises.
Et c'est ainsi que notre fille est muette.
Peut-être conviendrait-il de changer l'appellation du quartier et de l'appeler plutôt «quartier des écrivains», si cela n'est pas déjà fait.
Et moi j'enlèverais l'accent aigu du nom d'
Hemingway, car c'est une faute d'orthographe.

2 commentaires:

Dominic Collard a dit…

Cette faute d'orthographe sur un patronyme n'est pas sans faire penser au début de Moon Palace de Paul Auster où Marco Stanley Fogg a vu son nom être lui aussi massacré par une erreur d'un fonctionnaire.

Jack a dit…

Tout est plus sérieux dans un roman que dans la réalité.

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