vendredi 2 janvier 2009

«El Transparente» -fiat lux, fiat omnia*. L'Art comme un «Big Bang»

J'ai été fasciné, à l'intérieur de la cathédrale de Tolède, par ce qu'on appelle « El Transparente », une fenêtre profonde creusée dans la paroi du bâtiment, derrière l'autel principal, au 18e siècle (alors que la cathédrale a été construite au 13e siècle). C'est une œuvre de Narciso Tomé.
Voyez ci-dessus.
Cette fenêtre est entourée de peintures et de sculptures de style baroque. Elle a été faite pour éclairer une sorte de retable, de style baroque également.
La lumière qui jaillit d'« El Transparente » semble créer et faire briller les ors et les couleurs de tout ce qui l'entoure.
Pourquoi cette fascination ? Je ne le savais pas.
Il a fallu quelques mois pour que je le sache.
Il a fallu que ma femme rapporte, d'un court voyage à Québec en novembre dernier (elle allait voir un spectacle), la reproduction d'un tableau de Jean-Paul Riopelle.
Ce tableau m'a toujours fasciné et son pouvoir de fascination m'a paru accru sur cette reproduction.
Comme vous le voyez ci-dessous, ce tableau est constitué d'un immense espace plutôt blanc, espace entouré par des éléments disparates de diverses couleurs.

Ces éléments semblent jaillir de lui.
Ce tableau ne vous semble-t-il pas présenter des ressemblances avec « El Transparente » ?
Un espace lumineux entouré d'éléments colorés qui semblent tirer leur existence de lui, cet espace lumineux: cela ne vous semble-t-il pas décrire les deux œuvres?
En réalité, ce ne sont pas seulement ces deux œuvres qui semblent obéir au même schéma (centre lumineux-bords colorés et, sinon anarchiques, du moins présentant des mouvements disparates, torsions dans diverses directions, courbes de diverses amplitudes, etc.).
Pour me fasciner autant, me suis-je dit, ces deux œuvres devaient avoir quelque chose en commun avec d'autres œuvres parmi celles qui m'ont fasciné.
Et, en effet, le mouvement semblant provenir de nulle part, ce bonheur à la consommation d'une madeleine trempée dans du thé qui donne naissance à La Recherche du temps perdu, ce rien dont proviennent l'efflorescence et la torsion des phrases, les métamorphoses inattendues des objets, des personnages, des bâtiment, des musiques, des péripéties, tout cela obéit à ce schéma découvert dans « El Transparente ».
Et ce petit poème de Stéphane Mallarmé, qui commence par le mot « Rien » et qui, malgré son peu de mots, en arrive à se présenter en équivalent à la fois de l'Évangile des Chrétiens, de l'Odyssée d'Homère et d'un nouveau «Livre du Salut».
Et d'autres œuvres encore dont je ne sais rien maintenant mais dont je vous parlerai dans la suite des jours si mon blogue dure.
Voici le sonnet de Mallarmé:

Salut


Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l’envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l’avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d’hivers;

Une ivresse belle m’engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
À n’importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.


Mais voici d'autres vues d'«
El Transparente» de la cathédrale de Tolède (dont je vous présente une photo de l'extérieur à la fin):

Vue rapprochée

Mi-zoom arrière


Double-zoom arrière

Le «rétro-retable» (le retable derrière le retable
principal de la cathédrale) qu'éclaire «
El Transparente»

Vue de l'extérieur de la cathédrale


* Fiat lux, fiat omnia: que la lumière soit, que tout soit!
La phrase complète de la traduction latine de la Bible (appelée La Vulgate) pour le «Fiat lux» est: «dixitque Deus fiat lux et facta est lux».Dans la traduction grecque dite la Septante, la phrase est celle-ci: «και είπε ο Θεός γενηθήτω φως και εγένετο φως».
Et la phrase originale en hébreu est celle-ci: «וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, יְהִי אוֹר; וַיְהִי-אוֹר» (moi non plus je ne sais pas la lire).

3 commentaires:

filledufeu a dit…

Fascinant jeu de lumières en effet qui me rappelle un tableau, scintillement, de van blime trouvé au hasard d'une recherche, et que je lieari comme vous aux illuminations des saints, une reminiscence, un élan d' amour,une émotion artistique...il est bon de vivre!

Jack a dit…

C'est aussi une image de la naissance, de l'accouchement plus précisément !

Jack a dit…

La création du monde !

Enregistrer un commentaire