Dans un texte rédigé en 1969 pour le 80e anniversaire de Martin Heidegger, Hannah Arendt cite la formule lapidaire par laquelle celui qui fut son professeur, son maître à penser et son amant ouvrit un jour un cours sur Aristote : « Aristote naquit, travailla et mourut. » L’anecdote, qui est attestée, témoigne de la conviction de Heidegger, aux antipodes des idées de Fichte et Nietzsche sur ce point, que la vie d’un philosophe n’est d’aucune aide pour comprendre sa pensée. On peut se demander ce qu’il aurait pensé de l’intérêt que suscite aujourd’hui celle de son ancienne étudiante, qui fut aussi, de son propre aveu, « la passion de sa vie ». En 1982, Elisabeth Young-Bruehl a publié une biographie qui continue à faire autorité et demeure l’ouvprage de référence. Elle y établissait les grandes étapes de la vie d’Hannah Arendt : sa naissance à Hanovre en 1906, dans une famille de bourgeoisie juive cultivée assimilée ; son enfance à Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad), la ville de Kant ; la mort précoce de son père, qui la laissa orpheline à l’âge de 7 ans [...].


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