Elle s'appelait Anna Marly.⠀
Née à Petrograd en 1917, dans une famille noble que la révolution allait détruire. Son père est fusillé par les bolcheviques. Sa mère fuit avec ses filles vers la France, vers Menton, vers une vie recommencée sur la Côte d'Azur.⠀
À treize ans, sa nounou lui offre une guitare. Elle ne la quittera plus.⠀
À Paris, elle danse aux Ballets russes, chante dans les cabarets russes, s'inscrit au Conservatoire. Elle est trop étrangère pour son propre nom : Anna Bétoulinsky devient Anna Marly, patronyme choisi au hasard dans un annuaire parisien, parce que le vrai était trop difficile à prononcer.⠀
En juin 1940, Paris est déclarée ville ouverte. Elle part avec son mari. Espagne. Portugal. Londres. En 1941, elle s'engage comme cantinière aux Forces françaises libres, Carlton Gardens. Et là, dans la ville bombardée, elle compose une mélodie. En russe d'abord — quelque chose qui ressemble à une marche, à un chant de guerre, à un serment.⠀
Le 17 mai 1943, cette mélodie devient l'indicatif de l'émission Honneur et Patrie, diffusée par la BBC à destination de la Résistance intérieure.⠀
Le 30 mai 1943, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon passent une nuit à écrire les paroles françaises sur la mélodie d'Anna. Leur notoriété est considérable. La sienne est celle d'une cantinière, d'une exilée russe, d'une femme dont le nom de scène lui-même était emprunté.⠀
Le Chant des partisans entre dans la mémoire nationale. Sous deux noms : Kessel. Druon.⠀
Anna reçoit la Légion d'honneur en 1985 — quarante ans après la Libération. Le 17 juin 2000, elle chante une dernière fois en France, au Panthéon, avec le Chœur de l'armée française, la veille du 60e anniversaire de l'Appel du 18 juin.⠀
Puis elle rentre à Palmer, Alaska, où elle s'est installée seule après la mort de son second mari. Une ville au pied des montagnes. Une église orthodoxe russe. La nature sauvage.⠀
Elle meurt le 15 février 2006.⠀
Cette année-là, le manuscrit original du Chant des partisans — trois feuillets écrits par Kessel et Druon le 30 mai 1943 — est classé monument historique. Le classement porte deux noms.⠀
La mémoire ne se transmet pas toute seule.⠀
Elle s'appelait Anna Marly.⠀
Née à Petrograd en 1917, dans une famille noble que la révolution allait détruire. Son père est fusillé par les bolcheviques. Sa mère fuit avec ses filles vers la France, vers Menton, vers une vie recommencée sur la Côte d'Azur.⠀
À treize ans, sa nounou lui offre une guitare. Elle ne la quittera plus.⠀
À Paris, elle danse aux Ballets russes, chante dans les cabarets russes, s'inscrit au Conservatoire. Elle est trop étrangère pour son propre nom : Anna Bétoulinsky devient Anna Marly, patronyme choisi au hasard dans un annuaire parisien, parce que le vrai était trop difficile à prononcer.⠀
En juin 1940, Paris est déclarée ville ouverte. Elle part avec son mari. Espagne. Portugal. Londres. En 1941, elle s'engage comme cantinière aux Forces françaises libres, Carlton Gardens. Et là, dans la ville bombardée, elle compose une mélodie. En russe d'abord — quelque chose qui ressemble à une marche, à un chant de guerre, à un serment.⠀
Le 17 mai 1943, cette mélodie devient l'indicatif de l'émission Honneur et Patrie, diffusée par la BBC à destination de la Résistance intérieure.⠀
Le 30 mai 1943, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon passent une nuit à écrire les paroles françaises sur la mélodie d'Anna. Leur notoriété est considérable. La sienne est celle d'une cantinière, d'une exilée russe, d'une femme dont le nom de scène lui-même était emprunté.⠀
Le Chant des partisans entre dans la mémoire nationale. Sous deux noms : Kessel. Druon.⠀
Anna reçoit la Légion d'honneur en 1985 — quarante ans après la Libération. Le 17 juin 2000, elle chante une dernière fois en France, au Panthéon, avec le Chœur de l'armée française, la veille du 60e anniversaire de l'Appel du 18 juin.⠀
Puis elle rentre à Palmer, Alaska, où elle s'est installée seule après la mort de son second mari. Une ville au pied des montagnes. Une église orthodoxe russe. La nature sauvage.⠀
Elle meurt le 15 février 2006.⠀
Cette année-là, le manuscrit original du Chant des partisans — trois feuillets écrits par Kessel et Druon le 30 mai 1943 — est classé monument historique. Le classement porte deux noms.⠀
La mémoire ne se transmet pas toute seule.⠀
Elle s'appelait Anna Marly.⠀


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire