lundi 30 mars 2009

Le Lecteur et l'Écrivain

Voici ce qu'écrit Proust dans un texte que des critiques, -non pas lui-, ont intitulé, bien après sa mort, «Contre Sainte-Beuve» et par lequel, sans même trop le savoir, il commençait à créer «À la Recherche du temps perdu»:

... grâce à cette admirable invention de Balzac d'avoir gardé les mêmes personnages dans tous ses romans [...], l'idée de génie de Balzac, ... (c)es rapports nouveaux aperçus brusquement par le génie entre les parties séparées de son œuvre qui se rejoignent, vivent et ne pourraient plus se séparer [...], (c')est un rayon qui a paru, qui est venu se poser à la fois sur diverses parties ternes jusque-là de sa création, fait vivre, illuminées ...

Ce que Proust commence à découvrir dans Balzac, ce qu'il avait depuis longtemps pressenti, c'est le principe fondamental de l'œuvre qu'il conçoit à ce moment.
Par cette lecture-création il transforme ainsi Balzac (qui n'est pas un naturaliste, mais qui l'est?), en redécouvrant et en plaçant devant les yeux de tous ce que celui-ci avait eu conscience d'avoir fait: une seule grande œuvre rendue infinie par «le retour des personnages*».
Ce «retour des personnages» c'est le principe pour ainsi dire restreint (comme on dit à propos d'Einstein «la relativité restreinte») que Proust transformera en principe général (comme on dit «la relativité générale») dans La Recherche où ce sont non seulement les personnages qui font retour -à la fois semblables et infiniment différents d'une de leurs apparitions à l'autre, d'une différence parfois foudroyante- mais les objets (fleurs, vêtements, accessoires, et.), les bâtiments (églises, villas, châteaux, hôtels, appartements, etc.), les paysages, les climats, les saisons, les villes et que sais-je encore.
Le roman de la magie et de la métamorphose des êtres et des choses, mis à jour dans «La Comédie humaine» (et, sans doute auparavant, dans «Les Mémoires» du duc de Saint-Simon) et explosant de manière grandiose dans «À la recherche du temps perdu».
En réalité c'est le principe fondamental de toute la littérature (roman, poésie, théâtre, essai, etc.) que Proust faisait ainsi éclater devant les yeux de tous, le principe de toute grande œuvre.


* C'est l'équivalent de la rime et de toutes les règles qui président à la réitération, au retour des éléments dans la poésie.

2 commentaires:

filledufeu a dit…

La réitération est infinie, Proust laisse à sa mort une oeuvre inachevée, une oeuvre figée dans la linéarité de ses personnages n'a -t-elle pas quelque chose de parfait comme un drame de Shakespeare?

Jack a dit…

Tout ce qui est parfait est mort. C'est ce que je ressens.

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