jeudi 24 juin 2010
mercredi 23 juin 2010
À celle qui est trop gaie
C'est l'anniversaire de la première publication des «Fleurs du mal» de Charles Baudelaire en 1857.
Poursuivis devant les tribunaux, l'éditeur et l'auteur furent condamnés à retirer six pièces du recueil.
Ils les retirèrent pour l'édition française mais les publièrent en «supplément aux Fleurs du mal» à Bruxelles qui échappaient à la juridiction des tribunaux français.
Le jugement ne fut annulé en France qu'en 1949.
Si j'avais un conseil à donner aux Européens: faites en sorte que l'Europe n'ait jamais une justice unique, afin que la stupidité éventuelle (et toujours certaine) d'une justice nationale puisse être contrée par la justice nationale d'un autre pays.
On ne risque pas grand chose, même au Québec, en publiant un texte jugé jadis obscène mais songez qu'Apple a failli récemment interdire une application pour l'iPad ou l'iPhone parce que celle-ci contenait des scènes de nus.
Imaginez.
Une photo comportant un titre jugé obscène (comme «fesse», «pénis», «sein») n'est pas acceptée par Blogger.
La barbarie et la dictature ne sont jamais très loin.
Aussi, pour continuer le combat, voici une des pièces condamnées des «Fleurs du mal»:
À celle qui est trop gaie
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.
Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l'esprit des poètes
L'image d'un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime!
Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein;
Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon cœur,
Que j'ai puni sur une fleur
L'insolence de la Nature.
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l'heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,
Et, vertigineuse douceur!
À travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T'infuser mon venin, ma sœur!
L'éducation et ses réformes
Je trouve cette remarque tellement juste que je la fais répéter par ce beau chien aux yeux bleus.
D'autant plus que je suis juste de retour d'un petit aller-retour chirurgical à Québec et que je n'ai envie que de laisser les autres penser à ma place.
La machine cérébrale devrait se remettre à ronronner bientôt.
Une fois encore.
(J'espère...)
mardi 22 juin 2010
4e jour du mois de messidor (22 juin)
Jour de la véronique,
4e jour du mois de messidor
dans le calendrier républicain français.

Collection d'art Loto-Québec à Jonquière




Ce sont quelques photos de la salle où l'on expose la collection d'art Loto-Québec au Centre national d'exposition de Jonquière (jusqu'au 27 juin).
On y voit un Riopelle (3 et 4e photos), un Molinari (2 et 4e photos), un Sullivan, un Suzor-Côté (1ère photo), entre autres parmi les anciens, et des œuvres splendides de la relève.
Le chat avec raison ne veut être que le chat
Récemment (dans un autre billet) ce chaton nous montrait sa langue, qui rivalisait avec celle d'un humain célèbre.
Maintenant il dort avec sa peluche, rivalisant avec des humains de toutes sortes, lorsqu'ils sont bébés.
Et ne rêvant qu'à être lui-même, contrairement à eux (selon Neruda).
(Extrait de l'«Oda al Gato»)
El hombre quiere ser pescado y pájaro,
la serpiente quisiera tener alas,
el perro es un león desorientado,
el ingeniero quiere ser poeta,
la mosca estudia para golondrina,
el poeta trata de imitar la mosca,
pero el gato
quiere ser sólo gato
y todo gato es gato
desde bigote a cola
Traduction proposée
L'homme voudrait être poisson et oiseau,
Le serpent voudrait avoir des ailes,
Le chien est un lion désorienté,
L'ingénieur veut être poète,
La mouche étudie pour devenir hirondelle,
Le poète essaie d'imiter la mouche,
Mais le chat,
Ne veut être que le chat,
Et chaque chat est chat,
De la moustache à la queue.
lundi 21 juin 2010
3e jour du mois de messidor (21 juin)
Jour de l'oignon,
3e jour du mois de messidor
dans le calendrier républicain français.

Funeste découverte du Nouveau Monde pour ceux qui l'habitaient
Dans ce livre, « Québec, trésor d'Amérique », dont je vous ai parlé ici, il y a une photo de cette famille amérindienne sculptée par Louis-Philippe Hébert pour orner l'entrée principale de l'Hôtel du Parlement du Québec.Elle s'intitule « La halte dans la forêt ».
La voici en contexte devant cette entrée principale :
Voyez-la entre les quatre colonnes ioniques de granit.
Au-dessous d'elle la sculpture d'un Amérindien pêcheur, celle-ci :
Je crois qu'en plaçant ainsi ces sculptures, ceux qui ont conçu ce bâtiment ont voulu rendre un hommage, trop tardif hélas, à ceux qui nous ont précédés sur cette terre d'Amérique et que nous avons laissé massacrer ou déculturaliser sans protester.(Peut-être avons-nous, quand nous l'avons pu, participé au génocide perpétré par nos maîtres anglo-saxons et par nos maîtres catholiques).
François-Xavier Garneau, dans son « Histoire » (c'est le livre fondateur de la littérature et de la nation québécoises), exprimait déjà son regret de la disparition de ces peuples qui nous ont enseigné tant de choses et à qui, en guise de récompense, nous avons tant volé, tout volé.
Voici ce que Garneau écrivait (toujours avec la pensée que c'est de nous, Québécois, qu'il parlait aussi, prévoyant notre disparition future, qui allait inéluctablement suivre celle des Amérindiens) :
Si la découverte du Nouveau Monde a exercé une salutaire influence sur la destinée de l'Europe, elle a été funeste aux nations qui peuplaient les forêts de l'Amérique. Leur amour de la liberté, leurs mœurs belliqueuses, leur intrépidité, retardent encore à peine d'un jour leur ruine. Au contact de la civilisation, elles tombent plus rapidement que les bois mystérieux qui leur servaient de retraite, et bientôt, selon les paroles poétiques de Lamennais, elles auront disparu sans laisser plus de trace que les brises qui passent sur les savanes. Nous plaignons leur destinée. En moins de trois siècles, elles se sont effacées d'une grande partie du continent. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher les causes de l'anéantissement de tant de peuples dans un espace de temps si court que l'imagination en est étonnée. Cela mènerait loin, et ne nous offrirait que des images tristes pour l'orgueil de l'homme.
Voici la famille amérindienne photographiée de dos :

Et Garneau écrivait ceci avant les tentatives de génocides culturels ourdies par le gouvernement du Canada suivi même par notre propre gouvernement francophone, héritier pourtant de Champlain et non d'Amherst, comme les gouvernements anglophones canadiens, fédéral et provinciaux, et accomplies avec la complicité ignoble des églises se proclamant elles-mêmes chrétiennes, mensongèrement.
Trop tôt, trop tard

C'est au tour de Diogène étendu dans l'escalier de parler dans cette «École d'Athènes» de Raphaël où Aristote (ici) et Platon (là) l'ont déjà fait.
«Quand on est jeune, il est trop tôt; quand on est vieux, il est trop tard», dit-il.
Pourquoi?
Pour vivre?
Pour penser?
Pour découvrir la vérité?
Ou le mensonge du monde?
Qu'on pourrait tenter de dénoncer quand on est jeune si on s'en donnait la peine?
Sait-on.
dimanche 20 juin 2010
Peluches
L'âne chrétien
Une injure à un mort, c'est ainsi que l'on doit appeler cela.
Un mort que l'humanité a distingué comme faisant partie des meilleurs d'entre les hommes en lui décernant le Nobel de littérature.
Lisez bien ce paragraphe: pas le moindre regret à propos de l'Inquisition et des croisades, à propos de ses propres crimes, seulement des attaques contre les crimes des autres, comme si celui qui jetait la première pierre était sans péché:
«Il [Saramago] disait perdre le sommeil à la seule pensée des croisades ou de l'Inquisition en oubliant les goulags, les purges, les génocides et les samizdat (écrits de dissidents à l'époque soviétique, ndlr) culturels et religieux», assène encore l'Osservatore Romano dans son éditorial.
Et cette injure, -équivalente à celles que les staliniens et autres hitlériens utilisaient à l'égard des dissidents exécutés qui avaient révélé les crimes de leurs dictatures-, provient des fidèles d'une religion d'amour.
Cette violence est la preuve de la véracité de tout ce qu'a écrit Saramago à propos de l'Église catholique, et des chrétiens en général: cette église est l'ancêtre des partis uniques et des dictatures, leur modèle.
Leur noyau.
Leur inspiration.
Précis de vérité
Les pensées d'Émil Cioran sont comme cette musique que Mozart composait à la suite de ses contacts avec des musiciens italiens d'«avant-garde» lors de son séjour en Italie: cette musique «grinçait» aux dires de son père. Elle était nouvelle.
Aujourd'hui nous la considérons comme le comble de la grâce et de l'harmonie.
Les pensées de Cioran «grincent».
Il y en a beaucoup que j'aimerais vous faire lire.
Elles sont toutes aussi véridiques et de mauvaise foi les unes que les autres.
Il y aurait celle-ci par exemple:
Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie.
Ou cette autre:
En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même.
Ou cette autre encore:
Il y a du charlatan dans quiconque triomphe en quelque domaine que ce soit.
Une autre (qui me concerne peut-être en tant que blogueur, quoique un blogueur soit un «parleur» plutôt qu'un penseur):
Tous les penseurs sont des ratés de l'action et qui se vengent de leur échec par l'entremise des concepts.
Mais je ne vous rapporterai que ces deux-ci, qui sont davantage en accord avec mes thèmes habituels:
Les religions, comme les idéologies qui en ont hérité les vices, se réduisent à des croisades contre l'humour.
Qui a déjà vu rire un fondateur de religion ou un dictateur, excepté d'un rire sadique quand il a été question de l'exécution d'un hérétique ou de dissidents?
Et celle-ci que j'aurais dû déjà savoir quand je prenais parti pour les Israéliens lors de la Guerre des Six jours en 1967. On constate depuis leur victoire qu'ils sont effectivement faits de la même boue que ceux qu'aujourd'hui ils oppriment.
Mais n'est-ce pas leur dieu commun -oppresseurs et opprimés d'hier, opprimés et oppresseurs d'aujourd'hui- qui les a ainsi créés?
Et les martyrs chrétiens? Ceux qui se sont réclamés d'eux pour prendre le pouvoir à partir de Constantin et de Théodose, n'ont-ils pas transformé leurs opposants en de nouveaux martyrs depuis 1 700 ans?
On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu'ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs.
samedi 19 juin 2010
Qu'est-ce que Rome?
Rien ne peint mieux la désinvolture historique des Italiens à l'égard de leur (?) héritage romain que cette photo: on est déguisé en soldats romains, on fume et on prête l'oreille seulement au match de «foot» en Afrique du Sud ou au Brésil, pendant que le Colisée montre en vain ses blessures aux yeux de l'univers.
Nouveau Janus
J'ai déjà parlé (ici) de Louise Bourgeois -qui vient de mourir récemment (31 mai dernier)- et de ses sculptures géantes d'araignées.
Ces araignées, selon l'artiste, représentaient sa mère.
Je ne sais pas si cette sculpture de pénis rabougri de couleur suspecte (à mi-chemin entre pénis et étron, si vous me permettez de le dire) représente son père mais avec une mère représentée par des araignées géantes, cela ne serait pas étonnant.
En réalité, si vous regardez bien, ce sont deux pénis raboutés l'un à l'autre que représente cette sculpture.
Il y a plusieurs sculptures de ce genre, que Louise Bourgeois appelle toutes «Janus», dieu romain à double visage, l'un pour la guerre, l'autre pour la paix.
Mais il y a aussi «anus» dans «Janus» et c'est peut-être la raison véritable du nom des sculptures.
(En tous cas cela justifie ma description de la sculpture photographiée ci-dessus).
Voyez l'une des sculptures de l'arrière-plan de la photo, prise de côté, pénis aussi bien charcutés que raboutés (et que rabougris).
La sculpture de l'Araignée donnait jadis des frissons à certains de mes visiteurs.
C'est cette sculpture qui me donne à moi des frissons.
(Le diaporama originel de certaines œuvres de Louise Bourgeois est ici).
Grosses fautes d'un qui a des souliers trop grands pour lui
Une autre grosse faute de Nicolas Sarkozy, seulement grammaticale cette fois.
Le verbe «battre» à la troisième personne plurielle du passé simple serait, selon le président de la République française, «batturent» plutôt que «battirent»
Cette faute n'est pas du calibre de celle qu'il a faite en se laissant manipuler par les Desmarais et en déconsidérant le combat des Québécois pour la liberté, mais elle est significative.
Et intellectuellement du même ordre.
Je parlais hier des illusions du général de Gaulle lors de son appel du 18 juin (ici): l'élection incroyable de Nicolas Sarkozy à la fonction qu'a occupée le général était un des faits sur lesquels je m'appuyais silencieusement pour parler de ces illusions.
Quelqu'un qui, comme Pétain, n'a pas de culture générale et qui, par conséquent, est incapable de commander (voir ici).
(Tout en ayant la même idéologie de collaboration avec l'ennemi, y compris des relents de racisme).
Mais voici d'autres fautes présidentielles -grammaticales- que relève Slate.fr (ici).
Les fautes politiques, historiques, économiques sont si nombreuses que j'ai décidé de ne plus les compter, ni même de m'y intéresser.
Je suis cordonnier, je me limite donc aux chaussures en ce qui concerne Nicolas Sarkozy.
Voici ces quelques fautes:
- «On commence par les infirmières parce qu'ils sont les plus nombreux» - Rambouillet le 13 mars 2009, plan de réforme des hôpitaux.
- «Je sors de ma douche parce que j'étais faire sport» - Rencontre avec des lectrices de Femme Actuelle en mai 2009.
- «Qu'est-ce que j'm'aperçois?» et «Si y en a que ça les démange d'augmenter les impôts...» - Le 17 mars 2009, devant les ouvriers d'Alstom à Ornans.
- «C'est quand même agréable de voir des hauts fonctionnaires à qui vous comprenez quand y parlent» - Provins, 20 janvier 2009.
«Descends un peu! Si t'as que... Si tu crois que... Si tu crois que... Si tu crois qu'c'est en insultant qu'tu vas régler le problème des pêcheurs, et ben pe-permets moi d'te dire, permets moi... pe-pe-tu-tu-tu-tu-tu... Eh ben viens!» - Le 6 novembre 2007, devant les pêcheurs du Guilvinec.
A-t-il vraiment fréquenté l'école? Si oui, laquelle? En quel pays?













