samedi 8 novembre 2008

Température du 8 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

L'Essence de la politique?

Une pensée à méditer pendant les temps électoraux, surtout quand les élections ont été déclenchées sans raisons légales ou importantes.
Je pense quant à moi que des élections ainsi déclenchées dissimulent des intentions inavouables.
Surtout de la part de quelqu'un dont on pourrait dire, comme les vers du Cimetière marin (de Paul Valéry, également)

. . . . . . . . . . . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!


J'écris ton nom/Liberté

Dans une interview (là) aujourd'hui dans le journal Le Monde à propos de l'élection présidentielle états-unienne, le professeur Eric Foner, spécialiste du XXe siècle aux Etats-Unis et qui enseigne à l'Université Columbia dit:

«Revendiqué par des politiques très différentes, le terme «liberté» a toujours eu diverses acceptions aux États-Unis. George Bush l'a quasiment discrédité. Mon espoir est qu' Obama saura restaurer sa signification dans toute sa noblesse».

Ce n'est pas seulement Bush qui a discrédité le mot «Liberté» -en établissant Guantanamo notamment- mais tous les politiciens états-uniens (je ne dis pas «hommes politiques» car le système électoral états-unien transforme tous ceux qui désirent faire de la politique aux États-Unis en «politiciens*», c'est-à-dire en personnes soucieuses seulement d'être élues, par n'importe quels moyens et pour faire n'importe quoi, vous voyez ce que je veux dire).
Rappelez-vous notamment tous ces membres du Congrès qui avaient voté pour décréter que les «
French Fries»** s'appelleraient dorénavant «Freedom Fries» pour punir les Français de ne pas avoir cru leurs mensonges au Conseil de sécurité des Nations-Unies à propos des armes de destruction massive de l'Iraq de Saddam Hussein.
«
Les frites de la liberté»: quel nom pour discréditer le mot «Liberté». Heureusement qu'ils avaient utilisé le terme d'origine germanique «Freedom» -plus approprié pour une niaiserie- plutôt que celui de «Liberty», d'origine française, qu'ils auraient ainsi traîné dans leur boue.
Mais, ce faisant, ils s'étaient révélés comme ils étaient, des ennemis de la liberté.
Et, simultanément, mais ces deux termes vont toujours ensemble pour qualifier les mêmes gens, ennemis de la vérité.
Il y a un beau poème de Paul Éluard (dessin à gauche) qui dit tout ce que le mot «
liberté» signifie en français et qui s'intitule justement «Liberté». Je voudrais vous le faire connaître si vous ne le connaissez pas et vous donner le bonheur de le relire si vous le connaissez déjà.
Et, vous le présentant, j'aimerais vous rappeler qu'il ne faut pas être comme ces gens-là pour qui ce mot (et sans doute la chose) ne vaut que «patates».

Liberté***

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.




*présente une connotation péjorative (en français international excepté au Québec à cause de l'anglais «politician» qui n'est pas péjoratif, on voit pourquoi). En effet, il s'emploie souvent pour parler de quelqu'un qui ne vit que de ses fonctions politiques et fait preuve d'une grande rouerie dans les intrigues de la vie politique. Je l'emploie dans les sens international -toujours, avec une moue méprisante, en pensant à Jean Chrétien ou à Maurice Duplessis.
**nom des pommes de terre frites en anglais états-unien: à mon avis ce serait plutôt des «Belgian Fries» si on veut être véridique. Mais dans la bouche de tels gens une langue qui dirait la vérité leur brûlerait les lèvres.
***Tiré du recueil «Poésie et vérité 42», 1942.

vendredi 7 novembre 2008

Température du 7 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Mettre les maux en mots

Aujourd'hui, en guise de note, une citation de Boris Cyrulnik:

« Certains événements sont tellement monstrueux qu’ils sont impossibles à dire. Et lorsqu’il parle, un traumatisé se heurte souvent à l’incrédulité. Humilié, chassé de la condition des hommes, il se sent, au fond, comme un épouvantail, une illusion d’être humain. Cela provoque une deuxième souffrance. Pour l’aider, il faut l’écouter au moment où il le souhaite. Car dès l’instant où il peut raconter son trauma à sa famille ou à ses amis, il réintègre le monde des humains. Tout ce qui peut mettre les maux en mots, leur donner à la fois un sens et une valeur, est une clé de résilience*».

Peut-être que toute écriture, toute parole, toute œuvre, voire même un blogue (comme celui-ci par exemple), est un processus de «mise en mots de maux».
Certaines de mes notes me le laissent croire parfois.


* Voici la définition de ce mot dans Wikipédia. Suivez le lien pour avoir davantage d'informations sur cette notion: «La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression. La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, et l'encadrement médical d'une thérapie, d'une analyse».

jeudi 6 novembre 2008

Température du 6 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Ku Klux Klan ou Mi-carême épiscopal?


Dans ma note du 4 novembre (avant-hier déjà) je vous parlais de cet évêque du diocèse de Chicoutimi -Marius Paré- qui avait parlé du Collège de Jonquière où j'étudiais comme d'un collège «communiste» à cause d'un ciné-club où l'on présentait des films que le clergé -sinon l'Église catholique tout entière- désapprouvait.
La conséquence de cette insulte ne s'était pas limitée à la modification du lieu de projection des films et à la «laïcisation» du ciné-club.
(En passant, une précision: la mise sur pied d'un ciné-club permettait de ne pas être soumis au «Bureau de la Censure cinématographique» qui était tout-puissant au Québec à l'époque, et coupait systématiquement dans les films -quand il ne les interdisait pas- tout ce qui avait même une légère connotation sexuelle ou anti-catholique: un ciné-club pouvait présenter tous les films, et sans coupures).
Une autre conséquence du «mot» de l'évêque avait été une caricature non pas de l'évêque mais d'un évêque publié dans le journal étudiant du
Collège de Jonquière qui s'appelait «Le Cran» (peut-être fondé par celui qui plus tard est devenu premier ministre du Québec, Lucien Bouchard)*.
L'auteur de ce dessin était Sauveur Laberge, un professeur de littérature (c'est ce professeur qui, en versification -la 4e année du cours classique traditionnel-, m'a le premier orienté vers la littérature),
Il avait tous les dons et les circonstances de sa mort (je ne veux pas en parler) ont, plus tard, peiné tous ceux qui le connaissaient.
Naturellement je n'ai pas l'original de sa caricature et je n'ai pas accès aux archives du journal «
Le Cran» (existent-elles?).
J'ai donc essayé, avec les faibles dons dont je dispose et, surtout, avec les moyens informatiques que j'ai en main, de refaire ce dessin pour vous en donner une idée.
Il comporte deux éléments. Le voici (excusez mon irrespect à l'égard de quelqu'un que j'admire toujours):



















Il n'y avait pas de légendes mais on peut en imaginer une en forme de question: évêque ou membre du ku klux klan?
Ou bien, pour recourir à une expression plus québécoise: évêque ou mi-carême?
Ou encore: celui qui guide ou celui qui fait peur?
La question reste posée encore aujourd'hui mais évidemment elle avait ulcéré l'évêque sans l'amener à se poser des questions sur ce qu'il désirait être car un évêque en ce temps (peut-être encore maintenant) ne se posait pas de questions: il éructait des ordres et des condamnations.

* J'en ai été directeur quelques années après ces évènements.

mercredi 5 novembre 2008

Température du 5 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Hope and Dream

Peut-être l'élection hier de Barack Obama à la présidence des États-Unis est-elle la manifestation la plus éclatante d'un mouvement qui a lieu à l'heure actuelle dans toute l'Amérique, celui de la lente prise du pouvoir par les conquis (en Amérique latine) et par les esclaves (aux États-Unis où, hélas, les conquis ont tant été massacrés qu'il n'en reste plus pour faire comme font ceux de l'Amérique latine).
Peut-être cette élection est-elle susceptible d'accélérer ce mouvement de prise de pouvoir.
Peut-être verra-t-on enfin être humiliés à leur tour ces orgueilleux, sourds et aveugles conquérants qui ont tenté d'imposer leur Dieu et leurs sottises (et leur «merde», si vous me permettez l'expression, celle qu'ils mangent et celles qu'ils produisent) non seulement à l'Amérique mais aussi au monde.

Peut-être verra-t-on enfin la volonté du peuple l'emporter sur la présumée et invraisemblable volonté de Dieu (surtout quand elle est imposée par ceux qui s'abstiennent de s'y soumettre).
Ou peut-être verra-t-on s'imposer enfin (même aux États-Unis) le principe: «Ce que le peuple veut, Dieu le veut».
Depuis deux jours c'est un «été des Indiens» au Québec. On peut rêver un peu que, pour toujours, ce soit l'été des humiliés et des offensés.

Et que ne revienne jamais l'hiver des «preachers», des sbires et des séides de Bush (et que les Canadiens chassent ceux de ces séides et de ces sbires qui gouvernent actuellement chez eux).

mardi 4 novembre 2008

Température du 4 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Nouvelle Vague, Miles Davis

Pour moi, le véritable cinéma aura toujours quelque chose à voir avec la Nouvelle Vague française, née à la fin des années cinquante et au début des années soixante.
Bien sûr c'était mon adolescence et c'est à cet âge que l'on vit les expériences intellectuelles (entre autres, mais je ne parlerai pas des autres expériences maintenant, plus tard peut-être) qui vont marquer toute votre vie.
Cette relation entre cinéma et Nouvelle Vague, je la dois sans doute au Père Gilbert Trépanier qui avait organisé pour les étudiants du Collège de Jonquière, mais aussi pour les personnes intéressées de la ville, un ciné-club où il présentait les films français de l'époque.
Les projections organisées par ce ciné-club se faisaient dans un cinéma commercial de la ville -le cinéma Centre, rue St-Dominique- car le Père Trépanier ne pouvait pas les présenter à l'intérieur du Collège.
Voici pourquoi (et vous allez reconnaître ici -ou connaître si vous n'y avez pas vécu- le Québec d'avant les années soixante).
Une première projection de film avait été faite à l'intérieur du Collège.
À la suite de cette projection, Marius Paré, l'évêque du diocèse -dont ne dépendait pas le Collège de Jonquière qui était dirigé par une communauté religieuse indépendante de l'évêque, les Oblats de Marie-Immaculée- avait parlé du Collège comme d'un collège «communiste».
Dans sa bouche, comme dans la bouche des religieux de ce temps et de leurs affidés, c'était l'injure suprême.
Comme tous les évêques dont j'ai pu suivre les carrières, les discours et les sermons (et cela comprend les papes, les archevêques et les cardinaux), Marius Paré n'était pas très intelligent: il était croyant, c'est tout dire.
Ce manque d'intelligence le rendait dangereux (et les autres le sont tous aujourd'hui, autant que lui).
Le ciné-club du Père Trépanier s'était donc détaché du Collège et, se «laïcisant», avait migré hors du Collège, vers le cinéma Centre (détruit depuis: punition divine?).
Peut-être avait-il été placé sous la responsabilité de laïcs incroyants ou sceptiques qui échappaient ainsi un peu à l'autorité de l'évêque (mais c'était dangereux pour eux: ils pouvaient éventuellement souffrir de discrimination ou d'humiliations, comme dans un État totalitaire).
Ah! qu'il est bon que ce temps soit disparu malgré la présence incongrue aujourd'hui de toute la tribu sacerdotale.
Parlons de choses plus intéressantes.
Je présenterai éventuellement dans d'autres notes des films présentés par ce ciné-club qui ont eu une grande importance pour moi.
Pour le moment je veux juste présenter le film «Ascenseur pour l'échafaud» de Louis Malle.
Ce film était une sorte de tragédie moderne avec Jeanne Moreau et Maurice Ronet.
Le personnage principal -après avoir commis un meurtre- était conduit à l'échafaud par une panne d'ascenseur.
Tout le film était un long «suspense», scandé par la musique improvisée pour le film par un
«quintet» dirigé par Miles Davis.
C'est cette musique qui importait dans le film, l'histoire n'étant pour ainsi dire que le prétexte de cette musique.
Ce n'est sûrement pas ce que désirait le réalisateur du film, mais c'est ainsi que tout m'est apparu: de la musique ayant le visage de Jeanne Moreau et de Maurice Ronet (surtout).
Voici les visages:










Et voici le film-annonce de la version américaine du film:



Voici la représentation du «suspense» du film (en deux photos):


























Et voici -sur un lecteur Deezer- un des thèmes du film qui en révèle le battement profond:


Découvrez Miles Davis!

J'ajouterai d'autres lecteurs Deezer bientôt à cette note: cette musique me semble les mériter.

lundi 3 novembre 2008

Température du 3 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Un Monde d'art qui devient la réalité

À Barcelone, dans le Barri Gòtic, la Carrer (rue) Ferran continue la Carrer de Jaume I où était situé notre hôtel (le Gran Barcino) au-delà de la Plaça St Jaume.
Au bout de la Carrer Ferran, la Rambla.
C'est là que l'on peut prendre le métro à la station Liceu, (une murale de cette station ci-contre) en face du Liceu qui est l'Opéra de Barcelone.
De cette station -par la ligne verte- on se rend à la station Paral.lel (voir le plan du métro ci-haut: les stations Liceu et Paral.lell sont entourées d'un rectangle).
De cette station on peut, sans sortir à l'extérieur, prendre le funiculaire vers le Parc de Montjuic et la Fondation Miro.

Surprise, les rames de métro sont climatisées.
Mais pas les stations, où la chaleur est infernale.
Il faut ôter et mettre son blouson, son chandail. Les remettre. Les ôter encore.
Ce n'est pas commode: à mon avis il fallait tout climatiser ou rien.
Que ce serait bien si le métro de Montréal était climatisé, stations et rames.
Le musée de la Fondation Miro.

Voici quelques-unes des sculptures qu'on y présente.
Miro est l'un des artistes (Gaudi en est un autre) en fonction duquel, à mon avis, s'est définie la Barcelone moderne: couleurs chatoyantes, miroitantes et formes hardies qui ne cherchent pas à imiter ou représenter ce qui existe déjà.
Car une grande partie de l'art moderne ne vise pas à «imiter» ce qui existe déjà, -par exemple une sculpture moderne ne vise pas à ressembler à un être humain existant ou même à un être humain imaginé ou à un quelconque objet réel ou imaginé-, une grande partie de l'art moderne cherche à créer de nouveaux êtres ou de nouveaux objets.
Miro veut créer de nouveaux êtres.
Des êtres que n'a pas créés la nature. Des êtres sortis de la pensée et des mains d'un être humain.
Et les êtres qu'il crée sont merveilleusement colorés et leurs formes nouvelles, inédites, amènent des sourires et des pensées de joie.
Comme
Barcelone elle-même, qui devient, peu à peu, un monde d'art qu'elle transforme en monde réel et offre à ceux qui la visite, je dirais, dans la joie et dans la fête.
Voici des êtres nouveaux qui nous accueillent à la Fondation Miro.

Certains ont des parties qui ressemblent à ce qui existe déjà. Mais c'est pour être plus joyeux, plus jubilatoires encore.

dimanche 2 novembre 2008

Température du 2 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Classe de «Méthode»-Collège de Jonquière vers 1960

Cet été, la famille d'un vieil ami (je le connais depuis l'année de cette photo ci-haut, dont je vais vous parler) a organisé une fête pour son 65e anniversaire.
À cette occasion on a invité un certain nombre de ses parents et amis -ceux avec lesquels il avait entretenu une relation suivie- à composer un texte décrivant leur relation avec lui.
Ma femme -que cet ami compte aussi parmi ses amis- a composé un texte remarquable.
Je ne pouvais pas lui faire concurrence.
J'ai donc -comme on le fait parfois dans certains colloques scientifiques- préparé « une communication par affiche » sur un carton de présentation.
Cette « affiche » comptait 22 photos prises de 1960 à environ 2000.
Mon ami et sa femme avaient conservé l'affiche un certain temps mais ils l'ont rendue hier. Je l'ai parcourue et elle m'a semblé intéressante.
Je ne vous présenterai pas les 22 photos. Peut-être quelques-unes dont je pourrai tirer une idée ou une remarque qui vous intéressera mais sans obligation de ma part.
Je vous présente la photo ci-dessus parce que c'est une photo de classe, celle de la classe de « Méthode » (c'est le nom qu'on donnait à la troisième année du cours classique -première année où l'on étudiait le grec ancien) au Collège de Jonquière en 1960, avant le début de ce qu'on a appelé la « Révolution tranquille ».
Voyez notre professeur titulaire à droite, le Père André Denis, oblat de Marie-Immaculée: il est en soutane et porte le « col romain » car le concile de Vatican II n'avait pas encore eu lieu.
Nous les étudiants sommes en uniforme, -blazer marine (avec l'écusson du collège cousu sur la pochette à gauche), pantalon gris, chemise, cravate.
Je vous présente cette photo parce que j'ai l'impression qu'elle nous met en contact direct avec un temps disparu à jamais dont je suis un survivant.
(Au cas où vous désireriez le savoir je suis le premier de la deuxième rangée à gauche, celui avec une invraisemblable lèvre inférieure. Et l'ami dont il est question est à ma gauche).

samedi 1 novembre 2008

Température du 1er novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Dimanche Velazquez

Le dimanche 14 septembre (2008 !). Nous sommes devant le Musée du Prado à Madrid. C'est seulement notre deuxième journée en Espagne. Nous arrivons d'une journée dans la belle Tolède où nous avons vu tant de Greco.
Nous faisons la queue avec quelques compagnes et compagnons de voyage et avec la foule espagnole qui s'étonne (seulement un peu et sans trop le montrer) d'entendre parler français.
Je regarde (nous regardons peut-être) cette statue de Velázquez assis. Nous la voyons surtout de côté.

Le soleil plombe mais c'est la fin de l'après-midi. Nous sommes à Madrid. Nous sommes au Prado et nous allons bientôt voir l'un des plus beaux tableaux du monde, celui dont j'ai tant parlé dans mes cours de « Théories littéraires ». Il est de Velázquez, celui qui est assis là sur son socle.
Ce tableau qu'il faut voir enfin puisque nous avons si peu de temps, mais aussi ceux de Goya peut-être.

Moment de bonheur devant ce beau musée, ce beau palais néo-classique de la fin du 18e siècle, Paseo del Prado, comme si l'un des buts de votre vie allait être bientôt atteint.
Un autre but après celui d'avoir vu Tolède, sur le Tage qui va jusqu'à Lisbonne (voir Lisbonne bientôt).

Calculs, calculs en Espagne

Que font ces dames avec tant de soins? Les unes à gauche (Marie-France et Denise -c'est ma femme) divisant l'addition (excusez le jeu de mot) et ventilant les coûts de chaque élément du repas (entrées, plats principaux, desserts, boissons) entre les convives et/ou les couples de convives, les autres à droite (Céline et Louise) supervisant attentivement les calculs de leurs compagnes?
Eh bien ces dames font ce qu'on est obligé de faire en Espagne quand on mange en groupe dans les restaurants.
Car, on ne sait pourquoi (manque de calculatrices ou d'ordinateurs? manque d'intérêt? manque de formation? manque de politesse?), aucun serveur en Espagne ne consent à faire plusieurs additions pour la même table.
Seulement une. Solamente una.

Les dames du groupe (tiens, je le remarque maintenant, la plupart du temps ce sont les dames) sont obligées de se charger d'un travail que les serveurs du monde entier se chargent d'effectuer sauf en Espagne, que ce soit à Valence, comme ici sur la photo, ou que ce soit à Madrid, à Cordoue, à Grenade, à Séville, à Barcelone.
Mon fils m'apprend que même dans les restaurants espagnols (pas hispaniques, espagnols, c'est-à-dire servant de la cuisine d'Espagne) de Montréal, les choses se passent ainsi, malgré les équipements informatiques équivalents à ceux des autres restaurants.

Les Espagnols n'ont peut-être pas la tête aux chiffres.
Un seul restaurant -La Miranda, en Catalogne, aux environs de Girone, dans un cadre magnifique au bord de la Méditerranée-, sur l'insistance de notre guide de la Catalogne -Conchita-, avait consenti à faire faire les calculs par les serveurs: l'opération était si peu habituelle qu'elle a été d'une étonnante longueur.
Aussi longue que le service des pizzas que la plupart de nos compagnes et compagnons de voyage avaient commandées (mon poisson est arrivé très rapidement et mon énorme tiramisu, bien avant certaines pizzas)
Heureusement les deux Argentins qui constituaient l'orchestre ont pu nous faire patienter un peu en nous interprétant, entre autres, «Besame Mucho» et «Por Una Cabeza».

Pendant ce temps, (revenons à Valence) nous, les hommes du groupe (de gauche à droite, Michel, André et moi-même, heureusement dissimulé à l'objectif par Marie-France), interrogions nos goussets pour trouver la somme appropriée, regardions les convives du restaurant d'en face «La Vita é bella» (oui la vie était belle, malgré les calculs, en Espagne) et le beau ciel du dimanche après-midi de Valence, à la Taberna La Cata, Plaza Mariano Benlliure.
Ne pas oublier, au prochain voyage en Espagne, de se munir d'une petite calculatrice.
Voici «Por Una Cabeza» au cas où vous ne connaîtriez pas ce merveilleux tango argentin. Dans la vidéo que j'ai choisie, tiré du film «Parfum de femme» (le
remake états-unien du film italien), il est dansé par Al Pacino -qui joue un aveugle (comme Borgès et, à cause de cela, touchant)- et la jolie Gabrielle Anwar.



Et voici la chanson -sur un petit lecteur importé de Deezer (c'est la première fois que je fais cela)-, par son compositeur, Carlos Gardel, suivie par les paroles d'Alfredo La Pera:


Découvrez Carlos Gardel!


Por una cabeza
Música: Carlos Gardel
Letra: Alfredo Le Pera

Por una cabeza de un noble potrillo
que justo en la raya afloja al llegar
y que al regresar parece decir:
No olvides, hermano, vos sabés que no hay que jugar...

Por una cabeza, metejón de un día,
de aquella coqueta y risueña mujer
que al jurar sonriendo, el amor que está mintiendo,
quema en una hoguera todo mi querer.

Por una cabeza
todas las locuras,
su boca que besa
borra la tristeza,
calma la amargura.

Por una cabeza
si ella me olvida
qué importa perderme,
mil veces la vida
para qué vivir...

Cuántos desengaños, por una cabeza,
yo juré mil veces, no vuelvo a insistir,
pero si un mirar me hiere al pasar,
su boca de fuego, otra vez, quiero besar.

Basta de carreras, se acabó la timba,
un final reñido yo no vuelvo a ver,
pero si algún pingo llega a ser fija el domingo,
yo me juego entero, qué le voy a hacer.

Por una cabeza

todas las locuras,
su boca que besa
borra la tristeza,
calma la amargura.

Por una cabeza
si ella me olvida
qué importa perderme,
mil veces la vida
para qué vivir...