Durant l'été 1949, Simone de Beauvoir, philosophe française de quarante et un ans, publiait le second tome d'un ouvrage auquel elle travaillait depuis deux ans.
Il s'intitulait « Le Deuxième Sexe ».
Dès sa première semaine en librairie, il s'écoula à 22 000 exemplaires. Le Vatican l'inscrivit à l'Index des livres interdits. Albert Camus, son ancien ami, le qualifia d'« insulte à l'homme latin ». Les critiques conservateurs la jugeaient amère, frustrée et inépousable. L'Église catholique prêcha contre elle. Pendant des années, les cafés parisiens débattirent de son sort autour d'un verre de vin.
L'ouvrage comptait près de mille pages. Pourtant, presque tous ses arguments se résumaient à une simple phrase de son introduction :
« On ne naît pas femme : on le devient.»
Cette phrase, l'une des plus citées de la philosophie du XXe siècle, a exercé une influence considérable, bien que discrète. Ce que Beauvoir défendait – patiemment, sur des centaines de pages, s'appuyant sur des entretiens avec des dizaines de femmes, sur l'histoire, la biologie, la littérature, et sur sa propre vie – c'est que la féminité n'était pas un fait naturel. C'était un long et lent processus de construction, un cheminement qui durait toute une vie. On ne naît pas femme, disait-elle. On la construit par l'attente. Par la répétition. Par les petites leçons quotidiennes que chaque culture inculque discrètement à ses filles sur ce qu'elles sont et ce qu'elles ne sont pas. Par la manière dont sa liberté est instituée avant même qu'elle ait les mots pour la décrire.
Beauvoir était existentialiste. Elle croyait que chaque être humain naît libre – radicalement, effroyablement libre – et que devenir une personne, c'est choisir qui l'on veut devenir. Ce qu'elle observait chez les femmes, dans la France de son époque et dans les siècles d'écrits qu'elle a étudiés, c'est que cette liberté arrivait déjà façonnée. On ne demandait pas à une jeune fille ce qu'elle voulait devenir. On le lui disait. Elle a assimilé la réponse à travers ses vêtements, ses jouets, les compliments que sa mère lui adressait pour son calme, les silences qui régnaient dans les pièces où les hommes parlaient. À l'âge adulte, la forme de sa liberté lui ressemblait tellement qu'elle ne parvenait plus toujours à distinguer où s'arrêtait la sienne et où commençait la leçon.
Beauvoir n'affirmait pas que les femmes étaient faibles. Elle disait que leur sentiment de force avait été érodé, lentement, tout au long de leur vie, et que la plupart d'entre elles n'en avaient pas été informées.
L'aspect le plus insidieusement dévastateur de son argumentation résidait dans le fait que les femmes participent souvent à leur propre situation. Non pas par choix. Non pas par aveuglement. Mais parce que le prix à payer pour sortir de ce rôle est élevé, et que ce rôle leur a été imposé par amour – par protection, par sentiment d'appartenance, par la possibilité d'être acceptées par ceux dont elles ont besoin. De la mauvaise foi, disait-elle, reprenant le terme de Sartre. Ces petites décisions quotidiennes qui les poussent à rester enfermées dans un rôle prédéfini, car l'alternative est épuisante, solitaire ou dangereuse. Mais elle croyait aussi — et c'est ce qui a assuré la longévité du livre — que ce qui est en devenir peut aussi devenir autre chose. Si une femme n'est pas née dans sa situation, elle n'y est pas condamnée pour autant. Le lent processus qui a construit ce rôle peut aussi le déconstruire. Pas toujours rapidement. Pas toujours au même rythme pour chaque femme, dans chaque culture, dans chaque situation économique. Mais c'est possible. Patiemment. De génération en génération.
À la fin des années 1950, Betty Friedan, qui écrivit La Femme mystifiée en 1963, lut Le Deuxième Sexe. À la fin des années 1960, Kate Millett, qui écrivit Sexual Politics, le lut. Au début des années 1970, Germaine Greer, qui écrivit La Femme eunuque, le lut. Toutes trois citèrent directement Beauvoir. Le livre que le Vatican avait interdit en 1949 était devenu, discrètement, le fondement de presque toutes les réflexions sur le genre qui allaient suivre pendant le demi-siècle suivant.
Beauvoir vécut assez longtemps pour en être témoin. Elle est décédée en 1986. Elle repose aux côtés de Sartre au cimetière du Montparnasse à Paris, où, presque chaque jour, quelqu'un dépose une petite pierre, une fleur ou un mot plié sur sa tombe.
Ce qui marque dans son œuvre, c'est sa patience.
Elle n'écrivait pas pour choquer. Elle écrivait pour décrire. Elle croyait que si l'on parvenait à décrire une situation avec suffisamment de précision — sans colère, sans flatterie, sans les fictions rassurantes du « c'est comme ça » —, alors le lecteur, un jour, lèverait les yeux de sa lecture et remarquerait que sa propre vie avait pris une tournure qu'elle n'avait pas choisie, et que, par endroits, doucement et lentement, cette tournure pouvait encore être redessinée.
Certains livres marquent une génération. Très peu marquent chaque génération qui suit.
Le Deuxième Sexe est de ceux-là.


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