jeudi 13 novembre 2008

Température du 13 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi










Neige au sol ce soir. Au moins 4 cm. Sera-t-elle définitive?

Aux marches du palais

Je n'ai rien d'autre à vous présenter à cette heure que cette vidéo -tournée par Jean-Christophe Averty- de Marie Laforêt chantant «Aux marches du palais», en noir et blanc mais avec ses grands yeux verts que je vous présente ci-dessus (je suis tombé sur cette vidéo ce soir par hasard):



Et voici les paroles de la chanson, un naïf poème du 18e siècle -qui a sans doute été composé avant que la Nouvelle-France ne soit séparée de la France:

Aux marches du palais.

Aux marches du palais.
Aux marches du palais.
Y a une tant belle fille, Lonla,
Y a une tant belle fille.

Elle a tant d'amoureux.
Elle a tant d'amoureux.
Qu'elle ne sait lequel prendre, Lonla.
Qu'elle ne sait lequel prendre.

C'est un p'tit cordonnier.
C'est un p'tit cordonnier.
Qu'a eu la préférence, Lonla.
Qu'a eu la préférence.

Et c'est en la chaussant.
Et c'est en la chaussant.
Qu'il fit sa confidence, Lonla.
Qu'il fit sa confidence.

La belle si tu voulais.
La belle si tu voulais.
Nous dormirions ensemble, Lonla.
Nous dormirions ensemble.

Dans un grand lit carré.
Dans un grand lit carré.
Orné de toile blanche, Lonla.
Orné de toile blanche.

Aux quatre coins du lit.
Aux quatre coins du lit.
Un bouquet de pervenches, Lonla.
Un bouquet de pervenches.

Dans le mitan du lit.
Dans le mitan du lit.
La rivière est profonde, Lonla.
La rivière est profonde.

Tous les chevaux du Roi.
Tous les chevaux du Roi.
Pourraient y boire ensemble, Lonla.
Pourraient y boire ensemble.

Et nous y dormirions.
Et nous y dormirions.
Jusqu'à la fin du monde, Lonla.
Jusqu'à la fin du monde.

Déesse et Dieu de la Mer



















Quelques quarante-quatre années séparent ces deux photos.
La première est une photo d'Ursula Andress dans le film «Dr No» (1962), le premier de la série «James Bond», tirée et inspirée de la série romanesque de Ian Fleming.
Selon certains critiques, la photo d'Ursula Andress a doté les années 60 de sa «
Naissance de Vénus» (du nom d'un tableau de Botticelli que je vous présente en bas et que vous connaissez).
La seconde photo est celle de Daniel Craig -sortant également de la mer- dans le film «Casino Royale» (2006). C'est l'avant-dernier des films de la série «James Bond».Daniel Craig est le septième des interprètes de James Bond.
Sa «sortie des eaux» en «speedo» a eu un grand retentissement lors de la sortie du film.
Je ne crois pas qu'il y ait, pour cette «sortie des eaux» d'un homme, un équivalent pictural comparable à la «Naissance de Vénus», du moins en Occident (peut-être faudrait-il chercher du côté de la sculpture, et surtout dans l'Antiquité).Selon certains sémioticiens et sociologues, les quarante années qui se sont écoulées entre la «sortie des eaux» d'Ursula Andress et celle de Daniel Craig sont l'espace de temps qui a été nécessaire pour que la civilisation occidentale rende équivalents le corps de la femme et le corps de l'homme: pas identiques, pas similaires: équivalents, c'est-à-dire faisant la même impression sur les spectateurs dans une scène qui, elle, est similaire.
Les conséquences des invasions barbares et de l'implantation du christianisme -qui ont mis fin à l'Empire romain et à la civilisation gréco-romaine- seraient-elles définitivement surmontées?
Qu'en dites-vous?

Les Jacques et leurs jacqueries

Un compagnon d'entraînement (c'est la journée des compagnons d'entraînement) qui s'appelle Jacques comme moi, me voyant saluer un autre compagnon d'entraînement qui s'appelle également Jacques (heureusement qu'il y a les noms de famille pour nous distinguer*) me dit:

«Ce doit être la raison pour laquelle il y a un «s» à «Jacques»: nous sommes vraiment très nombreux».

J'ajouterais: surtout parmi ceux qui sont nés au début du «baby boom» d'après-guerre, dans la deuxième moitié des années quarante.
Mais cela date peut-être de plus loin: les paysans étaient si nombreux à s'appeler
Jacques au Moyen Âge que lorsqu'ils se révoltaient (avec raison, je crois) contre leurs maîtres clercs ou nobles on appelait leurs révoltes des «jacqueries», des révoltes de Jacques.

* Au Québec les noms de familles sont si peu nombreux qu'il y a au moins trois colonnes (sinon plus) de personnes qui portent et mon prénom et mon nom dans le bottin téléphonique de ma petite région. C'est la même chose pour tous les Jacques. Misère, cela est la source de bien des appels erronés!

La Folle Envie passe vite

Un compagnon d'entraînement retraité comme moi, ce matin (je le rencontre à peu près tous les mardis et jeudis), pendant que nous pédalons avec force et constance sur notre vélo stationnaire:

«Parfois une folle envie me prend de me dépenser, refaire le balcon, rénover le garage, ramasser les feuilles avec le râteau, peindre une chambre, ranger le sous-sol ...
Je m'assieds 5 minutes pour savoir par où je vais commencer, je réfléchis un peu et l'envie me passe assez rapidement.
Il faut savoir résister à ces folles envies quand on est à la retraite. Cinq minutes de réflexion suffisent généralement».

Et moi de l'approuver fortement car on ne saurait mieux dire.

mercredi 12 novembre 2008

Température du 12 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Les Convictions ne sont que des hypothèses

Définition de « conviction » : certitude que l’on a de la vérité d’un fait, d’un principe.
Il s'agit donc d'une opinion, d'une croyance, et que l'on devrait considérer comme telle, c'est-à-dire comme une hypothèse attendant d'être remplacée par une autre au moment où les connaissances (ou nos connaissances) se seront accrues.

Puisque nous n'avons jamais vraiment accès aux choses à cause de l'imperfection de nos sens et de notre esprit.
Il est donc dangereux de considérer ses convictions comme des vérités ; « Les convictions, écrit Nietzsche, sont des ennemis de la vérité plus dangereux que des mensonges. »
Ce que nous croyons voir, entendre, sentir, goûter, toucher n'est que le fruit d'une interprétation, fournie par d'autres ou forgée par nous.
C'est le principe de l'admirable philosophie de Nietzsche, dont voici un beau kaléidoscope (kaléidoscope du philosophe, pas de la philosophie qui est elle-même un kaléidoscope) :


Le Messie Obama?


Dans le journal Le Figaro d'hier, André Glucksmann, un philosophe (photo à gauche), s'étonne (et avec raison, me semble-t-il):




Étonnons-nous de nous. L'électeur américain s'est offert une «obamania» politique et festive, sagement majoritaire en bonne démocratie, avec un score adulte de 53 %. Le spectateur européen a cultivé, bien avant les résultats, une «obamanie» unanimiste, nord-coréenne et quasi religieuse à 84 %. Le taux d'adulation atteint parfois 93 % ! Comme si le Messie était apparu, non à Washington, mais entre Paris et Rome, Berlin et Bruxelles, comme s'il étendait son aile conciliatrice sur l'ensemble de la planète. Nous, Européens, avons allègrement gommé toutes les aspérités du candidat. Il soutient la peine de mort que nous sommes si fiers d'abolir. Il n'interdit pas la vente libre des armes qui nous paraissaient jusqu'à hier le signe fatidique de la barbarie américaine et de cette mentalité de cow-boy que nous, gens de qualité et de raffinements multiséculaires, vomissons. Wall Street, le temple honni de la spéculation carnassière, l'a choisi et financé, ce qui n'inquiète manifestement plus nos gauches antilibérales.

Vous trouverez le reste de la réflexion là (remarquez dans la photo les tablettes de la bibliothèque qui courbent sous le poids des livres: matériau de mauvaise qualité ou manque de prévision du philosophe?).

mardi 11 novembre 2008

Température du 11 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

«Modernismo» à Barcelone

L'un des édifices les plus éblouissants et les plus représentatifs de l'art du 20e siècle à Barcelone est le «Palau de la Música Catalana», le Palais de la musique catalane (ci-haut, une partie de la façade de l'édifice).
Il a été construit en 1908 sur les plans de l'architecte Lluís Domènech i Montaner qui est un contemporain d'Antoni Gaudí, le génial architecte de la Sagrada Familia dont ma femme a déjà parlé dans son blogue (ici) et dont je parlerai un jour.
Le style d'architecture du «
Palau» est le «Modernismo» qui est la version catalane (ou espagnole?) de ce qu'on appelle l'«Art nouveau» en France (et dans les pays francophones), «Tiffany» aux États-Unis (Tiffany est une commerciale déposée, il n'est donc pas possible d'avoir un article de Wikipédia portant sur les particularités du style «Tiffany»*, voyez à «Art nouveau»), «Sezessionsstil» en Autriche, etc.
Le «Palau de la Música» est constitué de divers éléments d'un extrême intérêt mais je voudrais aujourd'hui vous présenter seulement la lumineuse coupole inversée en verres multicolores qui surplombe la salle de spectacle.
Vous pourrez juger vous-même de son intérêt.
Les photos ont été prises soit par moi-même, soit par ma femme, soit trouvées sur Internet, soit numérisées à partir du petit livre consacré au «Palau» que nous y avons acquis: il s'agissait de vous en présenter aussi certains aspects auxquels nous n'avons pas pu avoir accès lors de la représentation à laquelle nous avons assisté au mois de septembre dernier.
Je vous présenterai plus tard d'autres éléments de ce bâtiment remarquable.
Vous remarquerez que les photos sont ordonnées et présentent une vue de plus en plus rapprochée de la coupole de verres multicolores.


Comme d'habitude dans les notes de ce blogue, cliquez les images pour zoomer.
Et voici la musique que nous aurions dû entendre dans ce palais de la musique mais que nous n'y avons pas entendue, remplacée qu'elle était par d'inintéressantes bluettes interprétées par des interprètes sans âme à destination de touristes sans trop d'exigences.
Il s'agit de la
Danza ritual del fuego (la Danse rituelle du feu) tirée d'El amor brujo de Manuel de Falla, interprétée le 20 juin 2007 par l'Orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Daniel Barenboïm (on se serait même contenté d'un pianiste seul pourvu qu'il ne joue pas mal):


Et il ne fait aucun doute dans mon esprit que le
«Palau de la Música» méritait de voir monter sur sa scène un ballet comme celui créé sur la même Danza et mis en scène par Carlos Saura dans son film «El amor brujo», ballet que je vous présente ici et où l'on voit comme on ne l'a pas vu beaucoup ni à Barcelone ni à Séville que le flamenco est la danse des flammes, la danse des femmes et des hommes-flammes.



*À quoi s'attendre de corporations d'un pays dont certains chercheurs voulaient breveter des gènes humains pour s'en approprier le droit exclusif d'exploitation? Ab uno, disce omnes.

Feuilles chues

Paysage de fin d'automne (photo prise hier matin, 10 novembre).
Toutes les feuilles des arbres ont chu par terre maintenant dans ma rue (voyez-les, toutes n'ont pas été ramassées par les services municipaux).
Tout attend la neige qui ne devrait pas tarder, pour mettre de la lumière dans tout cela.
En attendant, éprouvez un peu de la mélancolie qui flotte dans l'air.

lundi 10 novembre 2008

Température du 10 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

Ne toucher aux lois qu'avec des mains tremblantes

Vous vous souvenez du pape Jean-Paul 1er? Non sans doute. Le show-business de son successeur l'a très vite enterré.
Et la reprise de son nom par celui-ci a constitué, si l'on peut dire, un deuxième enterrement (il y en aura d'autres, la Curie romaine s'en chargera).
Son nom de citoyen était Albino Luciani. Sa photo est à gauche.
Lors d'un de ses discours, après son élection, il avait prononcé une phrase qui mérite pourtant de rester pour toujours dans les mémoires.
Peut-être était-ce une citation ou une phrase inspirée de l'antique, on ne sait jamais avec ces prélats romains.
On aurait dit que cette phrase était prononcée par un père conscrit de la vieille République romaine.
C'est sans doute cette filiation qui a hâté sa fin prématurée. À Rome on aime les empereurs sanglants et on assassine les sages et les pères conscrits.
Voici cette phrase.

«On ne doit toucher aux lois qu'avec des mains tremblantes».

On doit longtemps hésiter avant de modifier les principes sur lesquels fonctionne une société. Très longtemps. Parfois indéfiniment.

Moquerie et politique


Une autre réflexion de Coluche qui, décidément semblait doué pour la science politique (plus que le détenteur d'un doctorat en sciences politiques qui s'est hissé au poste de chef de la Loyale Opposition de Sa Majesté au Canada et qui est en déroute aujourd'hui*).
Le plus comique c'est que la politique semble aussi se moquer de ceux qui s'y engagent (ce qui est assez consolant pour les citoyens).
Que dites-vous de Bush, élu comme champion du laissez-faire, et qui est obligé aujourd'hui de se transformer en « nationalisateur » (une sorte de bolchévique -rôle assez perturbant pour un présumé « Christ reborn »)?
Et de Sarkozy, élu comme mini-Bush, obligé de se présenter (toujours en transformant les mots en mitrailles avec son débit éternellement staccato) comme mini-Roosevelt (très mini)?
Et de Stephen Harper qui devra bientôt se conduire en émule d'Obama (ce qui ne sera pas difficile, le politicien le plus à gauche aux États-Unis n'étant pas très loin des positions idéologiques du politicien le plus à droite au Canada) ?


* Il s'agit de Stéphane Dion pour ceux qui ne le sauraient pas ou ne le sauraient plus.

États-Unis: Le poids terrible de la religion


Pages 108-112 du plus récent numéro de L'Actualité (celui daté du 1er décembre 2008), une interview de Jean-Paul Dubois (l'auteur d'Une Vie française) par Isabelle Grégoire, dont je vous présente deux questions et deux réponses (qui se trouvent à la page 111 du magazine).
Celles-ci portent sur les États-Unis que Jean-Paul Dubois a sillonnés pour Le Nouvel Observateur pendant une vingtaine d'années.
Ses jugements sur ce pays me semblent suffisamment fondés pour que je vous les présente (l'interview précédait de peu la récente élection présidentielle étasunienne).


Vous avez sillonné les États- Unis pendant plusieurs années pour Le Nouvel Observateur. Mais vous ne semblez pas aimer beaucoup ce « pays des apparences trompeuses », que vous dépeignez dans ce roman comme «une secte avec ses rites économiques et ses gourous fanatiques» ...

- Ce pays présente les principaux critères des sectes: le besoin d'adorer, de s'en remettre à un être providentiel, une façon de vivre en autarcie quasi complète, faisant fi du reste du monde et des conséquences de ce qu'on fait aux autres, puisqu'on ne sait pas où ils se trouvent. La plupart des Américains ignorent totalement la géographie, et une grande partie des dirigeants, à commencer par Sarah Palin, la colistière de John McCain, n'ont jamais eu de passeport. Et cette femme, qui pourrait être la future vice-présidente des États-Unis, est créationniste ... C'est à peu près comme si votre premier ministre vous annonçait demain que la Terre est plate! On nage en pleine fiction.

La possibilité que Barak Obama prenne le pouvoir vous paraît-elle rassurante?


- Obama a beau être issu d'une communauté différente et avoir une vision différente du monde, il n'en est pas moins favorable à la peine de mort! Et le poids terrible de la religion est toujours là. On l'a vu à la convention démocrate de Denver, où tout s'est terminé par des prières - je trouve ça terrifiant. C'est un pays d'une grande violence dans la façon dont il traite ses propres ressortissants en matière de travail, de santé, d'éducation, sous le rapport des armes, de la justice, en ce qui concerne le contexte racial ... Tant que Dieu et l'économie seront aussi importants aux États-Unis, tant que subsistera ce rapport obsessionnel à la religion, les hommes y souffriront encore.



Si vous avez déjà emprunté les lignes aériennes intérieures des États-Unis, vous savez ce que Jean-Paul Dubois veut dire quand il dit des États-Unis que « [c]'est un pays d'une grande violence dans la façon dont il traite ses propres ressortissants ».
Et si vous prenez en considération le système d'assurances-santé qui y existe, etc.
On pourrait dire que les États-Unis sont le pays le plus riche du monde (peut-être plus pour longtemps) mais aux dépens de ses citoyens, comme du reste de l'univers.

Monothéisme

Cette page couverture du début des années 80 de LIFE est tellement fabriquée (ou, à défaut d'être fabriquée, si soigneusement sélectionnée) pour correspondre à un certain nombre de perceptions que je ne peux pas m'empêcher de vous la présenter.
Elle correspond en effet à la perception que les États-uniens (et la majorité des Occidentaux, je crois) ont de la religion musulmane: de vieux mâles barbus et méchants (représentés ici par l'ayatollah Khomeini, figure tutélaire de l'Islam) dominant de pauvres femmes condamnées à disparaître dans un costume pesant et servile.
L'image un peu d'un poulailler.
Elle correspond aussi à l'image que les Musulmans fanatiques comme Khomeini (et pas seulement les chiites: les sunnites aussi) veulent projeter de l'Islam. Objectif atteint donc, puisque moi-même j'ai cette perception de l'Islam.
Je crois les fanatiques sur parole.
Mais cette image m'apparaît aussi comme la représentation de toutes les religions, du moins des religions monothéistes, la religion juive et la religion chrétienne aussi bien que la religion musulmane.
En outre, ce n'est pas seulement le mâle humain monothéiste que me semble représenter Khomeini mais Dieu même en son haïssable figure de barbu malveillant dont les curés nous disaient, quand nous étions pauvres et petits (et si naïfs), qu'Il était si bon qu'Il envoyait les épreuves et les souffrances les plus fortes à ceux qu'Il aimait particulièrement.
De quoi ne pas vouloir être aimé d'un maniaque psychopathe (et sale type et tortionnaire) pareil, n'est-ce pas?

dimanche 9 novembre 2008

Température du 9 novembre 2008 à Saguenay

Matin---------------------------------------Après-midi

La Capricieuse

Dans «Le Devoir» du week-end*, le compte rendu par Michel Lapierre d'un livre de Jacques Portes, professeur français (naturellement, qui, à part un Français, peut occuper un poste de professeur dans une université française?) d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université de Paris-VIII (Vincennes-Saint-Denis).
Le livre s'intitule «L'Impossible Retour de la France. De «La Capricieuse» à De Gaulle»**.
Le livre parle de ce dont vous vous doutez. Je n'insisterai pas.
Vous pouvez trouver le premier paragraphe de ce compte rendu là et vous pouvez afficher sur votre écran le fichier-image de tout l'article là (je l'ai numérisé pour vous).
«La Capricieuse» (photo d'un timbre le représentant à droite), c'est le nom d'un
navire français apparu en 1855 devant Québec, le premier navire français à le faire depuis la conquête de la Nouvelle-France en 1760***.
C'est ce nom de «La Capricieuse» qui m'intéresse particulièrement.

La France pour le Québec c'est manifestement la capricieuse, c'est-à-dire celle qui est si peu intéressée qu'elle fait des caprices.
Que le hasard du choix de ce nom et de son envoi à Québec par Napoléon III est heureux! Qu'il est significatif!
On pleurerait presque devant l'enthousiasme du peuple de Québec qui croit voir dans cette corvette un «retour» de la France.

Cet enthousiasme le poème de Louis Fréchette en rend compte.
Poème touchant et gênant à la fois pour un Québécois quand on connaît la réalité du sentiment que la France et la majorité de son peuple entretiennent à l'égard du Québec, ce sentiment qu'a réitéré son président, Nicolas Sarkozy, le mois dernier à Québec même, et qui n'est pas du tout le sentiment d'une mère à l'égard de son enfant comme le croit le poème.
Le voici ce poème, je vous laisse juger de l'étendue de sa naïveté.

La Capricieuse

Je ne suis pas très vieux; pourtant j’ai souvenance
Du jour où notre fleuve, après un siècle entier,
Pour la première fois vit un vaisseau de France

Mirer dans ses flots clairs son étendard altier.

Ce jour-là, de nos bords ― bonheur trop éphémère ―
Montait un cri de joie immense et triomphant :
C’était l’enfant perdu qui retrouvait sa mère ;
C’était la mère en pleurs embrassant son enfant !

La France nous avait laissés grandir loin d’elle,
Nous léguant son nom seul avec son souvenir ;
Et le pauvre orphelin, à tous les deux fidèle,
N’avait su, dans son cœur, qu’absoudre et que bénir.

Il avait tout gardé, ses antiques franchises,
Et son culte et sa langue, et ― peuple adolescent ―

Montrait avec orgueil ses libertés conquises,
A coté de ses droits scellés avec son sang.

Ce beau jour fut pour nous presque la délivrance ;
L’embrassement fut long ; on pleurait à genoux ;
Car, si nous étions fiers de notre belle France,
Notre France, elle aussi, pouvait l’être de nous !

Saintes émotions ! ― quand villes et banlieues

Illuminaient leurs tours, pavoisaient leurs maisons,
Au loin, sur un rayon de plus de trente lieues,
On voyait accourir, de tous les horizons,

Des vieillards, des enfants et des femmes timides,
Qui, sac au dos, à pied sur les chemins rugueux,
Venaient, en essuyant leurs paupières humides,
Revoir flotter au vent le drapeau des aïeux.


Nos poètes chantaient la France revenue ;
Et le père, à l’enfant qu’étonnait tout cela,
Disait : ― Ce pavillon qui brille dans la nue,
― Incline-toi, mon fils ! ― c’est à nous celui-là !


Et, lorsque la frégate avec la forteresse
Échangeaient des saluts de leurs tonnantes voix,
Tous ces cœurs délirants tressaillaient d’allégresse
En croyant retrouver les échos d’autrefois.

Oh ! c’est que ce vaisseau, c’était la France même

― Aigle immense un instant repliant son essor ―
Qui revenait à nous, disant : ― J’aime qui m’aime ;
Vous êtes mes enfants, et je vous aime encor !

Elle nous l’a prouvé ; ni la Capricieuse
Ni ces nobles marins n’ont revu nos clochers ;
Mais la France, depuis, fut pour nous soucieuse,

Et son cœur et sa main nous ont toujours cherchés.

Et nous, quand elle allait, au fronton de l’histoire,
Inscrire avec son sang quelque éclatant succès,
Nous sonnions triomphants nos clairons de victoire,
Car c’étaient nos soldats que les soldats français.

Et puis, quand le malheur vint fondre sur ses armes,

Quand le noble vaisseau sombra sur un écueil,
La France plus que nous n’a pas versé de larmes ;
La France mieux que nous n’a point porté le deuil !

Salut donc à vous tous, ô Français, ô nos frères !
Nous vous serrons la main avec un doux émoi
Nos rives ne sont plus à la France étrangères ;
Et qui vient de chez elle est parmi nous chez soi !


* Oui,
week-end car j'ai déjà expliqué la différence entre week-end et fin de semaine: la fin de semaine c'est vendredi-samedi, le week-end c'est samedi-dimanche, car dans les pays anglo-protestants, le dernier jour de la semaine c'est dimanche puisque c'est le jour où Yahvé se serait reposé selon les créationnistes. Alors que c'est le samedi dans les pays francophones (et peut-être dans les pays latins en général).
** VLB, Montréal, 2008, 112 pages.
*** La venue de «
La Capricieuse» a paru tellement importante (les Québécois se sont bien excités pour rien) qu'on a pris des photos, ce qui était un exploit avec la technologie du temps. En voici une: