mercredi 26 décembre 2007

Le Père Louis Morice

Voici la biographie sommaire du Père Louis Morice, mon doux maître à l'Université Laval (est-ce ainsi que le Narrateur d'À la recherche du temps perdu appelle l'écrivain Bergotte? Ou est-ce ainsi que Marcel Proust appelle Anatole France?), telle que je l'ai trouvée sur Internet. Je l'ai modifiée légèrement pour qu'elle soit davantage conforme aux faits en ce qui concerne l'enseignement du Père Morice à l'Université du Québec à Chicoutimi. Je dois presque tout au Père Morice: ma femme, mon sujet de thèse et, en partie, grâce à la lettre de recommandation enthousiaste qu'il a envoyée à mon sujet au comité de sélection, mon poste de professeur de littérature à l'Université du Québec à Chicoutimi (mais je dois ce poste surtout à d'autres, dont je parlerai dans une autre note). C'était un grand professeur et une personne hors du commun.

Louis Morice ou Frère Henri, capucin, professeur de littérature française et de poésie, né à Quimperlé (Bretagne) en France le 18 décembre 1902, fils de Louis-Gabriel Morice et d'Augustine Morvan, décédé à Nice (France) le 13 janvier 1992. Il fait ses études chez les Frères des écoles chrétiennes de 1908 à 1914 et au Petit Séminaire des Pères capucins à Namur, en Belgique et à Dinard, en France, de 1914 à 1920, année où il prend l'habit. Par la suite, il étudie la philosophie et la théologie au couvent de Brenst-Eyden à Limbourg, au Pays-Bas (1921-1926) et au couvent de Nantes (1926-1929). Le 29 juin 1928 a lieu son ordination sacerdotale à Angers, en France. En 1929, il commence à enseigner la littérature française à Dinard tout en fréquentant l'Université catholique d'Angers, où il obtient des certificats en études françaises, latines et grecques ainsi qu'un certificat de grammaire et philosophie. De 1931 à 1943, il enseigne à l'école Saint-Fidèle d'Angers (Petit séminaire pour les élèves de cinq provinces capucines de France), où il devient directeur de l'établissement et supérieur du couvent en 1938. En mars 1940, il est mobilisé dans les services d'état major et démobilisé en juillet. Il retourne alors à l'enseignement et commence sa thèse de doctorat intitulée Le drame religieux de Verlaine, qu'il termine en 1943. Il soutient sa thèse l'année suivante à l'Université de Rennes où il reçoit un doctorat ès lettres. De 1944 à 1950, il enseigne le grec et la philologie à l'Université catholique d'Angers. Louis Morice séjourne au Québec en 1950 et est professeur invité à l'Université Laval, où il enseigne la littérature française des XIXe et XXe siècles. L'année suivante il doit choisir entre l'Université Laval et l'Université catholique d'Angers ; il choisi de rester à Québec et devient professeur agrégé. En 1955, au grand regret des professeurs et étudiants de l'Université Laval, il part enseigner au Lycée St-Michel des Frères des écoles chrétiennes à Istambul, en Turquie. En 1956, il est professeur au Centre culturel français à Izmir, toujours en Turquie. En 1959, il revient à Québec et reprend son enseignement à l'Université Laval, comme professeur titulaire. Il est nommé professeur émérite en 1971 et continue d'enseigner, comme chargé de cours jusqu'à son départ de Québec. Il est régulièrement professeur invité à l'Université du Québec à Chicoutimi entre 1974 et 1980. Finalement, il retourne vivre en France, à Nice en 1988, mais revient pour une dernière fois au Québec lors de ses vacances en 1989.

Paix à ses cendres!

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Je marchais en route vers le bureau (je vis maintenant à Toronto) ce matin quand j'entends dans ma tête, sans raison et venu de nulle part, la voix du père Morice dire "fille de Minos et de Pasiphé" avec sa voix à la fois chevrottante, voilée mais mélodieuse dans toute sa rocaille. Sans raison vraiment.
J'ai été un élève ordinaire du Père Morice milieu/fin des années 1980 à l'Université Laval. Je me demandais ce qui était advenu de cet homme admirable. Google vous a trouvé. Je le sais maintenant. Merci. Gilles

Jack a dit…

Je suis très heureux que vous ayez connu vous aussi ce professeur extraordinaire et que vous vous souveniez du grain de sa voix, et de son cours sur Racine, et sur Phèdre.

Jack a dit…

Et puis qu'entendez-vous par «élève ordinaire»? Quand on a apprécié le Père Morice et qu'on se souvient de lui on ne peut pas avoir été (et être) «ordinaire».

Anonyme a dit…

eh bien, je ne crois pas l'avoir impressionné... j'allais aux cours, faisais mes "devoirs" mais rien de remarquable... cependant je pense à lui souvent... j'étais jeune... je me disais... si j'étais passionné, j'aimerais l'être comme lui... et je suis certain que tout ce que l'on voyait de lui n'était que la pointe de l'iceberg...

Jack a dit…

Oui c'était un passionné.
Et pas par la foi ou la religion malgré le fait qu'il était franciscain (même capucin), mais par la littérature.
Il m'a transmis cette passion (mais je la possède moins que lui, étant moins intelligent que lui), cette faculté de voir les textes comme des magies ou des miracles: créer des mondes avec des mots, l'acte même qu'on attribue à Dieu ou aux dieux.
Même, je le crois encore aujourd'hui, créer LE monde avec les mots.
Je crois qu'il a senti chez moi, cette passion (dont il était en partie l'auteur, mais j'avais eu d'autres professeurs passionnés avant lui, moins bien que lui mais passionnés aussi), il avait senti cette passion pour cette magie.
Mais il y a d'autres passions et j'espère que vous en avez rencontré au moins une depuis ce temps.

Anonyme a dit…

Oui oui le petit père... mais tellement grand avec ses beaux yeux...
Valéry et son oiseau moqueur...
Mallarmé, sa dentelle et son coup de dé...
les axes paradigmatiques et syntagmatiques avec un tableau qu'il remplissait de petits dessins à géométrie littéraire...
les envolées de l'homme j'ai plutôt envie de dire les lévitations...
des cours où l'on faisait sauter avec joie les pauses...son grain de voix...oui toute tremblotante...
le religieux si intense tellement intérieur
il disait sa messe à tous les matins pour les étudiants sur son autel improvisé sur le bord de la fenêtre face au campus
les étudiants qui se pressaient pour l'aider à enlever et à enfiler son manteau...le petit père souffrait d'une fracture au bras...

beaux et doux souvenirs père Louis !

Jean-Pierre

Jack a dit…

J'aimerais beaucoup savoir à quelle époque vous l'avez connu.

Anonyme a dit…

Par un curieux détour de la vie, je suis en possession de certains des effets personnels du Père Morice ( sa croix de capucin, son capuchon, différents livres et photos). J'aimerais savoir à qui je pourrais remettre ces objets.
marijul@videotron.ca

Unknown a dit…

Est-ce le même qui a reçu un prix de l'Académie Française en 1947?

http://www.academie-francaise.fr/louis-morice

Jack a dit…

Vous me l'apprenez mais, évidemment, ce prix récompensait sa thèse de doctorat qui portait effectivement sur Verlaine et qu'il avait soutenue deux ans auparavant.

Jack a dit…

Voici un autre commentaire sur le Père Morice de M. Jean Forest de l'université de Sherbrooke qui n'a pu me le faire parvenir que par courriel :

Louis Morice,
C’était en 1964, j’avais 22 ans et venais de me faire charitablement (oh combien!) virer de la faculté de médecine de Queen’s University, en Ontario.
Étant donné mes antécédents, le frère Lockquell et Jean Darbelnet m’avaient charitablement inscrit en maîtrise de littérature française.
Je fais alors un choix de cours au petit bonheur et parmi eux : Balzac, professeur, Louis Morice, capucin, durée, 15 heures, soit une heure par semaine au pavillon De Koninck, que l’on inaugurait..
À cette époque, à Laval, il n’y avait parmi les professeurs (excusez du peu), que des farfelus, n’ayant rien à dire, point final.
Je perdis mon temps, quoique non pas durant ces quinze heures-là!
Et finis, sous sa « direction », à rédiger une thèse de doctorat sur Balzac, laquelle fut publiée par José Corti, à Paris.
Mais j’ai fait infiniment mieux depuis, cela dit.
J’étais si jeune!
Je n’ai eu, toute ma vie durant, que trois professeurs. Je ne dis pas maîtres, je dis professeurs, une espèce d’une extrême rareté.
Je n’ai eu de maître que la vie, qui m’a dressé à force de coups de pied au cul.
Trois professeurs donc : René Fromilhague, de Toulouse, Michael Screech de Londres et Louis Morice de France.
Tous les autres, du moins à Laval, n’ayant jamais été que des fumistes, des avortons qui se prenaient pour quelqu’un.
Comme j’y ai perdu mon temps!
Ils avaient une sainte peur du père Morice et lui infligeaient les cours les plus susceptibles de réduire sa popularité à néant.
Par exemple, quinze heures sur… Régnier!
Oui, je comprends que ce nom ne vous dise rien!
Mais ses inscriptions furent si nombreuses qu’il fallut lui accorder un amphithéâtre!
Et le silence le plus fasciné y régna quinze heures durant.
Pendant que Réal ou la petite poupée de porcelaine, comme disait Marie (pas la maman du petit Jésus, l’autre), à côté, se couvraient de ridicule en racontant n’importe quoi sur Saint-Ex ou Marcel Proust.
Il me fallut quatre années de délices ininterrompues pour passer à travers de la Comédie humaine, mais jamais le père Morice n’est intervenu, jamais il n’a cherché à corriger ma trajectoire, jamais il n’a contesté mes dires, sa seule présence lointaine, au sommet de la résidence où il habitait monastiquement, suffisant à me servir de paratonnerre.
Deux Français et un Britannique ont suffi à donner un sens à mon séjour de six ans à Laval.
Les autres?
Des gamins, bla bla, sans exception.
Je finirai, avec le temps, mettons quarante et un an d’enseignement universitaire, par comprendre (last call) que j’ai tout de même eu beaucoup de chance…
Trois professeurs, des vrais, pas des fumistes, qui donc parmi vous pourrait se vanter d’avoir eu pareille chance?
Un brelan d’as, pensez donc!
Salut à toi, Louis Morice!
Et merci, merci, merci…

Jack a dit…

Moi j'ai eu l'honneur aussi de suivre le cours du Père Morice sur « le Père Goriot », et ceux sur Valéry et sur Proust (et tous les autres).

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