vendredi 20 juin 2008
Bannières
Le vêtement de la bannière de l'exposition d'Yves Saint Laurent est fait de plumes de coq et il est d'inspiration africaine. C'est un vêtement magnifique et si vous pouvez aller le voir, allez-y.
jeudi 19 juin 2008
Un Amérindien et le Ciel chrétien
J'ai pris cette photo en me plaçant derrière une colonne du Pavillon Michal et Renata Hornstein (construit en 1912 : je vous le présenterai dans une autre note) du Musée des beaux-arts de Montréal. On y voit la façade du Pavillon Jean-Noël Desmarais construit en 1991 de l'autre côté de la rue Sherbrooke.À gauche, vu de dos, un des six bourgeois de Calais de Rodin, celui qui est à droite et tient les clés de la ville dans le groupe exposé sur la Place de l'Hôtel de ville de Calais depuis 1895 et dont voici la photo :

Comme on le voit en haut, dans l'affiche qui en couvre une grande partie de la façade, on présentait jusqu'au 8 juin (2008) dernier une exposition intitulée « Cuba Art » dans le Pavillon Desmarais.
Peut-être parlerai-je ultérieurement de cette exposition qui présentait des œuvres produites à Cuba de 1868 à nos jours.
C'est de l'une de ces œuvres que je veux parler.
Non pas qu'elle présente un intérêt esthétique particulier: elle appartient aux années trente à Cuba et c'est un héritage de l'art colonial qui, en imitant l'art pompier qui avait du succès en Europe bien avant le moment où elle a été peinte, s'imaginait faire œuvre originale en traitant d'un sujet local -nous avons connu cela au Québec aussi.
Je veux en parler parce qu'elle présente un aspect qui m'indigne beaucoup dans les premiers contacts de l'Europe avec l'Amérique.
Il s'agit d'une toile peinte vers 1930 par Augusto García Menocal. Elle présente le supplice de Hatuey, un chef amérindien de Cuba qui avait résisté de toutes ses forces à la conquête espagnole de l'Île.
La toile s'intitule « Je ne veux pas aller au Ciel » : ce titre c'est la réponse que Hatuey a fait à la question que lui adressait un des moines (franciscain ou dominicain) qui sont présents dans la toile.
Le moine demanda donc à Hatuey s'il voulait aller au Ciel. Hatuey lui demanda si ces hommes qui le suppliciaient iraient eux aussi au Ciel. À la réponse affirmative du moine, Hatuey lui dit: « Je ne veux pas aller au Ciel ».
Hatuey fut donc brûlé sur le bûcher mais il l'aurait été de toute façon.
Les Espagnols exterminèrent tous les Amérindiens de Cuba et en massacrèrent la presque totalité dans toutes les terres américaines dont ils firent la conquête.
Comme les Anglais. Comme les Portugais.
Quand ils ne les exterminèrent pas, il firent en sorte de leur faire oublier leur langue, leur religion, leur culture.
Au génocide des corps, ils ont ajouté le génocide des esprits.
Et ces génocides se poursuivent encore maintenant (sous d'autres formes) et se sont poursuivis jusqu'à très récemment (les années cinquante ou soixante du 20e siècle) au Canada par exemple comme vous l'avez lu dans ce blogue dans une note précédente.
Qui d'entre nous voudrait aller au Ciel avec ces massacreurs catholiques, protestants ?
Chrétiens somme toute et prétendant appartenir à une religion qui récuse la violence, le massacre et le meurtre ?
Que je souffre pourvu que je ne sois pas avec eux !
Que je sois avec toi et tes compatriotes, Hatuey !
Voici la toile de Menocal :

mercredi 18 juin 2008
Deux Archanges Michel et quatre Satans
Il y a celui d'Aix-en-Provence -qui date probablement de la fin du Moyen Âge ou du début de la Renaissance (je n'ai pas de renseignements précis, rien que la vision et la photo)- et celui de la nouvelle cathédrale de Coventry par Jacob Epstein (1958).

En ne tenant pas compte des caractéristiques stylistiques des auteurs de ces sculptures (on ne connaît pas le sculpteur de l'archange d'Aix), ces oeuvres se conforment sans doute aux représentations mentales des époques où elles ont été produites.

L'archange de Coventry est un guerrier moderne -mince et intellectuel car il compte davantage sur son cerveau pour vaincre que sur ses armements ou ses vêtements protecteurs; l'archange d'Aix est un guerrier joufflu qui a une bonne armure et est plein de certitudes.
Mais c'est surtout la différence de représentation de Satan qui est intéressante: celui d'Aix est un gnome que l'on veut répugnant; celui de Coventry ressemble à l'archange, aux cornes près, car c'est un ange (pour le moment) déchu. Faut-il dire que Jacob Epstein a aussi sculpté un Lucifer qui ressemble à l'archange Michel?
Le démon d'Aix appartient à la Terre (c'est un dieu souterrain, héritier ou serviteur d'Hadès) et il n'a jamais connu le Ciel. Ce n'est pas un humain, c'est une bête, une sorte d'insecte qu'il faut écraser pour en débarrasser la «Création».
L'époque moderne sait que la distance est infime entre le bien et le mal et que le bien d'un jour est le mal d'un autre jour et vice-versa.
L'époque moderne sait aussi que les anges et les démons ne sont rien d'autre que des humains. Et qu'on ne peut débarrasser la «Création» ni des uns ni des autres puisque chaque humain est tour à tour ou simultanément l'un et l'autre.
D'ailleurs voici une gravure de Gustave Doré représentant Satan. N'est-ce pas qu'il a l'allure d'un archange, à part les ailes «fourchues»?

Et il y a ce Lucifer de la cathédrale Saint-Paul de Liège (il est de Guillaume Geefs), que je n'ai pas vu mais qui est si édifiant que je vous le présente (remarquez ses ailes «griffues» que j'aimerais bien avoir):

Je fais une retouche à cette note (il est 22h le 18 juin) parce que je ne puis résister à la tentation (Satan est trop fort, je succombe donc à la tentation) de vous présenter l'Archange Michel d'Aix-en-Provence en contexte, c'est-à-dire du côté droit de la flèche de la cathédrale Saint-Sauveur, laquelle est peut-être (si l'on excepte la Montagne Sainte-Victoire) l'élément représentatif d'Aix. Le voici:
mardi 17 juin 2008
Yeux de Béart
Voici les yeux de Guy Béart que j'ai trouvés en faisant des recherches pour une autre des notes d'aujourd'hui. Leur bleu-vert m'a extrêmement intéressé. Je vous les présente.
Cosmos de musée et «L'Eau vive»
Ces cosmos roses poussent parmi les sculptures et les fontaines du petit jardin du Musée d'art contemporain de Montréal d'où l'on peut apercevoir le côté ouest (photo ci-dessous) du pavillon principal de la Place des Arts, là où est la Salle Wilfrid-Pelletier.
Je me souviens de la soirée de spectacle qu'on avait présentée en 1960 afin de ramasser de l'argent pour construire ce pavillon.
C'est tout à fait une autre époque, le premier ministre du Québec était Antonio Barrette, qui avait succédé à Paul Sauvé et Maurice Duplessis, décédés tous deux très rapidement l'un après l'autre quelques mois auparavant. Il était venu -petit homme effacé qui tentait de briller- porter l'obole de l'Union nationale. Ce parti allait être bientôt renversé par le Parti Libéral et permettre le début de ce qu'on a appelé plus tard la «Révolution tranquille».

Tout le Québec avait à cette occasion découvert Guy Béart (tel qu'à l'époque à droite), un auteur-compositeur-interprète français inconnu dans ces années-là.

Il avait triomphalement interprété «L'Eau vive», dont voici le «scopitone» (un «vidéoclip» typique de l'époque, c'est-à-dire les années 60, jouant sur un appareil qui était une sorte de «juke-box» avec écran, exemple à gauche):
Voici les paroles de cette chanson:
L'EAU VIVEparoles et musique de Guy Béart
Ma petite est comme l'eau
Elle est comme l'eau vive
Elle court comme un ruisseau
Que les enfants poursuivent
Courez, courez
Vite si vous le pouvez
Jamais, jamais
Vous ne la rattraperez
Lorsque chantent les pipeaux
Lorsque danse l'eau vive
Elle mène mes troupeaux
Au pays des olives
Venez, venez,
Mes chevreaux, mes agnelets
Dans le laurier,
Le thym et le serpolet
Un jour que sous les roseaux
Sommeillait mon eau vive
Vinrent les gars du hameau
Pour l'emmener captive
Fermez, fermez
Votre cage à double-clé
Entre vos doigts
L'eau vive s'envolera
Comme les petits bateaux
Emportés par l'eau vive
Dans ses yeux les jouvenceaux
Voguent à la dérive
Voguez, voguez,
Demain vous accosterez
L'eau vive n'est
Pas encore à marier
Pourtant un matin nouveau
À l'aube mon eau vive
Viendra battre son trousseau
Aux cailloux de la rive
Pleurez, pleurez
Si je demeure esseulé
Le ruisselet
Au large s'en est allé
lundi 16 juin 2008
Vers l'arrière à Montréal
Voici une photo prise dans un autobus municipal à Montréal (le no 24 qui fait la navette sur la rue Sherbrooke).
Il s'agit d'une injonction aux passagers qui m'a rappelé le temps de ma jeunesse quand je prenais l'autobus 51 (pour le Chemin de la Reine-Marie, à l'époque on disait Queen Mary Road car les bombes du F.L.Q. n'avaient pas encore explosé en quantité suffisante; mais il semble qu'on dise maintenant Chemin Queen Mary, cette reine étant une anglaise*) ou l'autobus 65 (chemin de la Côte-des Neiges).
À l'époque l'injonction se disait plutôt et comiquement (et c'était un oxymore): «Avancez en arrière».
Et les chauffeurs d'autobus la criaient avec leur accent montréalais très prononcé, car elle n'était inscrite nulle part si je me souviens bien.
* S'il existe une rue du Roi-Louis-XV à Toronto -fondée par des Français sous le règne de ce roi-, la nommera-t-on, sous prétexte que c'était un roi français, Roi Louis XV Road? Ou, comme je crois, King Louis XV Road?
Est-ce seulement à Montréal qu'on utilise des noms hybrides (ou bâtards)? Cela me semble un accommodement bien déraisonnable.
Parfums et art
Il s'agit du parfum « Weil de Weil » que j'avais acheté pour l'offrir dans une chic boutique d'Aix-en-Provence en mai 1971 (peut-être rue Clémenceau).

De retour au Québec nous avons pu continuer à le trouver dans les boutiques de parfums ou les pharmacies pendant quelques années, d'abord à Chicoutimi (la ville n'était pas encore fusionnée avec ses villes-sœurs à l'époque pour former avec elles la ville de Saguenay) puis, un jour, seulement chez Holt Renfrew, à Québec (Place Sainte-Foy) ou à Montréal (à côté du Ritz-Carlton sur la rue Sherbrooke ouest -voir photo nocturne de la boutique ci-dessous).

Un jour nous ne l'avons plus trouvé nulle part.
Il n'était plus importé ou était discontinué.
Après un certain temps de recherches nous avons pu le remplacer par un nouveau parfum, « Paloma » de Paloma Picasso.
Ce parfum avait certaines caractéristiques du « Weil de Weil ». Surtout, comme lui, il n'était pas «sucré».
Mais outre ses qualités olfactives -ce sont elles qui lui avaient permis de l'emporter sur les autres parfums- il avait une qualité qui m'avait plu à moi, la qualité de sa mise en marché.

Cette mise en marché me semblait en effet un chef-d'œuvre, et ce mot me semble vraiment très approprié pour un produit créé par une Picasso.
N'est-ce pas ?
C'est d'ailleurs en jouant sur les harmoniques de son nom que Paloma Picasso -la fille de Pablo- offrait ce parfum au marché.
Voyez l'image publicitaire qui servait de « véhicule » de vente si je puis me permettre l'expression :

Cette image a certaines caractéristiques des toiles du père de Paloma: les couleurs contrastées, les «déchirures» dans la représentation, les grands yeux quasi hallucinés (et le 3e œil constitué par la pierre de la bague) et le dessin des lèvres du personnage de femme (c'est Paloma Picasso elle-même), son geste inexplicable, ses vêtements -chapeau et gants- qui n'en sont peut-être pas, dans le cas du couvre-chef en tous cas.
Cette mise en scène amène à se dire que ce parfum est un élément d'une œuvre de ... Picasso (Paloma) qui, elle-même, a été un jour un élément d'une œuvre ... de Picasso (Pablo) -ci-dessous.
Tout est art.
Et le parfum, lui, (heureusement pour nous) n'a pas eu à subir l'épreuve par laquelle passe tout art novateur, l'épreuve par laquelle l'art de Picasso est lui-même passé : l'épreuve de l'habitude du public ou, si l'on veut, en parodiant Marcel Proust, l'épreuve du passage du temps qui fait que la nature, invariablement, se met à ressembler aux tableaux parce qu'elle est recréée par eux comme elle l'est par toute grande œuvre.
Il y a des détails de chacune des œuvres de Pablo Picasso représentées ci-dessous dans le chef-d'œuvre publicitaire de « Paloma » de Paloma Picasso.

dimanche 15 juin 2008
Acquittement de Basil Parasiris

La victime du meurtre présumé était un policier, Daniel Tessier.
La mort de celui-ci s'est produite lors d'une opération policière nocturne mal préparée (c'est une litote) et, pour le moins, non justifiée.
Cette opération a d'ailleurs été déclarée illégale par le juge qui présidait au procès.
Les jurés ont jugé qu'il s'agissait de légitime défense.
Maintenant que le jury a acquitté M. Parasiris qui, selon sa défense, a tiré à travers la porte de sa chambre et atteint, sans le savoir, le policier parce qu'il croyait défendre sa famille contre des cambrioleurs et des assassins (contre une « invasion criminelle de domicile»), est-ce qu'on ne pourrait pas poursuivre ceux qui ont (mal) préparé cette opération policière ou le syndicat des policiers qui a accepté que ses membres participent à quelque chose d'aussi peu professionnellement planifié et accompli?
Je crois, pour ma part, que ceux qui ont joué le rôle le plus important dans la mort du policier Tessier sont ses supérieurs hiérarchiques et ses compagnons d'armes.
Leur ignorance et leur incompétence ont peut-être été meurtrières et devraient être déférées devant la justice si les procureurs de l'État («de la Couronne» comme on dit) étaient vraiment préoccupés de justice.
Ce sont les propres fautes des policiers, me semble-t-il, qu'on tente de faire porter par d'autres épaules que les leurs dans cette histoire.
Par ailleurs je me demande si la formation des policiers, surtout des policiers de rangs supérieurs, ne devrait pas être totalement repensée.
Peut-être devrait-on exiger un diplôme universitaire (une maîtrise ou l'équivalent) dans des disciplines appropriées pour pouvoir concevoir et diriger des opérations policières et, surtout, pour commander ces opérations.Pour le bénéfice des visiteurs étrangers de ce blogue, je présente une vidéo du Réseau des informations de Radio-Canada (une télévision de nouvelles continues que je vous invite à écouter sur Internet, en cliquant ici) où l'on rapporte l'acquittement de M. Parasiris et où l'on fait une analyse approfondie des événements qui ont entouré le procès.
Veuillez noter que la «Couronne» dont il est question dans la nouvelle est la couronne d'Angleterre. Je crois qu'au lieu de «Procureur de la Couronne» comme on dit au Québec, on dit «Procureur de la République» en France et «Procureur du Roi» en Belgique. Je ne sais pas comment on dit en Suisse ou dans d'autres pays. Le savez-vous?
P.S. Je révise ce billet en 2013 : aucun changement n'a été apporté à la formation des policiers et de leurs supérieurs. Devinez où est la mafia !
samedi 14 juin 2008
Chefs-d'œuvre et politique-«Madama Butterfly», «Nabucco», Puccini, Verdi, Sydney, Montréal
Je savais que les Italiens au 19e siècle, pour manifester leur désir d'indépendance et de liberté aux Autrichiens, qui occupaient le Milanais et la Vénétie, et au Pape, qui régnait sur Rome et le Latium, criaient «Viva Verdi».
Ils manifestaient ainsi leur admiration pour le grand compositeur d'opéras -Giuseppe Verdi (à droite par Boldini)- qui dans «Nabucco» leur avait presque écrit un hymne national en écrivant l'aria «Va Pensiero...» par laquelle les Hébreux exilés à Babylone expriment leur nostalgie pour leur patrie perdue.
Les Italiens pensaient à l'Italie asservie en l'entendant.
Voici cette aria suivie des paroles italiennes et françaises:
En criant ainsi «Viva Verdi» les Italiens se servaient de chacune des lettres qui composent le nom de V-E-R-D-I, pour acclamer aussi, -à l'insu de leurs occupants tudesques et catholiques- celui qu'ils voulaient comme roi de leur pays tout entier libre:
«Viva Vittorio Emmanuele Re d'Italia/Vive Victor-Emmanuel Roi d'Italie»
Mais je ne savais pas que «Madama Butterfly» de Giacomo Puccini (à gauche), par le déroulement de son intrigue, constituait une critique virulente du colonialisme et du racisme des Occidentaux à l'égard des peuples orientaux (et, éventuellement, africains et sud-américains) et, particulièrement, du colonialisme et du racisme états-uniens.
N'ayant jusque-là assisté qu'à des représentations en italien sans traduction de cet opéra, je prenais cette intrigue pour une histoire classique de femme séduite et abandonnée.
Les surtitres m'ont définitivement détrompé.
L'opéra n'est pas qu'un art sublime, c'est aussi une pensée quand on y prête attention. Comme toute œuvre d'art.
«Madama Butterfly» est de l'art évidemment et je n'ai rien à ajouter à la profonde critique de la représentation du 7 juin à la Place des Arts à Montréal qu'en a faite Denise Pelletier (ici).
Je voudrais simplement ajouter que le firmament semé d'étoiles d'or et d'une lune blanche qui est apparu dans le fond de la scène (décors de Peter England) au moment où étaient interprétés le duo «Viene la sera» et l'aria «Un bel dì, vedremo» m'a particulièrement ravi, autant que l'habile évocation des danses de geisha (à gauche) à laquelle la grande cantatrice Hiromi Omura (à droite) s'est livrée.
La mise en scène de Moffatt Oxenbould (Opéra Australia à Sydney) qu'a présentée l'Opéra de Montréal était un chef-d'œuvre à l'égal de celui de Puccini.
Voici l'aria «Un bel dì, vedremo» et le duo «Viene la sera», hélas sans le firmament qui m'a ravi, tirés du film qu'a tourné, en 1995, Frédéric Mitterand.
«Un bel dì, vedremo»
envoyé par Quarouble
Voici les paroles italiennes de cette aria:
Un bel dì, vedremo
levarsi un fil di fumo
sull'estremo confin del mare.
E poi la nave appare.
Poi la nave bianca
entra nel porto,
romba il suo saluto.
Vedi? È venuto!
Io non gli scendo incontro. Io no.
Mi metto là sul ciglio del colle e aspetto,
e aspetto gran tempo
e non mi pesa,
la lunga attesa.
E uscito dalla folla cittadina,
un uomo, un picciol punto
s'avvia per la collina.
Chi sarà? chi sarà?
E come sarà giunto
che dirà? che dirà?
Chiamerà Butterfly dalla lontana.
Io senza dar risposta
me ne starò nascosta
un po' per celia
Voici le duo «Viene la sera». L'interprète masculin, Richard Troxell, est le même qu'à Montréal:
Photo de Leonard Cohen & orchestre & chœur
Cette photo met en scène tous ceux (musiciens et choristes) qui, outre Cohen, participaient au concert à l'Auditorium Dufour de Saguenay le 30 mai dernier.
J'ai parlé de ce concert (ici). Denise Pelletier l'a fait aussi (là) ainsi que Christiane Laforge (là).
vendredi 13 juin 2008
Le Non irlandais au Traité de Lisbonne
la majorité d'entre vous déplore le refus irlandais au Traité de Lisbonne. Cela retarde le progrès de l'intégration européenne, dites-vous.Pour moi cela m'apparaît comme une autre victoire de la démocratie véritable dont Albert Camus écrivait:
Et cela est d'autant plus vrai que l'Europe n'est pas une nation mais une fédération, donc une entité formée en vertu d'une entente négociée entre plusieurs minorités.
Elle est donc, de ce fait, condamnée à être une démocratie véritable, une majorité -toujours changeante- ne pouvant être faite que de l'entente ponctuelle et provisoire de plusieurs minorités.
Regardez ce que sont devenus les États-Unis, qui sont une fédération mais se croient une nation et le sont peut-être effectivement après avoir exterminé ou englouti toutes les minorités, amérindiennes notamment mais pas uniquement.
Regardez le Canada (fédération boiteuse tant qu'elle durera car elle a été imposée par une majorité anglaise -appuyée par une puissance coloniale- à une minorité française, privée de tout appui). Je souhaite pour ma part qu'on mette fin à cette fédération boiteuse et qui a été fondée de manière non démocratique. C'est un péché originel pour lequel il n'y a pas de rédemption.
Regardez la Russie. Regardez l'Inde. Regardez le Nigéria. Etc.
Vive la minorité de 3 millions de personnes qui, à cause de la loi, ne craint pas la majorité de 400 millions d'autres.
Cette minuscule minorité pourrait éventuellement interdire à un Bush européen (il y a là comme un oxymore) de mettre fin au règne de la loi démocratique comme le Bush étasunien a presque réussi à le faire aux États-Unis.
Je crois personnellement que, pour le bien de la démocratie, le gouvernement fédéral (ou central) d'une fédération devrait toujours être d'une extrême faiblesse afin qu'il ne puisse jamais imposer à une minorité qui n'en veut pas la loi d'une majorité. Quelle que soit la justesse et la beauté de cette loi.
Car cette loi devient nécessairement mauvaise si on l'impose à une minorité !








