mardi 9 octobre 2012

Plus belle que la Joconde

Voilà une très belle femme, -bien plus belle que la Joconde, selon moi-, peinte par le baron Gérard en 1802, au moment, aux lendemains de la Révolution de 1789, où les femmes sont presque devenues les égales des hommes, avant d'être replongées dans la servitude et la sujétion par Napoléon Bonaparte et son code « méditerranéen », sinon pire, pour au moins un siècle et demi.
Regardez-là sans corset sous sa robe : c'est son corps à elle que l'on voit et non le corps voulu par les harnachements de la mode comme on verra le corps des femmes jusqu'à la révolution Chanel.
Certains d'entre vous auront reconnu Madame Récamier, l'égérie de Chateaubriand qu'elle aurait sans doute souhaité (comme moi) moins faiseur.
Voici comment celui-ci présente sa première rencontre avec elle :

Ce fut Christian de Lamoignon qui me présenta à Madame Récamier ; elle demeurait dans son élégante maison de la rue du Mont-Blanc. Au sortir de mes bois et de l'obscurité de ma vie, j'étais encore tout sauvage ; j'osai à peine lever les yeux sur une femme, entourée d'adorateurs, placée si loin de moi par sa renommée et sa beauté. 
 Environ un mois après, j'étais un matin chez Madame de Staël ; elle m'avait reçu à sa toilette ; elle se laissait habiller par Mlle Olive, tandis qu'elle causait en roulant dans ses doigts une petite branche verte : entre tout à coup Madame Récamier vêtue d'une robe blanche ; elle s'assit au milieu d'un sofa de soie bleue ; Madame de Staël restée debout continua sa conversation fort animée et parlait avec éloquence ; je répondais à peine les yeux attachés sur Madame Récamier. Je me demandais si je voyais un portrait de la candeur ou de la volupté. Je n'avais jamais inventé rien de pareil et plus que jamais je fus découragé ; mon amoureuse admiration se changea en humeur contre ma personne. Je crois que je priai le ciel de vieillir cet ange, de lui retirer un peu de sa divinité, pour mettre entre nous moins de distance. Quand je rêvais ma Sylphide, je me donnais toutes les perfections pour lui plaire ; quand je pensais à Madame Récamier je lui ôtais des charmes pour la rapprocher de moi : il était clair que j'aimais la réalité plus que le songe.

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