dimanche 14 janvier 2018

... nous savons seulement de toi, obscur ami,/que tu entendis le rossignol, un soir.


À un poète mineur de l’Anthologie

Qu’est devenue, ami, la mémoire des jours
que tu possédas sur cette terre, ce tissu
de bonheur et de douleur, ton univers à toi ?

Le dénombrable fleuve des années
a tout égaré ; tu n’est plus qu’un nom dans un index.

Les autres reçurent des dieux une interminable gloire,
des inscriptions, des exergues, des monuments, et de ponctuels historiens ;
nous savons seulement de toi, obscur ami,
que tu entendis le rossignol, un soir.

Parmi les asphodèles de l’ombre, ton ombre vaine
doit penser que les dieux furent avares.

Mais les jours sont un filet de misères triviales ;
qui sait si le meilleur sort n’est pas d’être la cendre
dont est fait l’oubli ?

Sur d’autres les dieux ont jeté
la lumière inexorable de la gloire, qui observe les entrailles et dénombre les crevasses,
de la gloire qui finit par friper la rose qu’elle vénère ;
pour toi, mon frère, leur pitié fut plus grande.

Dans l’extase d’un soir qui ne doit pas être une nuit,
tu entends la voix du rossignol de Théocrite.


 mis en vers français par Ibarra

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