mardi 28 novembre 2017

Codex contre volumen

Dans cette représentation de 430 avant Jésus-Christ, Clio, la muse de l'histoire et des récits historiques en vers (comme l'Iliade et l'Odyssée, par exemple, que l'on ne croyait pas être des fictions, même jusqu'au 19e siècle), Clio, donc, lit un livre sous forme de « volumen », c'est-à-dire de feuilles de papyrus collées les unes aux autres et enroulées.
C'est la première forme du livre, elle a été inventée par les Égyptiens et sera conservée chez les Grecs et les Romains jusqu'au 3e siècle après Jésus-Christ, avant d'être remplacée par la forme du livre que nous connaissons aujourd'hui et qui s'appelle, en langage scientifique,  « codex ».
Le codex est formé de feuilles empilées les unes sur les autres et retenues ensemble par l'un de leur côté.
Voyez, dans un tableau (1666) de Vermeer, la même Clio tenant un « codex » :

On pourrait dire que le temps du « volumen » a été le temps de la domination de l'auteur sur le lecteur.
Pour lire un « volumen », on devait le lire en le tenant des deux mains et consécutivement, comme l'avait rédigé son auteur : impossible de prendre des notes ou de souligner certains passages, les deux mains étant prises, et d'aller facilement à une page déjà lue car il fallait ré-enrouler tout ce qu'on avait déroulé, ou impossible d'aller à une page qu'on n'avait pas déjà lue parce qu'on avait à dérouler toutes les autres pages et perdre la page qu'on  était en train de lire.
Alors qu'avec le « codex », notre forme de livre, le lecteur peut aller facilement à la page qu'il désire, lue ou non lue, et faire tout ce qu'il désire faire au texte comme notes ou soulignements.
Le temps du « codex » est, donc, le temps de la domination du lecteur sur le texte car le lecteur n'y est plus désormais soumis au déroulement du texte prévu par l'auteur.
Les livres que l'on a écrits en prétendant être inspiré par Dieu ou en prétendant écrire sous la dictée de Dieu, Bible et Coran, voire Évangiles, datent de l'époque du « volumen », l'époque de la domination de l'auteur.
On ne pouvait que les lire sans prendre de notes, sans revenir sur ce qu'on avait lu, sans  mettre en face l'un de l'autre des passages très éloignés les uns des autres pour voir les contradictions internes du texte.
Ces livres de forme « volumen » sont donc déclarés aveuglément « sacrés » !
Mais depuis qu'il sont édités sous la forme « codex », ils sont soumis à toutes les interprétations de ceux qui les lisent et les étudient attentivement.

Leurs contradictions internes n'échappent plus à personne.
Chez les catholiques, depuis le pape Pie XII (et seulement depuis ce pape qui a pourtant régné dans la première moitié du 20e siècle) plus personne ne croit que la création du monde s'est passée comme on le raconte dans le Genèse.
Ajoutons que, parmi les incroyants, plus personne ne le croyait longtemps avant le règne de Pie XII.
On pourrait dire qu'à plus ou moins long terme, la domination du « codex » sera la cause de la disparition des religions dites « révélées ».
La liberté du lecteur, c'est la liberté des humains.

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