jeudi 7 juin 2018

« Je vous aimais » de Pouchkine

« Portrait de Pouchkine à sa table de travail » 

Voici 8 traductions du poème « Я вас любил » (« Je vous aimais ») d'Alexandre Pouchkine, que l'on peut trouver ici, avec des explications sur la traduction en français de poèmes de langue russe :

Le poème original (pour ceux qui pourraient le lire) :

Я вас любил: любовь еще, быть может,

В душе моей угасла не совсем;

Но пусть она вас больше не тревожит;

Я не хочу печалить вас ничем.

Я вас любил безмолвно, безнадежно,

То робостью, то ревностью томим;

Я вас любил так искренно, так нежно,

Как дай вам Бог любимой быть другим.

 

Première version (V1) : Nina Nassakina (Alexandre Pouchkine. Œuvres poétiques, Lausanne 1981)
 

Je vous aimais… et mon amour peut-être

Au fond du cœur n’est pas encore éteint.

Mais je saurai n’en rien laisser paraître ;

Je ne veux pas vous faire de chagrin.

Je vous aimais d’un feu timide et tendre,

Souvent jaloux, mais si timidement,

Je vous aimais sans jamais rien attendre…

Ah ! puisse un autre vous aimer autant.

Deuxième version (V2) : Cyrilla Falk (Poésie d’Europe, tome III, 1977)
 

Je vous aimais. Peut-être dans mon âme

L’amour n’est-il pas tout à fait éteint ;

Mais n’ayez plus à redouter sa flamme :

Je ne veux pas vous affliger en vain.

J’aimais sans nul espoir, j’ai su me taire,

Rongé de crainte ou bien de jalousie,

J’aimais d’un cœur si tendre, si sincère…

Dieu veuille qu’on vous aime encore ainsi !

Troisième version (V3) : Naoum Mirski (Slavistična revija, 1979)
 

Je vous aimais, et mon amour peut-être

Au fond du cœur brûle toujours un peu ;

Mais que jamais cela ne vous inquiète,

Je ne veux plus voir de peine en vos yeux.

Je vous aimais sans que rien n’en paraisse,

Sans un espoir, mais non sans jalousie ;

Je vous aimais avec tant de tendresse

Que puisse un autre vous aimer ainsi.

Quatrième version (V4) : Jean-Luc Moreau (A. Pouchkine. Œuvres poétiques, Lausanne 1981)
 

Je vous aimais : cet amour, dans mon âme,

Il se peut bien qu’il brûle encore un peu ;

Mais plus jamais ne redoutez sa flamme ;

Vous attrister n’est pas ce que je veux.

Je vous aimais sans espoir et sans plainte,

Timidement, jalousement parfois ;

Je vous aimais d’un tel amour sans feinte,

Que puisse un autre aimer si bien que moi.

Cinquième version (V5) : Alexandre Karvovski (Femme soviétique, 1981, 2)
 

Je vous aimais : l’amour, il se peut être,

N’est en mon cœur pas éteint tout à fait ;

Mais qu’à présent cela ne vous inquiète,

En rien je ne voudrais vous affliger.

Je vous aimais sans mots, ni sans chimères,

Rongé de crainte ou bien de jalousie ;

Si tendrement, d’une âme si sincère…

Plût au Seigneur qu’on vous aimât ainsi.
 



Sixième version (V6) : Gemma Liuberian (Kriterion, 1982)
 

Je vous aimais : peut-être cet amour,

Rien n’a pu faire en moi qu’il disparaisse ;

Mais n’ayez plus d’inquiétude à ce jour,

Je ne veux pas vous causer de tristesse.

Je vous aimais sans espérer vraiment,

Toujours muet, parfois jaloux quand même ;

J’aimais d’un cœur si pur, si tendrement,

Comme Dieu veuille qu’un autre vous aime.


Septième version (V7) : Robert Sabatier (traduction aimablement offerte par l’auteur, 1986)
 

Je vous aimais, et mon amour sans doute

N’est pas éteint dans ce cœur tout tremblant.

Restez sans peur, que rien ne vous déroute,

Que rien en vous ne s’attriste un instant.

Je vous aimais sans mots, sans rien attendre,

Et je souffrais d’être jaloux, transi,

Je vous aimais si sincère, si tendre,

Que Dieu vous aide et qu’il vous aime ainsi !


Huitième version : André Markowicz, (
« Le Soleil d’Alexandre »,  2011)

Je vous aimais… l’amour n’est pas, peut-être,
Au fond du cœur totalement éteint,


Mais devant vous je le fais disparaître,

Je ne veux pas vous causer de chagrin.

Je vous aimais sans mots, sans rien attendre,

Timide ou torturé de jalousie;

Je vous aimais d’un amour pur et tendre —

Dieu veuille qu’on vous aime encore ainsi.


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