lundi 19 mars 2018

La mer

C'est une photo de Gustave Le Gray, prise en 1857, l'année de la parution des « Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire.
Elle présente des vaisseaux quittant Le Havre.
C'est la photo du 19e siècle qui a atteint le prix le plus élevé lors d'enchères récentes (en 2016), plus d'un million de dollars !
Je vous la présente, cette belle photo, parce que je désire vous présenter un poème de Baudelaire, évidemment contemporain, également beau, et qui aborde le même thème, « L'Homme et la mer ».

L'homme et la mer


Homme libre, toujours tu chériras la mer !


La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.


 

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur 

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.



Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :


Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !


 

Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !


Le prix du poème me semble inestimable !

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