jeudi 18 juin 2015

L'égophoto* est moins narcissique qu'on le pense

Voici ce qu'on écrit dans un compte rendu de « Books » du livre dont vous voyez la page couverture  :


Selfie et autoportrait, même combat


Vladimir Poutine a beau s’en défendre, des soldats russes sont présents en Ukraine. Les selfies dont ils inondent les réseaux sociaux sont là pour le prouver, selon une enquête de l’Atlantic Council. Les grandes ambitions stratégiques du Kremlin seraient-elles à la merci de ces menus excès d’égocentrisme ? L’idée est séduisante, mais le raisonnement un peu court. Car le selfie est, comme son ancêtre l’autoportrait, moins narcissique qu’on ne le croit. Dans The Self-Portrait: A Cultural History, l’historien James Hall montre que ce genre négligé a toujours été bien plus qu’une déclaration d’amour à soi-même.
« L’autoportrait a rarement été une simple description de l’artiste par lui-même, rappelle Michael Prodger dans le Sunday Times. En reflétant sa propre image, le peintre tend un miroir à la condition humaine, dans tous ses aspects – doute, certitude, sentiment d’appartenance, aliénation. L’autoportrait est toujours double : portrait de l’artiste et portrait de monsieur Tout-le-monde. » La Renaissance, avec l’apparition du miroir de verre, est l’âge d’or de l’autoportrait. Mais c’est ensuite qu’il prend tout son sens, ou plutôt ses sens : « Les usages et les significations de l’autoportrait se multiplient ».
James Hall voit dans un Goya livide, presque mourant « le témoignage à la fois de la fragilité humaine et de l’altruisme ». Egon Schiele, en dessinant ses séances de masturbation, ne fait que dire le trouble adolescent. Aujourd’hui, alors que « la quantité d’autoportraits produits par l’art contemporain défie toute tentative d’énumération », le genre est devenu selon Hall l’« emblème visuel de l’ère de la confession ». Une ère à laquelle appartiennent les soldats russes. 
En savoir plus : L’autoportrait en art majeur, Books, juin 2014. 

    

   
The Self-Portrait: A Cultural History par James Hall
Éditeur: Thames and Hudson
Date de parution: 2014



* Le français « Égophoto » pour l'anglais « selfie » est préférable à l' équivoque « égoportrait » (qui pourrait être un tableau, un film, une sculpture aussi bien qu'une photo) retenu sans réfléchir par l'Office de  la langue française. 

P. S. Et voici une égophoto prise par une grand-maman pour présenter notre premier petit-fils dont nous sommes si fiers (elle est indirectement narcissique, je vous l'accorde) :



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