jeudi 23 mai 2013

D'Alexandrie


 « Je suis juif par le baptême, français par la langue, égyptien par la naissance, grec par les papiers, arabe par l'art de vivre. »
Voilà un vrai citoyen d'Alexandrie.
Et du monde.
Mort hélas !
Comme Alexandrie, hélas encore, vidée de tous les citoyens du monde qui y habitaient.
Georges Moustaki !
Maintenant humain éternel !

Le métèque

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Avec mes yeux tout délavés
Qui me donnent l´air de rêver
Moi qui ne rêve plus souvent
Avec mes mains de maraudeur
De musicien et de rôdeur
Qui ont pillé tant de jardins
Avec ma bouche qui a bu
Qui a embrassé et mordu
Sans jamais assouvir sa faim

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
De voleur et de vagabond
Avec ma peau qui s´est frottée
Au soleil de tous les étés
Et tout ce qui portait jupon
Avec mon cœur qui a su faire
Souffrir autant qu´il a souffert
Sans pour cela faire d´histoires
Avec mon âme qui n´a plus
La moindre chance de salut
Pour éviter le purgatoire

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir

Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d´amour
Que nous vivrons à en mourir



Voici un poème d'un autre Alexandrin pour déplorer la perte de sa voix : 

Φωνές

 

Ιδανικές φωνές κι αγαπημένες
εκείνων που πέθαναν, ή εκείνων που είναι  
για μας χαμένοι σαν τους πεθαμένους.


Κάποτε μες στα όνειρά μας ομιλούνε·
 κάποτε μες στην σκέψι τες ακούει το μυαλό.

 
Και με τον ήχο των για μια στιγμή επιστρέφουν
ήχοι από την πρώτη ποίηση της ζωής μας -
σα μουσική, την νύχτα, μακρυνή, που σβύνει.

Voix

 

Voix sublimes et bien-aimées  
de ceux qui sont morts, ou de ceux qui sont perdus pour nous 
comme s’ils étaient morts.


Parfois, elles nous parlent en rêve ;  
parfois, dans la pensée, le cerveau les entend.

 
Et avec elles résonnent, pour un instant,
les accents de la première poésie de notre vie –
comme une musique qui s’éteint, au loin, dans la nuit.

Traduction de Dominique Grandmont,
En attendant les barbares et autres poèmes
, Gallimard.

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