dimanche 28 octobre 2012

Ces grands ormes qu'on abat

Cette photo est tirée d'une vidéo que ma femme a tournée cette semaine et publiée dans son blogue (ici).
(À vrai dire elle a plutôt mis un lien vers cette vidéo sur YouTube).
Je vous renvoie à son billet pour les tenants et aboutissants de cette mort d'orme.
Orme qui, avec tous ceux que vous voyez toujours dressés, bientôt abattus, dans la photo, a accompagné et embelli la vie de ma famille depuis trente-six ans.
(Et couvert notre propriété de feuilles innombrables chaque automne et d'innombrables semences chaque été)
J'ai décidé de vous présenter ici même cette vidéo que j'intitule « La mort de l'orme » ou « Ces grands ormes qu'on abat » en jouant, vous l'avez remarqué, sur la proximité phonique entre « orme » et « homme » car c'est toujours de notre propre mort que l'on parle quand on parle de la mort (« Ne te demande jamais pour qui sonne le glas ... ».
Voici la vidéo :


Crédit vidéo : Denise Pelletier

Et puisque dans son billet ma femme a cité un sonnet de Pamphile Le May, poète québécois du 19e siècle, je me permets de citer un extrait du grand recueil « Arbres » de Paul-Marie Lapointe, un poète originaire du Lac-Saint-Jean (le poème entier est ici):
 ...
j'écris arbre
arbre   bois de loutre et d'ourson
bois de femme et de renard
 
cerisiers noirs    cerisiers d'octobre à l'année longue
      cerisiers    merisiers petits    cerisiers à grappes et
      sauvages    cerisiers à confiture    cerisiers bouche
      capiteuse et fruits bruns    mamelons des amantes
 
chicots    gymnoclades  fèviers    palettes au pinceau
      picoreur
 
vinaigrier beau feuillage    vinaigrier    sumac du sable
      et de la pierre
 
aune à trois feuilles    frère du houblon
 
orme    acier timide    bois lumineux    orme utilitaire
      orme aux feuilles d'œuf    scies grugeuses de  vent
      orme fauve    orme roux    orme liège    arme indécise
      arme de cidre et de faiblesse
 
rosacées
hanches et mousse
 
cerisiers    pruniers    aubépines
sorbiers
pommetiers nains et sauvages     grisailleurs à crachats
       fleuris    fillettes à la misère amoureuse
 
décorateur    magnolias    tulipier    sassafras roi-mage
      caravanier d'aromates    encensoir     savonnier
 
hamamélis coupant le sang des blessures
 
sorbier des oiseaux     cormier    mascous amers et polaires
      tirant l'amant vers le baiser
 
pommier croqueur
j'écris arbre     animaux tendres    sauvages
      domestiques
 
frênes gras    frênes à feuilles de sureau
tilleul tisane de minuit
 
érable à épis    parachuteurs d'ailes et samares
érable barré    bois d'original    nourriture d'été
      fidèle au gibier traqué dans les murs et la fougère
érable à feu     érable argenté    veines bleues dans le
      front des filles
érables à feuilles de frêne    aunes-buis qui poussent
      comme rire et naissent à la course
érable à sucre    érable source
 
sureau bleu    alouette    sifflet dans les doigts
 
arbres
 
les arbres sont couronnés d'enfants
tiennent chauds dans leurs nids
sont chargés de farine
 
dans leur ombre la faim sommeille
et le sourire multiplie ses feuilles

2 commentaires:

orfeenix a dit…

En effet c' est tristement spectaculaire! A Barbizon il existe l' auberge Ganne où s' est rassemblée la confrérie des arts bres ( le jeu de mots a été trouvé par un des poètes qui fréquentait ce cercle constitué d' écrivains et de peintres amoureux des forêts. Le sublime poème surréaliste que cite votre épouse aurait eu un succès mérité au sein de ce comité!

Je crois que l' on peut désactiver cette fonction en allant dans les paramètres de modération des commentaires mais bien évidemment, rien de directif dans cette suggestion!

Jack a dit…

Je vais essayer mais je crois qu'il faut alors annuler toute modération des commentaires et j'ai reçu d'infâmes commentaires antiféministes ou nazis que je ne voudrais pas du tout voir apparaître dans ce blogue. Mais je vais essayer.

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