jeudi 21 mai 2009

L'Art ne représente plus, et surtout pas les dieux


En lisant une interview de Pierre Michon à propos de la parution de son roman «Les Onze*», je tombe sur cette phrase, qui contient une citation de Hegel:

(...) tout grand portrait de la peinture occidentale est toujours un portrait des dieux. Hegel le dit dans son «Esthétique», et je** crois que c'est vrai : «L'art sert à représenter Dieu.»

Je crois que cela vérifie ce que j'écrivais dans cette note (ici) au sujet du passage de l'art figuratif à l'art non figuratif et à l'art abstrait.

Les artistes -les peintres aussi bien que les sculpteurs- étaient las (j'ai écrit «révoltés» et cela convenait peut-être mieux) de servir la propagande ecclésiastique, religieuse, monarchique et ploutocratique par leurs œuvres.
Ils étaient las de devoir soumettre leurs recherches sur les couleurs et les formes à la censure sourcilleuse de la Curie (sinon de l'Inquisition), des ministères et autres «mécènes».
À bas les dieux (d'ailleurs l'art non figuratif et l'art abstrait naît au moment même de la proclamation de la mort de Dieu par Nietzsche).


Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y ...***

Et l'affirmation de
Hegel montre son peu de clairvoyance en ce qui concerne l'évolution de l'art.
À moins que, comme certains retardataires, on arrête l'évolution de l'art à la fin du 19e siècle.
Cette affirmation montre aussi peut-être les limites de toute réflexion philosophique, et le besoin qu'elle a d'être «augmentée» de toutes les lectures qu'on en fait au fur et à mesure que le temps passe.
J'ajouterais qu'il ne faut surtout pas attribuer au philosophe ce qui, dans ses théories, provient de ses lecteurs.
Certaines philosophies (sinon toutes, et certaines religions, sinon toutes) doivent leurs idées les plus profondes et les plus fondamentales à leurs lecteurs ou à leurs croyants.

C'est ainsi que la Révolution a basculé et
est devenue pire, hélas! hélas! hélas!****, que l'Ancien Régime.

* Qui raconte la Révolution de 1793, vue par un peintre chargé d'exécuter le portrait (naturellement fictif) de groupe des membres du Comité de Salut public. Lire un extrait ici.
** Ce «je» c'est Pierre Michon. Celui-ci affirme aimer les onze, les membres du Comité de Salut public, ces assassins de masse qui ont détourné la Révolution de 1789 en instaurant la Terreur, laquelle a servi de modèle à toutes les pseudo-révolutions (pseudo comme elle-même) du 20e siècle. En réalité il aime les personnages de son roman, qui n'ont rien à voir.
*** Voir la suite de ce très beau poème ici
.
**** Ces trois hélas sont prononcés par quelqu'un dont les ancêtres n'ont pas souffert de la Révolution puisqu'ils n'habitaient pas la France, ni l'Europe quand elle a eu lieu.

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